mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2300061 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | HAAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Haas, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 8 novembre 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde d'enregistrer sa demande de titre de séjour en le convoquant dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. B A soutient que :
- de nationalité malienne, il est entré en France en juillet 2019, alors mineur né le 2 juin 2003, et a été pris en charge par le département de l'Aveyron en application d'une ordonnance de placement provisoire du 26 juillet 2019 du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Rodez, avant de faire l'objet d'un placement auprès des services départementaux de la Gironde par ordonnance du 6 août 2019, confirmé par jugement du 4 juin 2020, puis de bénéficier de contrats " jeune majeur " ;
- depuis le 6 septembre 2021, il est inscrit comme étudiant-apprenti au centre de formation des adultes de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Gironde, en vue d'obtenir le certificat d'aptitude professionnelle de boucherie ;
- il a déposé sur le site dédié une demande de titre de séjour le 30 mars 2022 en produisant l'ensemble des pièces requises et a reçu une attestation de dépôt ;
- pour autant, la préfète de la Gironde a prononcé le 31 mai 2022 un classement sans suite de sa demande, au motif du caractère incomplet de son dossier, et l'a invité à déposer d'un nouveau dossier accompagné d'un passeport ou d'une attestation consulaire de nationalité ;
- ne disposant pas de passeport, il a formulé une nouvelle demande en renvoyant un dossier avec sa carte d'identité consulaire le 15 juin 2022, demande qui a également fait l'objet d'un classement sans suite, non motivé, le 8 novembre 2022 ;
- son recours administratif du 15 novembre 2022 est resté sans réponse ;
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'absence de titre fait obstacle à tout projet professionnel et le place dans une situation irrégulière, l'exposant à une mesure d'éloignement ;
- la décision attaquée est entachée du vice de l'incompétence de son auteur ;
- la décision n'est pas motivée, en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- en outre, la décision du 8 novembre 2022 a été édictée en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le traitement de sa demande révèle l'absence d'examen particulier de son dossier ;
- dès lors que son dossier était complet, notamment en ce qu'il justifiait de sa nationalité conformément aux exigences des articles R. 431-10 et R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de classer sans suite sa demande est entachée d'erreur de droit ;
- la décision repose en outre sur une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2023, la préfète de la Gironde conclut au non-lieu à statuer sur la requête en faisant valoir que la demande de M. A est à nouveau à l'instruction.
Par décision du 18 juillet 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. A l'aide juridictionnelle totale pour une procédure de référé suspension à l'encontre du refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 19 janvier 2023 à 14h30, ont été entendus :
- le rapport de M. Bayle, juge des référés ;
- les observations de Me Haas, représentant M. B A, qui a développé les moyens soulevés dans la requête et a soutenu en outre que, si la préfète de la Gironde fait valoir que l'instruction de la demande de titre de séjour de ce dernier a été reprise, elle n'assortit ses allégations d'aucune garantie et ne lui a pas délivré de récépissé, en violation de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que le dossier est dorénavant complet.
La préfète de la Gironde n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. B A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 8 novembre 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour. Toutefois, ayant décidé de reprendre l'instruction de la demande de M. A le 16 janvier 2023, l'autorité préfectorale conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction.
Sur l'exception de non-lieu :
2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Il résulte de l'instruction que M. B A, ressortissant malien né le 2 juin 2003 à Bamako, au Mali, a déposé auprès des services de la préfecture de la Gironde, sur la plateforme dédiée, le 30 mars 2022 une demande de carte de séjour en qualité de mineur confié aux services de l'aide sociale à l'enfance. Après un classement sans suite de cette demande au motif de l'absence de production d'un passeport ou d'une carte consulaire de nationalité avec photo d'identité, en date du 31 mai 2022, M. A a déposé un nouveau dossier comportant une carte consulaire, le 15 juin 2022. Cette nouvelle demande a été également classée sans suite, par décision du 8 novembre 2022. Si la préfète de la Gironde fait valoir en défense que ce classement sans suite étant erroné, elle a décidé, le 16 janvier 2023, de reprendre l'instruction de la demande de titre de M. A, elle n'en a pas tiré les conséquences, faute de lui avoir délivré le récépissé de demande de titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 précité. Par suite, la requête, qui doit dorénavant être regardée comme dirigée contre la décision du 16 janvier 2023 en tant qu'elle n'est pas assortie de la délivrance d'un récépissé, n'est pas devenue sans objet et l'exception de non-lieu doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. Pour l'application des dispositions précitées du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.
5. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que M. B A est entré en France en juillet 2019, alors mineur de plus de seize ans, et qu'à la suite d'une évaluation socio-éducative par les services départementaux de l'Aveyron, il a fait l'objet d'une mesure de placement provisoire par ordonnance du 26 juillet 2019 du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Rodez, avant d'être confié aux services du département de la Gironde par ordonnance du 6 août 2019 du juge des enfants du tribunal de Bordeaux, placement qui a été confirmé par jugement du 4 juin 2020. Par la suite, M. A a bénéficié de contrats " jeune majeur " de la part du département de la Gironde. Au regard des éléments au dossier, il poursuit une formation au sein du centre de formation de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Gironde en vue de l'obtention du certificat d'aptitude professionnelle de boucherie, dans le cadre d'un contrat d'apprentissage conclu avec une entreprise spécialisée. Dans ces circonstances, le défaut de délivrance d'un récépissé de demande de titre, qui place M. A en situation irrégulière au plan du séjour et met nécessairement un terme à la formation qu'il a engagée, porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts pour que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux :
6. En l'état de l'instruction, le moyen invoqué par M. B A et tiré de la violation de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature, dans les circonstances de l'espèce, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 16 janvier 2023, qui s'est substituée au refus du 8 novembre 2022, en tant qu'elle n'est pas assortie de la délivrance d'un récépissé de demande titre de séjour.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 16 janvier 2023 dans la mesure précitée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. La présente ordonnance implique que, comme le demande M. A, l'autorité préfectorale lui délivre un récépissé de demande de titre de séjour, en application de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de remettre à M. A un tel récépissé, l'autorisant à travailler dans la mesure nécessaire à la poursuite de sa formation, et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
9. M. B A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du 18 juillet 2022 en vue d'une demande de suspension du refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour, son conseil, Me Haas peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 800 euros à Me Haas au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, ce versement entraînant renonciation de Me Haas à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision du 16 janvier 2023 de la préfète de la Gironde est suspendue en tant qu'elle n'est pas assortie de la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer à M. B A un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans la mesure nécessaire à la poursuite de sa formation, et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 euros à Me Haas, conseil de M. B A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à la préfète de la Gironde et à Me Haas.
Fait à Bordeaux, le 24 janvier 2023.
Le juge des référés,
J-M. BAYLE La greffière,
C. GIOFFRE
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026