mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2206510 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | AUTEF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Autef, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour " passeport-talent " ou " recherche d'emploi-création d'entreprise " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors d'une part qu'elle ne vise pas sa demande de titre sur le fondement de l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'autre part, qu'elle se fonde sur la circonstance que le diplôme d'architecte logiciel, développeur d'applications ne serait pas visé par le décret n° 2016-1463 du 28 octobre 2016, alors que ce texte a été abrogé par décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;
- la préfète de la Gironde n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle, dès lors d'une part qu'il a déposé le 17 août 2022 une demande de titre de séjour mention " passeport talent " de l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette demande n'est pas examinée alors qu'il remplit les conditions d'octroi et, d'autre part qu'elle se fonde sur la circonstance que le diplôme d'architecte logiciel, développeur d'applications ne serait pas visé par le décret n° 2016-1463 du 28 octobre 2016, alors que ce texte a été abrogé par décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation de signature ;
- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale car fondée sur des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français elles-mêmes illégales.
La procédure a été communiquée à la préfète de la Gironde qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 24 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 février 2023.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le décret n° 2019-14 du 8 janvier 2019 relatif au cadre national des certifications professionnelles ;
- l'arrêté du 18 novembre 2020 portant enregistrement au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Molina-Andréo, rapporteure,
- et les observations de Me Autef, représentant M. A
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant de nationalité sénégalaise né le 22 septembre 1997, est entré en France le 4 septembre 2019 sous couvert d'un visa long séjour " étudiant " valant titre de séjour, lequel a été régulièrement renouvelé pour expirer en dernier lieu le 19 novembre 2022. Le 17 août 2022, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " passeport-talent ". Par la suite, il a également demandé, le 27 septembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi-création d'entreprise ". Par un arrêté du 15 novembre 2022, dont il demande l'annulation, la préfète de la Gironde a rejeté cette dernière demande en refusant de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; / (). ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 2 du décret n° 2019-14 du 8 janvier 2019 relatif au cadre national des certifications professionnelles : " II. - Sous réserve des dispositions prévues au IV de l'article 31 de la loi du 5 septembre 2018 susvisée, les certifications professionnelles classées, à la date d'entrée en vigueur du présent décret, dans le répertoire national des certifications professionnelles au niveau I de la nomenclature en vigueur antérieurement au présent décret sont classées, au plus tard le 1er janvier 2020, au niveau 7 ou au niveau 8 mentionnés au III de l'article D. 6113-19 du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 6113-1 du code du travail : " Un répertoire national des certifications professionnelles est établi et actualisé par l'institution nationale dénommée France compétences mentionnée à l'article L. 6123-5. / Les certifications professionnelles enregistrées dans le répertoire national des certifications professionnelles permettent une validation des compétences et des connaissances acquises nécessaires à l'exercice d'activités professionnelles. (.) / Les certifications professionnelles sont classées par niveau de qualification et domaine d'activité. () ". Aux termes de l'article D. 6113-9 du même code : " I.- Le cadre national des certifications professionnelles comprend huit niveaux de qualification. Il précise la gradation des compétences associées à chacun de ces niveaux. / () III. () 6° Le niveau 7 atteste la capacité à élaborer et mettre en œuvre des stratégies alternatives pour le développement de l'activité professionnelle dans des contextes professionnels complexes, ainsi qu'à évaluer les risques et les conséquences de son activité. Les diplômes conférant le grade de master sont classés à ce niveau du cadre national ; / () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 novembre 2020 portant enregistrement au répertoire national des certifications professionnelles : " Les certifications professionnelles ci-dessous énumérées sont enregistrées au répertoire national des certifications professionnelles avec mention du niveau, du code de la nomenclature des spécialités de formation et pour la durée indiquée. Intitulé de la certification : Architecte logiciel, développeur d'applications / Organisme certificateur : ETNA - Ecole des technologies numériques appliquées / Niveau de qualification : 7 ".
4. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour qu'il sollicitait sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Gironde a relevé que la certification " Architecte logiciel, développeur d'applications ", dont se prévalait l'intéressé, n'est pas de celles ouvrant droit au bénéfice d'un titre de séjour prévu par ces dispositions, dès lors qu'elle ne serait pas visée ni par l'arrêté du 12 mai 2011 fixant la liste des diplômes au moins équivalents au master, ni par le décret n° 2016-1463 du 28 octobre 2016 relatif aux diplômes au moins équivalents au master ou à un diplôme de niveau I labellisé par la conférence des grandes écoles.
5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a suivi avec succès au titre de l'année universitaire 2021/2022 une formation " Architecte logiciel, développeur d'applications " au sein de l'Ecole des technologies numériques appliquées (ETNA). S'il est constant que cette formation correspondait initialement à un titre de niveau I, elle correspond désormais à une classification de niveau 7, en application des dispositions combinées du décret du 8 janvier 2019 relatif au cadre national des certifications professionnelles et de l'arrêté du 18 novembre 2020 portant enregistrement au répertoire national des certifications professionnelles. Cette formation doit ainsi être regardée comme conduisant a` un diplôme au moins équivalent au grade de master par application des dispositions précitées de l'article D. 6113-9 du code du travail. De plus, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est entré en France sous couvert d'un visa long séjour " étudiant ", renouvelé jusqu'au 19 novembre 2022, s'est vu délivrer une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 9 février 2023 lui permettant, en vertu de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de justifier de la régularité de son séjour en France et, en application du dernier alinéa de l'article R. 431-15-2 du même code, d'y exercer une activité professionnelle dans la limite fixée par le dernier alinéa de l'article L. 422-1 dudit code. En outre, l'intéressé est titulaire d'une assurance maladie et justifie d'un contrat à durée indéterminée, conclu avec la société Indemia France et fixant, par un avenant, sa prise de fonction effective au 1er décembre 2022, en qualité de " Mobile Application Developer ", pour une rémunération brute annuelle de 40 300 euros. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, alors qu'il remplissait l'ensemble des conditions pour en bénéficier, la préfète de la Gironde a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 15 novembre 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, et sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de délivrer à M. A une carte de séjour " recherche d'emploi-création d'entreprise ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre, dans l'attente, dans un délai de huit jours, une autorisation de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais liés au litige :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son conseil peut donc se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, Me Autef, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 novembre 2022 de la préfète de la Gironde est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. A un titre de séjour " recherche d'emploi-création d'entreprise " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre, dans l'attente, dans un délai de huit jours, une autorisation de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Autef, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Autef et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
C. DE GÉLAS
La première conseillère faisant fonction de présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO
La greffière,
C. SCHIANO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026