lundi 5 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2206336 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | LASSORT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022, M. D A, représenté par Me Lassort, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du conseil départemental de la Gironde mettant fin à son contrat jeune majeur ;
3°) d'enjoindre au département de la Gironde de réexaminer sa demande de renouvellement de contrat de jeune majeur et lui trouver un hébergement d'urgence et une solution de prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et sociaux dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du département de la Gironde une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est caractérisée dès lors qu'il est un jeune majeur isolé sans solution d'hébergement digne ; ses démarches pour trouver un logement n'ont pas abouti ;
- compte tenu de sa vulnérabilité, sa situation est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à l'article 8 de cette même convention, à la liberté fondamentale à un hébergement d'urgence ;
- sa situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à ses droits ; en effet, alors qu'il ne dispose d'aucune protection familiale, le droit à la poursuite de la prise en charge par l'aide sociale à l'enfance est garanti par les articles L. 221-1 et L. 221-5 du code de l'action sociale et des familles ;
- en outre, il est actuellement scolarisé, et l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles fait obstacle à ce que le département mette fin à sa prise en charge en cours d'année scolaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a désigné M. Pouget, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Après la présentation du rapport, ont été entendues au cours de l'audience publique du 5 décembre 2022 à 10h30 :
- les observations de Me Lassort pour M. A, qui reprend ses écritures en les développant ;
- et les observations de M. B pour le département de la Gironde, qui fait valoir que la notion de défaut de soutien familial n'est pas opérante en la matière, que M. A n'est pas dépourvu de ressources, et qu'il n'a déposé aucune demande de renouvellement de son contrat jeune majeur.
La clôture de l'instruction a été fixée à 12h00 le 5 décembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er décembre 2003, entré en France en juillet 2018, a été confié par le Procureur de la République le 22 octobre 2018 au service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Gironde. Il a bénéficié de la part de ce dernier, à sa majorité, de deux contrats jeune majeur successifs, jusqu'au 30 novembre 2022. Par une décision du 28 novembre 2022, le département a refusé de renouveler cette prise en charge. M. A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision et d'enjoindre au département de réexaminer sa demande de renouvellement de contrat jeune majeur en lui assurant une solution d'hébergement et une prise en charge adaptée à sa situation dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et les frais liés au litige :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer, pour la présente instance, l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
4. Aux termes de l'article L. 222-5 code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article./ Peuvent être également pris en charge à titre temporaire, par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance, les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants./Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".
En ce qui concerne l'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.
6. Il résulte de l'instruction que M. A, aujourd'hui âgé de 19 ans, est dépourvu de soutiens familiaux en France. S'il a disposé jusqu'à récemment d'un revenu, celui-ci était lié à la mise en œuvre de son apprentissage dans le cadre du contrat jeune majeur venu à expiration le 30 novembre 2022 et non renouvelé. Il est actuellement sans solution pérenne d'hébergement. Dans ces conditions, la condition d'urgence doit, en l'état de l'instruction, être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
7. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants dont elles sont issues, les jeunes majeurs de moins de vingt et un an ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge à titre temporaire par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisant. Ainsi, le département de la Gironde qui, ainsi qu'il a été dit, a pris en charge M. A au titre de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité, est légalement tenu de poursuivre cette prise en charge dès lors qu'il est constant que l'intéressé ne bénéficie d'aucun soutien familial ni d'autres ressources que celles procurée par l'apprentissage en entreprise effectué sous couvert de son dernier contrat jeune majeur, ni d'aucune solution d'hébergement stable. En outre, et alors même que le département aurait fait savoir à M. A qu'il s'opposait à ce que celui-ci se réoriente vers un apprentissage en boulangerie dès lors qu'il disposait d'une promesse d'embauche à l'issue de son certificat d'apprentissage professionnel en mécanique, il est constant que celui-ci, qui a au demeurant fait montre jusqu'à présent de sérieux et d'investissement dans sa formation, a débuté en septembre 2022, sous couvert de son dernier contrat jeune majeur, une formation en boulangerie et se trouvait ainsi en cours de scolarité à la date de la décision litigieuse. Dans ces conditions, le département de la Gironde n'a pu, sans porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, cesser la prise en charge de M. A au titre des dispositions du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, et interrompre, en cours d'année scolaire, toute forme d'accompagnement de celui-ci.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Il y a lieu d'enjoindre au département de la Gironde de procéder au réexamen de la demande de renouvellement du contrat de jeune majeur de M. A dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui procurer, dans un délai de 48 heures, une solution d'hébergement et une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux, sauf à ce que cette prise en charge soit effectivement assurée par le département de la Gironde. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. A ayant le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Gironde une somme de 800 euros à verser à Me Lassort, avocat de M. A, sous réserve de renonciation de sa part à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
ORDONNE :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du président du conseil départemental de la Gironde du 28 novembre 2022 est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au département de la Gironde de procéder au réexamen de la demande de renouvellement du contrat de jeune majeur de M. A dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui procurer, dans un délai de 48 heures, une solution d'hébergement et une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux, sauf à ce que cette prise en charge soit effectivement assurée par le département de la Gironde.
Article 4 : Le département versera une somme de 800 euros à Me Lassort, en application des mêmes dispositions et de celles du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au département de la Gironde.
Fait à Bordeaux le 5 décembre 2022.
Le juge des référés, La greffière
L. POUGET M. C
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière
N o 2206336
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026