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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206160

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206160

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL RIPERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2206160 les 22 novembre 2022, 8 février et 18 avril 2023, M. C B, représenté par Me Noël, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2022 par laquelle le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Saint-Jacques de Compostelle l'a licencié à compter du 23 novembre 2022 en raison du recrutement d'un fonctionnaire et de la suppression du besoin et de l'emploi ayant justifié son recrutement ;

2°) de mettre à la charge de l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il a été convoqué à deux reprises à un entretien préalable à son licenciement alors qu'il était en arrêt de travail pour maladie ; un tel vice l'a privé d'une garantie et a été de nature à influencer le sens de la décision ;

- il n'est pas justifié que l'EHPAD aurait été dans l'impossibilité d'assurer effectivement son reclassement ;

- le comité technique d'établissement n'a pas été consulté sur la suppression du poste de responsable technique en méconnaissance des dispositions de l'article 92 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

-le conseil d'administration n'a pas valablement délibéré tant sur la réorganisation du service que sur la suppression du poste de responsable technique, de sorte que le tableau des emplois n'a pas été valablement modifié et l'emploi de responsable technique n'a pas été supprimé, en méconnaissance des dispositions des 6° et 7° de l'article L. 315-12 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision est entachée d'une première erreur de droit dès lors que le besoin pour lequel il a été recruté demeure entier, de sorte qu'il appartenait à l'EHPAD de lui proposer une modification de son contrat de travail pour lui permettre de prendre les fonctions de responsable logistique, qui sont la continuité de son précédent poste ;

- elle est entachée d'une deuxième erreur de droit dès lors que la fonctionnaire qui a été recrutée à sa place ne dispose pas du grade lui permettant de prétendre au poste en cause ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation dès lors qu'aucune réelle réorganisation du service n'est intervenue ;

- elle constitue un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 janvier et 15 mars 2023, l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle, représenté par Me Ripert, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 mai 2023.

II - Par une requête, enregistrée sous le n° 2302102 le 20 avril 2023, M. C B, représenté par Me Noel, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 février 2023 par laquelle le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Saint-Jacques de Compostelle l'a licencié à compter du 24 février 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il a été convoqué à deux reprises à un entretien préalable à son licenciement alors qu'il était en arrêt de travail pour maladie ; un tel vice l'a privé d'une garantie et a été de nature à influencer le sens de la décision ;

- l'EHPAD n'a pas respecté son obligation de rechercher à le reclasser ;

- le comité technique d'établissement n'a pas été consulté sur la suppression du poste de responsable technique en méconnaissance des dispositions de l'article 92 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le conseil d'administration n'a pas valablement délibéré tant sur la réorganisation du service que sur la suppression du poste de responsable technique, de sorte que le tableau des emplois n'a pas été valablement modifié et l'emploi de responsable technique n'a pas été supprimé en méconnaissance des dispositions des 6° et 7° de l'article L. 315-12 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision est entachée d'une première erreur de droit dès lors que le besoin pour lequel il a été recruté demeure entier, de sorte qu'il appartenait à l'EHPAD de lui proposer une modification de son contrat de travail pour lui permettre de prendre les fonctions de responsable logistique, qui sont la continuité de son précédent poste ;

- elle est entachée d'une deuxième erreur de droit dès lors que la fonctionnaire qui a été recrutée à sa place ne dispose pas du grade lui permettant de prétendre au poste en cause ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation ;

- elle constitue un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle, représenté par Me Ripert, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique,

- le code de la santé publique,

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986,

- la loi n° 91-748 du 31 juillet 1991,

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,

- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Noel, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, technicien hospitalier, a été recruté en vertu d'un contrat à durée indéterminée par l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Saint-Jacques de Compostelle en qualité de responsable logistique contractuel de droit public à compter du 1er décembre 2019. Par une décision en date du 22 septembre 2022, le directeur de l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle a licencié M. B à compter du 23 novembre 2022 en raison du recrutement d'un fonctionnaire et de la suppression du besoin et de l'emploi ayant justifié le recrutement de l'intéressé, sur le fondement de l'article 41-3 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière. Après l'expiration d'un délai de trois mois de congés sans traitement, le directeur de l'EHPAD a, par une décision en date du 24 février 2023, licencié définitivement M. B à compter du 24 février 2023. Par une première requête enregistrée sous le n° 2206160, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 22 septembre 2022. Par une seconde requête enregistrée sous le n° 2302102, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 24 février 2023.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2206160 et n° 2302102 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique :

3. D'une part, aux termes de l'article 41-3 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " Sans préjudice des dispositions relatives au licenciement pour faute disciplinaire, pour insuffisance professionnelle ou pour inaptitude physique, le licenciement d'un agent contractuel recruté pour répondre à un besoin permanent doit être justifié par l'un des motifs suivants : / 1° La suppression du besoin ou de l'emploi qui a justifié le recrutement de l'agent ; / () 3° Le recrutement d'un fonctionnaire lorsqu'il s'agit de pourvoir un emploi soumis à la règle énoncée à l'article L. 311-1 du code général de la fonction publique ; () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 92 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable : " Un emploi ne peut être supprimé dans un établissement qu'après avis du comité technique paritaire () ". Les établissements publics de santé sont dotés, depuis la loi n° 91-748 du 31 juillet 1991, de comités techniques d'établissement, au lieu et place des comités techniques paritaires. Aux termes de l'article R. 6144-40 du code de la santé publique : " Les modalités d'organisation et de fonctionnement des comités sociaux d'établissement sont régies par les dispositions du décret n° 2021-1570 du 3 décembre 2021 relatif aux comités sociaux d'établissements des établissements publics de santé, des établissements sociaux, des établissements médico-sociaux et des groupements de coopération sanitaire de moyens de droit public. "

5. Enfin, aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont () occupés () par des fonctionnaires régis par le présent titre () ". Par exception à ce principe, des agents non titulaires peuvent être recrutés par des contrats à durée déterminée ou indéterminée dans les conditions prévues aux articles 9 et 9-1 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière.

6. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu que les emplois civils permanents de l'Etat, des collectivités territoriales et de leurs établissements publics à caractère administratif soient en principe occupés par des fonctionnaires et n'a permis le recrutement d'agents contractuels qu'à titre dérogatoire et subsidiaire, dans les cas particuliers énumérés par la loi, que ce recrutement prenne la forme de contrats à durée déterminée ou, par application des dispositions issues de la loi du 26 juillet 2005, de contrats à durée indéterminée. Par suite, un agent contractuel ne peut tenir de son contrat le droit de conserver l'emploi pour lequel il a été recruté. Lorsque l'autorité administrative entend affecter un fonctionnaire sur cet emploi ou supprimer cet emploi dans le cadre d'une modification de l'organisation du service, elle peut, pour ce motif, légalement écarter l'agent contractuel de cet emploi.

7. Par ailleurs, il résulte des dispositions des articles 41-5 et 41-7 du décret du 6 février 1991 que lorsqu'un établissement de santé envisage de licencier un agent contractuel à la suite de la suppression de son poste, après l'avoir convoqué à un entretien préalable et avoir consulté la commission consultative paritaire, elle lui notifie sa décision de le licencier en précisant les motifs de ce licenciement ainsi que la date à laquelle celui-ci doit intervenir, et l'invite à présenter une demande écrite de reclassement. Cette première décision a pour effet de priver l'agent de son emploi tel qu'il résulte de son contrat. Elle est suivie d'autres décisions, de placement en congé sans traitement, de reclassement, ou de licenciement définitif en cas de refus de l'emploi proposé par l'administration ou d'impossibilité de reclassement au terme du congé sans traitement de trois mois.

8. En l'espèce, il ressort des termes de la décision de licenciement du 22 septembre 2022 que celle-ci fait suite à " la réorganisation des services ayant conduit au recrutement d'un fonctionnaire et à la suppression du besoin et de l'emploi " qui avaient justifié le recrutement de M. B. Cette décision, ayant au surplus pour objet " lettre de licenciement pour recrutement d'un fonctionnaire et suppression d'emploi " doit ainsi être regardée comme étant fondée sur deux motifs, à savoir la suppression de l'emploi occupé par M. B, au sens du 1° de l'article L. 41-3 du décret du 6 février 1991 et le recrutement d'un fonctionnaire au sens du 3° de cet article. Ensuite, la décision du 24 février 2023 procède au licenciement définitif de M. B en l'absence, au terme du congé de trois mois sans traitement de l'intéressé, de possibilité de reclassement.

En ce qui concerne la légalité des décisions des 22 septembre 2022 et 24 février 2023 :

9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été recruté par l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle en vertu d'un contrat à durée indéterminée conclu le 12 novembre 2019 pour exercer, à compter du 1er décembre 2019, les fonctions de " responsable logistique contractuel de droit public ". L'EHPAD fait valoir qu'à la date du recrutement du requérant, les expressions " responsable technique " et " responsable logistique " étaient utilisées indifféremment par l'établissement pour viser les compétences attendues. Toutefois, il ressort de la fiche de poste de " responsable technique " produite par M. B, rédigée le 4 février 2016 et dont il n'est pas contesté qu'elle correspond au poste pour lequel il a été recruté le 1er décembre 2019, que celui-ci était responsable des équipes assurant l'hôtellerie (hygiène des locaux, hygiène du linge) à l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle et responsable de la maintenance (service technique) sur tous les sites. Selon cette fiche de poste, ses missions consistaient principalement en, de première part, la gestion des travaux de maintenance et de contrôle des établissements, notamment la fixation des rendez-vous avec les fournisseurs, la gestion des rapports suite aux visites, le suivi du cahier de sécurité, la gestion des stocks, et, de seconde part, le management de l'équipe hygiène des locaux et hygiène du linge à l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle, ce qui regroupe le fait d'organiser le travail de l'équipe, de définir le travail de chacun, de prévoir l'organisation du service afin d'assurer un bon roulement et la gestion des absences, de s'assurer de l'entretien des locaux et de s'assurer de l'entretien du linge.

10. Par ailleurs, il ressort des termes de la décision contestée qu'en raison d'une réorganisation des services, le poste de responsable technique a dû être supprimé au profit de la création d'un poste de responsable logistique encadrant les services hôtellerie, hygiène locaux, blanchisserie et technique, en charge de la gestion des commandes de consommables, de la gestion des prestations de maintenance et du suivi de projet sur l'établissement et du suivi des prestations d'intervenants extérieurs et des services techniques de l'établissement. La décision en litige précise que le poste de responsable logistique nouvellement créé a pour mission d'assurer le suivi des stocks, le réapprovisionnement, la rencontre avec les fournisseurs, la maintenance préventive et curative nécessaire sur l'établissement ainsi que la traçabilité et le suivi des interventions, le suivi sur site des intervenants extérieurs, l'encadrement des équipes d'hygiène des locaux, buanderie et technique, et la réalisation des plannings, du recrutement et des évaluations des équipes sous son encadrement.

11. Cependant, il n'est pas contesté que les missions de ce poste de responsable logistique nouvellement créé correspondent dans leur majeure partie à celles qui figurent dans la fiche de poste de responsable technique précitée du 4 février 2016, pour lesquelles M. B a été recruté le 1er décembre 2019. A cet égard, si l'EHPAD produit en cours d'instance une nouvelle fiche de poste de responsable technique, rédigée le 21 juillet 2020 ne faisant plus apparaître la responsabilité des équipes assurant l'hôtellerie et les missions afférentes, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué que les missions pour lesquelles M. B a été recruté en 2019 auraient évolué en 2020. En outre, si l'EHPAD se prévaut de l'existence d'une réorganisation des services guidée par une démarche d'optimisation de l'organigramme des services techniques de l'établissement, et la prise en compte des crédits budgétaires, il ne produit aucune pièce de nature à en justifier.

12. En deuxième lieu, l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle fait valoir que le comité technique d'établissement (CTE) a émis un avis favorable à la suppression du poste de responsable technique occupé par M. B dans le cadre de sa séance en date du 3 décembre 2021. Toutefois, il ressort du procès-verbal du CTE qui s'est tenu le 3 décembre 2021 qu'en ce qui concerne le tableau des emplois, s'agissant des services techniques, seule une " évolution avec création d'un poste de responsable logistique " a été abordée, en précisant qu'un agent en mi-temps hygiène des locaux et mi-temps service technique passerait au service technique à temps plein. Dans un courriel adressé le 15 avril 2022 à son secrétariat, le directeur de l'EHPAD a indiqué avoir " juste complété le point sur les effectifs en précisant que le poste de responsable technique est supprimé ". Il est constant qu'après avoir, par courrier du 30 mai 2022, convoqué une première fois M. B à un entretien préalable à son licenciement prévu le 10 juin 2022, auquel l'agent n'a pas pu se rendre en raison de son état de santé, l'EHPAD s'est aperçu que le procès-verbal du CTE du 3 décembre 2021 n'était pas signé. L'EHPAD produit à l'instance le procès-verbal signé, complété sans modification apparente en indiquant, s'agissant des services techniques, " évolution avec création d'un poste de responsable logistique qui couvre l'ensemble des services supports sauf la cuisine " et " le poste de responsable technique est supprimé du tableau des emplois ". La secrétaire du CTE a indiqué de façon manuscrite sur ce procès-verbal, à la suite de sa signature, qu' " en ce jour du 8 juillet 2022, je dis que lors du CTE du 3 décembre, je n'avais pas entendu le mot suppression, mais je n'ai rien noté, cela a sûrement été évoqué ". L'EHPAD produit également deux attestations rédigées respectivement par l'agent recrutée sur le poste de responsable logistique en cause ainsi que l'infirmier coordinateur responsable du pôle de soins en l'absence du directeur de l'EHPAD selon lesquelles la suppression du poste de responsable technique a été évoquée lors de la séance du 3 décembre 2021. Toutefois, à supposer cette circonstance établie, il ne ressort ni du procès-verbal de la séance du 3 décembre 2021, même complété, ni des attestations susmentionnées que, durant cette séance, les membres du CTE auraient émis un avis quant à la suppression du poste de responsable technique occupé par M. B. A cet égard, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'un vote aurait eu lieu sur cette question durant cette séance. Dès lors, le CTE n'a pas été régulièrement émis un avis sur la suppression du poste de responsable technique. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que la commission consultative paritaire a uniquement émis un avis, défavorable, sur le motif de licenciement tiré du recrutement d'un fonctionnaire, et non sur celui tiré de la suppression du poste occupé par M. B.

13. Dans ces conditions, la réalité du premier motif de licenciement qui a été opposé à M. B, à savoir la suppression du poste qu'il occupait, n'est pas établie.

14. Par ailleurs, l'EHPAD fait valoir que le licenciement de l'intéressé est également fondé sur un second motif, à savoir le reclassement de Mme A, agent titulaire en lingerie reconnue inapte à ses fonctions à la suite d'une maladie professionnelle. Toutefois, il est constant que Mme A, qui a été affectée sur le poste de responsable logistique en litige, lequel suppose un " accroissement de responsabilité () manifeste " par rapport aux fonctions précédemment exercées par le requérant selon l'établissement défendeur, est un agent de catégorie C alors que M. B est un agent contractuel de catégorie B. Or, l'EHPAD ne justifie pas de l'intérêt du service dont il se prévaut et il ne ressort pas des pièces du dossier que l'affectation de Mme A présenterait un caractère temporaire et exceptionnel. Dans ces conditions, et eu égard notamment au contexte d'édiction des décisions en litige décrit aux points précédents, la réalité du second motif de licenciement qui a été opposé à M. B, à savoir le recrutement d'un fonctionnaire, n'est pas établie.

15. Par suite, et alors que M. B soutient sans être contesté qu'à compter de l'automne 2021, ses relations avec le directeur de l'EHPAD Saint-Jacques-de-Compostelle se sont brusquement dégradées, le requérant est fondé à soutenir qu'en l'absence de motif de nature à justifier son licenciement les décisions en litige sont, dans les circonstances de l'espèce, entachées de détournement de pouvoir.

16. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions du 22 septembre 2022 et 24 février 2023 en litige.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle une somme de 2 000 euros à verser au requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 22 septembre 2022 et 24 février 2023 du directeur de l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle sont annulées.

Article 2 : L'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle versera une somme de 2 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à l'EHPAD Saint-Jacques de Compostelle.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

La rapporteure,

C. PASSERIEUX

Le président,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nos°2206160,

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