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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206432

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206432

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP BOUYSSOU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2022, la société des eaux minérales d'Arcachon, représentée par la SELAS Cazamajour et Urbanlaw, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de la commune d'Arcachon en date du 13 octobre 2022 refusant de lui délivrer un permis de construire ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Arcachon de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Arcachon une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit et de fait dans la mesure où le maire a opposé que les documents graphiques et photographiques ne correspondaient pas à la réalité des lieux et que les représentations graphiques du projet seraient fausses ;

- le projet améliorera l'accès au site et aura donc un impact positif pour la sécurité des usagers de la route départementale ;

- le maire a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article UA 11 du règlement d'urbanisme ; d'après ce dernier, la végétalisation des toits est seulement recommandée et pour les toits terrasses ; la toiture en vert Véronèse aura pour effet de dissimuler le projet dans l'environnement ; les seules constructions du quartier présentant un intérêt architectural sont situées sur le terrain d'assiette ;

- l'article UA 8 du règlement d'urbanisme qui impose une distance minimale de deux mètres entre deux constructions sur une même propriété ne s'applique pas pour les projets d'extension d'un bâtiment.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, la commune d'Arcachon, représentée par Me Dunyach, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 26 septembre 2024 notifiée à 12 heures 18, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Un mémoire enregistré le 26 septembre 2024 à 12 heures 32 pour la société des eaux minérales d'Arcachon, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourdarie,

- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,

- les observations de Me Antona-Traversi, représentant la société des eaux minérales d'Arcachon,

- et les observations de Me Abadie de Maupéou représentant la commune d'Arcachon.

Considérant ce qui suit :

1. La société des eaux minérales d'Arcachon exploite une source et son site d'embouteillement au 157 boulevard de la Côte d'Argent à Arcachon en Gironde. Le 15 octobre 2021, elle a déposé une demande de permis de construire une extension d'un entrepôt et un parking souterrain, complétée le 3 février 2022, sur les parcelles cadastrées section BC n° 308, 309 et BD n° 97, 98. Par un arrêté du 4 mars 2022 dont la société des eaux minérales d'Arcachon demande l'annulation par la requête n° 2202430 qui fait l'objet d'un jugement ce même jour, le maire de la commune d'Arcachon lui a refusé le permis de construire. Elle a modifié son projet et a déposé une nouvelle demande le 18 juillet 2022 qui a donné lieu à un arrêté de refus du 13 octobre suivant. Elle en demande l'annulation par la présente requête n° 2206432.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article UA 11 du règlement d'urbanisme : " () Les extensions et surélévations de bâtiments existants et les constructions à usage d'annexes ou de stationnement seront réalisées dans un aspect semblable à la construction principale et devront respecter ses proportions. () / Toitures : / Sont recommandées : / - les toitures à pentes qui doivent permettre l'intégration des équipements techniques nécessaires au fonctionnement des constructions (V.M.C., machineries d'ascenseurs,) ; /- pour les parties de constructions autorisées à être réalisées sous forme de toit-terrasse, ceux-ci devront être végétalisés () / Les choix des matériaux et des couleurs ne devront pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ainsi qu'aux sites et aux paysages naturels ou urbains. Il conviendra de se référer à la charte architecturale et au schéma directeur de coloration joints en pièces annexes au PLU. / La mise en lumière des bâtiments ne devra pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ainsi qu'aux sites et aux paysages naturels et urbains. Ainsi, les couleurs vives sont prohibées et les couleurs naturelles recommandées () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'extension projetée sera couverte d'un toit dont la pente est évaluée à 3,1 %, en tout état de cause, inférieure à 5 %, et que la différence de hauteur entre le faîtage et l'égout de toit ne sera que de 20 centimètres. Si l'article susvisé n'introduit aucune définition particulière des toitures terrasses et ne comporte pas de précision en termes de pourcentage de pente, au vu de cette très faible déclivité, qui ne permet pas l'intégration d'équipement technique, il s'agit un toit-terrasse qui, en vertu des dispositions réglementaires précitées, doit être végétalisé. En l'espèce, aucune végétalisation n'est prévue, l'emploi d'une couleur vert Véronèse pour cette couverture étant sans incidence à cet égard.

4. Il résulte de l'instruction que le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 11 est à lui seul de nature à justifier le refus de permis de construire qui a été opposé à la société des eaux minérales d'Arcachon, et que le maire de la commune aurait pris le même arrêté s'il ne s'était fondé que sur ce seul motif.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans être tenu de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société des eaux minérales d'Arcachon n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2022 par lequel le maire de la commune d'Arcachon a refusé de lui délivrer un permis de construire. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions en injonction sous astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme demandée à ce titre par la société des eaux minérales d'Arcachon soit mise à la charge de la commune d'Arcachon qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société des eaux minérales d'Arcachon, sur le fondement des mêmes dispositions, une somme de 1 500 euros à verser à la commune d'Arcachon.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : La société des eaux minérales d'Arcachon versera une somme de 1 500 euros à la commune d'Arcachon sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société des eaux minérales d'Arcachon et à la commune d'Arcachon.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Brouard-Lucas, présidente,

M. Bourdarie, premier conseiller,

Mme Passerieux, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le rapporteur,

H. BOURDARIE

La présidente,

C. BROUARD-LUCASLa greffière,

A. JAMEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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