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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206139

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206139

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantSIROL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2022 à 12h21, M. F B représenté par Me Victoire Sirol, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut se conformer à cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la signataire n'est pas compétente en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée à son bénéfice ; les personnes précédemment nommées n'étaient ni absentes, ni empêchées ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- les conditions de notification de cette décision ne respectent pas les prescriptions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- il n'est pas précisé pourquoi il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale, par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité du refus de lui accorder un délai de départ volontaire qui constitue le fondement sur lequel l'interdiction de retour sur le territoire français a été prononcée à son encontre ;

- elle n'est pas suffisamment motivée révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense enregistrés le 23 novembre 2022 à 10h08, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer en application des

dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 novembre 2022 à 9h :

- le rapport de M. Bongrain, magistrat désigné ;

- les observations de Me Sirol, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- la préfète de la Gironde n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F B, ressortissant algérien né le 16 mars 1991, est entré en France le 25 juillet 2022 selon ses déclarations. Il a été interpellé, le 19 novembre 2022 pour vol à l'étalage à l'hypermarché Carrefour de Bègles. Par un arrêté du 20 novembre 2022 notifié le même jour à 14h45, dont M. B demande l'annulation, la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2022-192 du même jour, la préfète de la Gironde a donné directement délégation de signature à Mme E A, directrice de cabinet de la préfète de la Gironde et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions de la nature de celle en litige lors des permanences de sous-préfets. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté en litige, qui vise les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que M. B est entré irrégulièrement en France. Il est également précisé que M. B a été interpellé pour vol à l'étalage le 19 novembre 2022. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde a suffisamment motivé sa décision. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la préfète de la Gironde n'aurait pas suffisamment examiné la situation de M. B.

6. En dernier lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Dès lors, M. D ne peut utilement se prévaloir de l'irrégularité des conditions dans lesquelles l'arrêté en litige lui a été notifié.

En ce qui concerne le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

8. Il ressort des termes de l'arrêté en litige, qui vise les dispositions de l'article L. 612-2 et des 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il existe un risque que M. B se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre. Ce faisant, en précisant par le truchement des visas des alinéas correspondant à la situation de M. B les circonstances de nature à caractériser le risque de soustraction de l'intéressé à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, la préfète de la Gironde a suffisamment motivé sa décision.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que ni l'obligation de quitter le territoire français dont a fait l'objet M. B, ni le refus de lui accorder un délai de départ volontaire ne sont entachés d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour serait dépourvue de base légale ou devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de ces mesures, doit être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

12. En deuxième lieu, l'arrêté qui vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressé est entré irrégulièrement en France, est sans ressources légales, a été interpellé le 19 novembre 2022 pour des faits de vol à l'étalage. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation, tout comme le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant, doivent être écartés.

13. En dernier lieu, si M. B soutient que l'interdiction de retour d'une durée de trois ans (deux ans en réalité) prononcée à son encontre est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, notamment eu égard à sa vie privée et familiale, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé déclare être entré très récemment en France, le 25 juillet 2022, et être dépourvu d'attache familiale en France. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : Il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Me Sirol et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

A. C La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à

tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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