mercredi 21 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2206343 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | PARDOE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022 et un mémoire enregistré le 3 mars 2023, M. D, représenté par Me Pardoe, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garantie par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, sa présence en France ne constituant pas une menace grave pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 7 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 mars 2023.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2022.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pouget, président,
- et les observations de Me Sirol, substituant Me Pardoe, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D, ressortissant congolais, déclare être entré en France mineur le 10 aout 1984. A l'âge de 18 ans, il a bénéficié d'une carte de résident valable du 19 avril 1994 au 18 avril 2004, puis du 19 avril 2004 au 18 avril 2014, dont le renouvellement a été refusé en raison de la tardiveté de sa demande, plus de deux ans après l'expiration du titre, et en raison de condamnations pénales. M. D s'est ensuite vu délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, valable du 1er mars 2017 au 28 février 2018, renouvelée jusqu'au 12 mars 2020. Par un arrêté du 3 mars 2021, la préfète de la Gironde a refusé de reconduire ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jour et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux n° 2104384, qui a à préfète de la Gironde de réexaminer la situation de l'intéressé. Par un arrêté du 8 juin 2022 dont M. D demande l'annulation, la préfète a de nouveau rejeté sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 11 février 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°33-2021-086 du même jour, donné délégation à M. Christophe Noël du Payrat, secrétaire général de la préfecture de la Gironde, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, requêtes, mémoires correspondances et documents, concernant les attributions de l'Etat dans le département de la Gironde, à l'exception de trois catégories d'actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il appartient à la partie contestant la qualité du signataire pour signer l'arrêté litigieux d'établir que les personnes précédant le signataire de l'acte dans la chaîne des délégations n'étaient ni absentes ni empêchées lors de la signature de cet arrêté. Faute pour le requérant de rapporter cette preuve en l'espèce, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
4. L'autorité administrative ne peut opposer un refus à une demande de renouvellement de carte de séjour temporaire ou retirer la carte dont un étranger est titulaire qu'au regard d'un motif d'ordre public suffisamment grave pour que ce refus ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur. Il appartient ainsi à cette autorité d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration. Lorsque l'administration oppose ce motif pour refuser de fa ire droit à une demande de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou retirer une carte de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
5. Pour refuser à M. D le renouvellement de son titre de séjour, la préfète de la Gironde s'est fondée sur la circonstance qu'il représente une menace pour l'ordre public au vu des condamnations pénales dont il a fait l'objet. Il ressort ainsi des pièces du dossier, et notamment de la consultation du bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé, que M. D a été condamné à dix ans de réclusion criminelle le 10 novembre 2011 par la cour d'assises de la Dordogne pour des faits de viol commis le 5 mai 2006 et le 23 décembre 2006 sur une personne dont la vulnérabilité est apparente ou connue. Il a également été condamné à cinq ans d'emprisonnement dont deux avec sursis le 19 février 2013 par la cour d'assises de la Gironde pour des faits de viol commis le 2 aout 2009. Alors qu'il était placé en libération conditionnelle par une décision du juge de l'application des peines à compter du 24 août 2018, M. D s'est rendu coupable, le 10 septembre 2019, d'agression sexuelle incestueuse sur un mineur de plus de 15 ans par un ascendant, commis du 1er au 2 novembre 2018 sur sa fille A, faits pour lesquels il a été condamné à une peine de deux ans d'emprisonnement et de retrait total de l'autorité parentale. La commission du titre de séjour, saisie par la préfète, a émis le 5 mai 2022 un avis défavorable estimant que les éléments du dossier de M. D " ne peuvent que conduire la commission à rendre un avis défavorable à la délivrance du titre de séjour en sa faveur ". Ainsi, eu égard à la nature et à la gravité des faits en cause, et en dépit des circonstances que M. D justifie se conformer à ses obligations de suivi socio-judiciaire consistant en un suivi psychologique régulier, la préfète de la Gironde a pu, sans entacher sa décision d'erreur de droit ou faire une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce, estimer que la présence de M. D en France constitue une menace pour l'ordre public et refuser pour ce motif de lui délivrer un titre de séjour.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Compte tenu de la particulière gravité des faits pour lesquels M. D a été condamné, et en dépit de la circonstance qu'il soit entré en France en 1984 et ait été en situation régulière sur le territoire depuis lors, que ses quatre enfants sont de nationalité française, et qu'il ait été titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, le refus de titre de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Un étranger remplissant les conditions énumérées à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire, sous la seule réserve que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
9. Ainsi qu'il a été dit au point 5, la présence en France de M. D constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, et alors même qu'il justifie, sans que ce soit contesté, contribuer à l'éducation et à l'entretien de son dernier fils, B, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 juin 2022.
Sur les autres conclusions de la requête :
17. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être également rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023 à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.
Le président-rapporteur,
L. POUGET
L'assesseur le plus ancien,
L. JOSSERAND
La greffière,
M-A PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026