mercredi 1 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2300075 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | PARDOE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023 et un mémoire enregistré le 23 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Pardoe, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 25 novembre 2022 par laquelle la préfète de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. B soutient que :
- de nationalité malienne, entré en France en juin 2019, il a bénéficié d'un placement auprès du département de la Gironde par jugement du 23 septembre 2020 du juge des enfants du tribunal de Bordeaux ;
- ayant obtenu le certificat d'aptitude professionnelle d'" Opérateur logistique " au mois de juin 2022, il poursuit sa formation en vue de passer le baccalauréat professionnel en logistique ;
- la demande de titre de séjour qu'il a déposée le 5 août 2022 sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été rejetée par la décision contestée du 25 novembre 2022 ;
- il a saisi ce tribunal d'une requête au fond contre la décision du 25 novembre 2022 ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision le prive de la possibilité de poursuivre son contrat d'apprentissage faute d'autorisation de travail, et par suite, sa scolarité, outre qu'elle a pour effet de l'empêcher de se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'un défaut de motivation, en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, qui révèle une absence d'examen sérieux de sa situation ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 114-5 du code précité ;
- la décision méconnaît les dispositions des articles R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a déposé un dossier complet ;
- la décision repose sur une erreur manifeste d'appréciation ;
- si l'autorité préfectorale fait valoir que sa demande de titre est de nouveau en cours d'instruction, elle n'en rapporte pas la preuve ;
- la décision contestée caractérise bien un refus de titre de séjour, et non un refus d'enregistrement de la demande.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 janvier 2023, la préfète de la Gironde conclut au non-lieu à statuer sur la requête au motif que l'instruction de la demande de titre déposée par M. B a été reprise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 24 janvier 2023 à 14h30, ont été entendus :
- le rapport de M. Bayle, juge des référés ;
- les observations de Me Pardoe, représentant M. B, qui a développé les moyens soulevés dans les écritures de ce dernier.
La préfète de la Gironde n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant malien qui serait né le 22 novembre 2003 à Kafana, au Mali, a déposé le 5 août 2022 un dossier de demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture de la Gironde, sur la plateforme dédiée. Pour justifier de sa nationalité, ainsi que l'impose l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B a produit une carte d'identité consulaire. Par décision du 25 novembre suivant, l'autorité préfectorale a rejeté la " demande " de l'intéressé au motif que " la carte consulaire d'identité n'[était] pas un document d'état civil ni même un document de nationalité ". Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision du 25 novembre 2022. Fondée sur les prescriptions de l'article précité, la décision en cause constitue, non pas un refus de délivrance de titre de séjour comme le soutient M. B, mais un refus d'instruction de sa demande au motif du caractère incomplet de son dossier. En défense, la préfète de la Gironde, qui fait valoir que l'instruction de la demande de M. B a été reprise le 16 janvier 2023, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction.
Sur l'exception de non-lieu :
2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".
3. Comme il a été dit, la préfète de la Gironde a décidé, le 16 janvier 2023, de reprendre l'instruction du dossier de M. B, en indiquant en défense que le refus d'instruction de sa demande de titre de séjour était erroné. Toutefois, cette autorité, qui n'invoque plus l'incomplétude du dossier de l'intéressé, n'a pas tiré les conséquences de sa décision, faute d'avoir délivré à ce dernier le récépissé de demande de titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 précité. Par suite, la requête, qui doit dorénavant être regardée comme dirigée contre la décision du 16 janvier 2023 en tant qu'elle n'est pas assortie de la délivrance d'un récépissé, n'est pas devenue sans objet et l'exception de non-lieu doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
5. Pour l'application des dispositions précitées du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. Selon les pièces du dossier, M. A B serait entré en France en juin 2019, alors mineur de seize ans au regard d'un extrait d'acte de naissance, établi toutefois sur la base d'un jugement supplétif grossièrement falsifié, et, bien que sa minorité elle-même ne paraissait pas vraisemblable d'après le service social qui a procédé à son évaluation, appréciation confirmée par une expertise osseuse qui a conclu à un âge moyen compris alors entre 20 ans et 22 ans, il a fait l'objet d'une mesure de placement provisoire au bénéfice d'un doute, par jugement du 16 septembre 2020 du juge des enfants du tribunal de grande instance de Bordeaux. Par la suite, M. B a bénéficié de la part du département de la Gironde, en qualité de jeune majeur, d'une prise en charge lui assurant un suivi éducatif et un hébergement. Il ressort des documents produits qu'il a suivi une formation en vue de l'obtention du certificat d'aptitude professionnelle d'opérateur logistique et a conclu le 17 juin 2022, dans le cadre de la poursuite de ses études, un contrat d'apprentissage, qui doit s'achever le 31 juillet 2024. Dans ces circonstances, le défaut de délivrance d'un récépissé de demande de titre, qui place M. B en situation irrégulière au plan du séjour et met nécessairement un terme à la formation qu'il a engagée, porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts pour que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux :
7. En l'état de l'instruction, le moyen invoqué par M. A B et tiré de la violation de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature, dans les circonstances de l'espèce, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 16 janvier 2023, qui s'est substituée au refus du 25 novembre 2022, en tant qu'elle n'est pas assortie de la délivrance d'un récépissé de demande titre de séjour.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 16 janvier 2023 dans la mesure précitée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. La présente ordonnance implique la délivrance à M. A B d'un récépissé de demande de titre de séjour, en application de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de remettre à M. B un tel récépissé, l'autorisant à travailler dans la mesure nécessaire à la poursuite de sa formation, et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
10. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A B à l'aide juridictionnelle.
11. M. A B étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par la présente ordonnance, son conseil, Me Pardoe, peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 800 euros à Me Pardoe au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, ce versement entraînant renonciation de Me Pardoe à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
ORDONNE :
Article 1er : M. A B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 16 janvier 2023 de la préfète de la Gironde est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours au fond, en tant qu'elle n'est pas assortie de la délivrance à M. A B d'un récépissé de demande de titre de séjour.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à M. A B un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans la mesure nécessaire à la poursuite de sa formation, et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 800 euros à Me Pardoe, conseil de M. A B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au préfet de la Gironde et à Me Pardoe.
Fait à Bordeaux, le 1er février 2023.
Le juge des référés,
J-M. BAYLE La greffière,
C. GIOFFRE
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026