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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206402

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206402

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantLAMPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2022, M. A, représenté par Me Lampe, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a décidé de son transfert aux autorités allemandes ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde, à titre principal, de l'admettre au séjour en qualité de demandeur d'asile ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 72 heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- aucun examen particulier de sa situation n'a été effectué ;

- les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 relatif au droit à l'information et à l'entretien individuel ont été méconnus ;

- sa situation familiale et les risques encourus en cas de renvoi dans son pays d'origine justifient l'application de la clause dérogatoire prévue par l'article 17-1 du règlement n° 604/2013 ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Prince-Fraysse, première conseillère, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 20 décembre 2022, après le rapport de Mme Prince-Fraysse, premier conseiller, ont été entendues :

- les observations de Me Lanne, substituant Me Lampe, représentant M. A, qui soulève un moyen nouveau tiré du défaut d'examen et sérieux de la situation du requérant dès lors que la décision attaquée ne précise pas que sa sœur réside en France alors que M. A avait insisté sur ce point lors de son entretien individuel et même si elle ne peut être considérée comme " membre de la famille " au sens du règlement (UE).

- la préfète de la Gironde n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, né le 6 décembre 1989, a déclaré être entré en France le 1er octobre 2022. Il a déposé le 3 novembre 2022 à la préfecture de la Gironde une demande d'asile. Le relevé de ses empreintes décadactylaires ayant mis en évidence qu'il avait introduit une première demande d'asile en Allemagne le 26 septembre 2022, les autorités de cet Etat ont été saisies sur le fondement de l'article 18-1 b) le 3 octobre d'une demande de reprise en charge. Cette demande a été acceptée par une décision explicite le 6 octobre. Par l'arrêté attaqué du 1er décembre 2022, la préfète de la Gironde a décidé de transférer M. A aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, Mme B C, adjointe à la cheffe de bureau de l'asile à la préfecture de la Gironde, qui a signé l'acte attaqué, bénéficiait, par arrêté de la préfète du 5 octobre 2022, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs n° 33-2022-196 de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer les décisions de la nature de celle en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les délégataires de rang supérieur n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté dès lors que l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et les principaux éléments de fait relatifs à la situation de M. A qui le fondent. Il en résulte que la décision litigieuse est suffisamment motivée. Il ne ressort ni de cette motivation ni des autres pièces du dossier que la préfète aurait décidé du transfert de M. A aux autorités allemandes sans procéder à un examen circonstancié des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé et ce alors même que la présence de sa sœur en France n'est pas mentionnée dans la décision en litige. En tout état de cause, cette circonstance n'est pas en elle-même de nature à entacher d'illégalité l'arrêté en cause.

6. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative du guide du demandeur d'asile prévu par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

7. En l'espèce, il ressort tout d'abord des pièces du dossier que M. A qui a déclaré, lors du dépôt de sa demande d'asile en préfecture, le 3 novembre 2022, comprendre le dari, s'est vu remettre, le même jour, la brochure prévue au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement et contenant les informations mentionnées au point 1 de cet article, notamment le guide du demandeur d'asile et les brochures "J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande '" (A) et "Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie '" (B), en langue dari. M. A a, en outre, été informé lors de l'entretien individuel qui s'est tenu avec l'assistance d'un interprète en dari que sa demande d'asile était traitée conformément au règlement (UE) n° 604/2013, dit règlement " Dublin ". Il a, à cette occasion, déclaré avoir reçu le guide du demandeur d'asile et l'information sur les règlements communautaires applicables, et avoir compris la procédure engagée à son encontre. Par suite, M. A a bien reçu, dans une langue qui lui est compréhensible l'ensemble des informations visées à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013.

8. En quatrième lieu, si le requérant soutient que les dispositions prévues à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 relatives aux conditions dans lesquelles il doit être procéder à un entretien individuel avec le demandeur dans le cadre de la procédure de détermination de l'Etat responsable de sa demande d'asile, il n'apporte aucune précision permettant d'apprécier le bien-fondé de ce moyen. En toute hypothèse, il ressort des pièces du dossier que l'entretien s'est déroulé avec l'aide d'un interprète en langue dari, qu'il a été mené par une personne qualifiée. En outre, aucun élément du dossier ne permet d'affirmer que l'entretien n'aurait pas été réalisé dans des conditions respectant la confidentialité. Le moyen doit donc être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par les dispositions précitées, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

10. A l'appui de son moyen, M. A soutient qu'il dispose d'attaches sur le sol français notamment par la présence de sa sœur qui a obtenu une protection internationale et avec laquelle il entretient des liens étroits. Cependant, les documents produits ne sont pas de nature à établir l'intensité de ses liens familiaux et cette seule circonstance ne saurait au regard de l'article 17 précité faire obstacle à son transfert vers l'Espagne. De plus, s'il doit être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile en Allemagne est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à celles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales mais que cette présomption est réfragable lorsque qu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant ou un renvoi systématique dans le pays d'origine alors que le demandeur encourt des risques d'atteinte à sa sécurité physique, encore faut-il que le requérant établisse qu'il y aurait de sérieuses raisons de croire que sa demande d'asile ne serait pas traitée par les autorités allemandes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Mais en l'espèce tel n'est pas le cas. Il résulte ainsi de ce qui précède que la préfète de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose en application de l'article 17 précité pour examiner, à titre dérogatoire, la demande d'asile présentée par le requérant.

11. En sixième et dernier lieu, eu égard à ce qui précède, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté et en tout état de cause il n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a décidé de son transfert aux autorités allemandes. Sa requête doit donc être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Lampe et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

La magistrate désignée,La greffière,

P. PRINCE-FRAYSSE H. MALO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

La greffière,

H. MALO

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