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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206434

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206434

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206434
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantDUTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 7 décembre 2022 à 12h35 et 8 décembre 2022 à 12h05, M. F A, représenté par Me Axelle Duten, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de procéder sans délai à l'effacement du signalement aux fins de non-admission le concernant dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la signataire de la décision en litige est incompétente en l'absence de délégation de signature ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale par voie d'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- la signataire de la décision en litige est incompétente en l'absence de délégation de signature ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- la signataire de la décision en litige est incompétente en l'absence de délégation de signature ;

- la décision est illégale par voie d'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est injustifiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre à 15h54, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

-la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 12 décembre 2022 à 11h :

- le rapport de M. Bongrain, magistrat désigné,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A alias C B, ressortissant algérien né le 17 mars 1991, a été éloigné le 25 novembre 2019. Il est de nouveau entré irrégulièrement en France selon ses déclarations au cours de l'année 2020 et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 1er février 2022 qu'il n'a pas exécutée. Il a été interpellé le 4 décembre 2022 pour des faits de recel de vol et par un arrêté du 5 décembre 2022, notifié le jour même à 17h50, la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, notifié à 17h30, la préfète de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande l'annulation des arrêtés du 5 décembre 2022.

Sur l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions en litige :

3. Par un arrêté du 5 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°33-2022-196 du même jour, la préfète de la Gironde a donné délégation de signature à Mme E G, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux et signataire des arrêtés attaqués, à l'effet de signer les décisions de la nature de celles en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

5. L'arrêté en litige, qui vise les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français. La préfète de la gironde précise également que l'intéressé a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 1er février 2022, est défavorablement connue des services de police et a interpellé le 4 décembre 2022 pour des faits de recel de vol. Enfin, l'arrêté fait également état du projet de mariage de M. A, qui est célibataire est sans enfant. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde a suffisamment motivé la décision en litige. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'elle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

6. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement en France selon ses déclarations au cours de l'année 2020, après en avoir été éloigné le 25 novembre 2019. Il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 1er février 2022 qu'il n'a pas exécutée, n'a pas respecté les obligations de présentation qui lui étaient fixées dans le cadre de son assignation à résidence et a été interpellé le 4 décembre 2022 pour des faits de recel de vol, alors qu'il était déjà défavorablement connu des services de police. Si l'intéressé fait état d'un projet de mariage avec une ressortissante française résidant à Saint-Etienne, cette seule circonstance ne saurait faire obstacle à son éloignement. Dans ces conditions, en obligeant M. A à quitter le territoire français, la préfète de la Gironde n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, notamment garantie par les stipulations précitées.

En ce qui concerne le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

9. Il ressort des termes de l'arrêté en litige, qui vise les dispositions de l'article L. 612-2 et des 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il existe un risque que M. A se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre. Ce faisant, en précisant par le truchement des visas des alinéas correspondant à la situation de M. A les circonstances de nature à caractériser le risque de soustraction de l'intéressé à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, la préfète de la Gironde a suffisamment motivé sa décision.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui aux points 3 à 7 du présent jugement que l'obligation de quitter le territoire français dont a fait l'objet M. A n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

12. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. L'arrêté en litige, qui vise notamment les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, est entré irrégulièrement en France, ne justifie pas de liens d'une particulière intensité avec la France, a été interpellé le 4 décembre 2022 pour des faits de recel de vol, est défavorablement connu des services de police à raison de cinq signalements sous deux identités différentes et a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 1er février 2022. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde a suffisamment motivé sa décision. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'elle n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui aux points 3 à 7 du présent jugement que l'obligation de quitter le territoire français dont a fait l'objet M. A n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence dont il fait l'objet serait dépourvue de base légale doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". Aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

16. L'arrêté en litige, qui vise notamment les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, ne peut dans l'immédiat ni regagner son pays d'origine, ni se rendre dans un autre pays et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit être écarté.

17. En dernier lieu, si M. A soutient que cette mesure est injustifiée, ce moyen, qui n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : Il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Me Duten et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le .

Le magistrat désigné,

A. D La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à

tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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