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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206599

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206599

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantCOSTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 15 décembre 2022, complétée A des pièces enregistrées le 13 janvier 2023, Mme C B, représentée A Me Coste, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2022 A lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros A jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation et lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délais et d'astreintes ;

4°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de procéder, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros A jour de retard, à la suppression de l'inscription de l'interdiction de retour sur le territoire français de Mme B au système d'information Schengen dans un délai d'un mois et de lui rapporter la preuve de ses diligences ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relatif à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- l'arrêté contesté a été pris A une autorité incompétente ;

- la préfète de la Gironde n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation ;

- la préfète de la Gironde a commis des erreurs de fait ;

- l'arrêté contesté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- l'arrêté contesté méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait l'intérêt supérieur de sa fille et porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 511-1 III alinéa 8, désormais codifiées à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

A un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2023, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Coste, représentant Mme B.

Le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de nationalité guinéenne, a demandé le 31 mars 2021 après son entrée sur le territoire français le 26 janvier 2021, le bénéfice de l'asile. Sa demande a été rejetée A décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 22 juin 2021. Le recours contre cette décision a été rejeté A une décision rendue le 7 octobre 2022 A la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). A un arrêté du 15 novembre 2022, la préfète de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit A le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit A la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée A le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme A l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". L'article L. 542-1 du même code prévoit que : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué A ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des fiches Telemofpra produites en défense, que la demande d'asile de Mme B a été rejetée A une décision de l'OFPRA du 26 juin 2021, notifiée à la requérante le 28 juillet 2021, et que le recours formé contre cette décision a été rejeté A la CNDA le 7 octobre 2022, date de lecture en audience publique. Toutefois, préalablement à l'arrêté attaqué du 15 novembre 2022, la requérante avait introduit une demande de réexamen d'une demande d'asile, au nom de sa fille, M'Balia, née le 1er novembre 2022, et une attestation de réexamen de demande d'asile en procédure accélérée a été délivrée A la préfecture de la Gironde, le 3 novembre 2022, au nom de la fille de la requérante. Ainsi, en application des dispositions précitées, le droit au maintien sur le territoire français de l'enfant prenant fin à la date de lecture de la décision de l'OFPRA, la préfète de la Gironde ne pouvait légalement décider, le 15 novembre 2022, de refuser à la requérante la délivrance d'un titre de séjour. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de Mme B doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 novembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

7. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme B lorsque l'OFPRA se sera prononcé sur la demande d'asile présentée au nom de sa fille, et de la munir dans l'attente d'un récépissé l'autorisant à séjourner en France. Il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision litigieuse, implique que l'autorité administrative efface le signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen dont Mme B fait l'objet en conséquence de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de faire procéder à cet effacement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B à l'aide juridictionnelle. A suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Coste renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Coste de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté de la préfète de la Gironde du 15 novembre 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme B lorsque l'OFPRA se sera prononcé sur la demande d'asile présentée au nom de sa fille, la munir dans l'attente d'un récépissé l'autorisant à séjourner en France et d'effacer le signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen dont Mme B fait l'objet en conséquence de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Coste renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Coste une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Coste et au préfet de la Gironde.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

La magistrate désignée,

F. D La greffière,

S. CASTAIN La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2206599

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