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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206536

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206536

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206536
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGONNORD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

B une requête, enregistrée le 12 décembre 2022, M. D A, représenté B Me Patrice Gonnord, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 15 novembre 2022 B lequel la préfète de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros B jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D A et soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que le refus de séjour attaqué le place en situation irrégulière et lui interdit de travailler, le privant de toute ressource ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'erreur de droit dans l'application de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son diplôme ouvre bien droit au bénéfice de ces dispositions, et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

B un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au non-lieu à statuer.

Elle fait valoir qu'elle a procédé, B arrêté du 5 décembre 2022, à l'abrogation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 12 décembre 2022 sous le numéro 2206535 B laquelle M. D A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience, Mme E a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Gonnord, représentant M. D A, qui a développé les moyens soulevés dans ses écritures.

- la préfète de la Gironde n'était ni présente ni représentée

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée B la juridiction compétente ou son président. / () L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori B le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. D A à l'aide juridictionnelle.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'administration abroge l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet la requête formée à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Si, B arrêté du 5 décembre 2022, la préfète de la Gironde a abrogé l'arrêté du 15 novembre 2022, cette décision n'est pas devenue définitive. B suite, l'exception de non-lieu ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence

5. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies B le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, qui place l'intéressé en situation irrégulière sur le territoire national alors qu'il séjourne régulièrement en France depuis le 30 août 2016, porte aux intérêts de M. D A une atteinte immédiate et suffisamment grave pour que la condition d'urgence soit satisfaite.

En ce qui concerne les moyens susceptibles de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 15 novembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. L'exécution de la présente ordonnance implique, en l'état de l'instruction et dans les circonstances de l'espèce, que la préfète de la Gironde délivre à M. D A une autorisation de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du jugement de sa requête au fond. Il y a lieu de l'y enjoindre dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. D A à l'aide juridictionnelle. B suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gonnord, avocat de M. D A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gonnord de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D A B le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. D A.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 15 novembre 2022 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer à M. D A une autorisation de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du jugement de sa requête au fond, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gonnord renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Gonnord, avocat de M. D A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D A B le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. D A.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D A, à Me Gonnord, à la préfète de la Gironde et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Bordeaux, le 27 décembre 2022.

La juge des référés,

F. MUNOZ-PAUZIES

La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaire de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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