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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300095

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300095

mercredi 11 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300095
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Lanne, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision du 16 décembre 2022 par laquelle l'autorité préfectorale a refusé d'enregistrer sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde, à titre principal, de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile et de lui remettre une attestation de demandeur d'asile, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans tous les cas, dans un délai de cinq jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

M. A soutient que :

- de nationalité ivoirienne, il est entré en France pour la première fois le 30 juin 2022 en vue de solliciter l'asile ;

- placé en procédure " Dublin ", il a fait l'objet d'un arrêté de transfert vers l'Espagne, le 27 octobre 2022 et a été éloigné vers ce pays le 12 décembre suivant ;

- il est revenu en France et s'est présenté aux services compétents le 15 décembre 2022 pour formuler une nouvelle demande d'asile ;

- convoqué à la préfecture de la Gironde le 16 décembre, l'autorité administrative s'est abstenue d'enregistrer sa demande d'asile et aucune attestation ne lui a été remise ;

- le refus d'enregistrement d'une demande d'asile est constitutive de l'urgence, compte tenu des graves conséquences qu'il entraîne, empêchant l'instruction d'une telle demande et le maintenant en situation irrégulière au plan du séjour, avec le risque d'une mesure d'éloignement ;

- la décision est insuffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- ce défaut de motivation révèle l'absence d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est contraire tant à l'article 24 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil qu'à l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonctions sous astreinte :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant ivoirien qui serait né le 1er janvier 1990 à Ferefougoula, en Côte d'Ivoire, et qui serait entré en France le 30 juin 2022 selon ses déclarations, s'est présenté à la préfecture du Val-de-Marne le 12 juillet 2022 pour formuler une demande d'asile. Les recherches entreprises dans le fichier Eurodac ayant révélé qu'il était entré sur le territoire des Etat membres par l'Espagne, le 28 juin 2021, sa demande a été enregistrée en application de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il s'est vu délivrer une attestation de demandeur d'asile. Estimant que l'Espagne était responsable de l'examen de la demande d'asile de M. A en application de l'article 13-1 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, le préfet du Val-de-Marne a, le 2 septembre 2022, saisi les autorités de cet Etat d'une demande de prise en charge de l'intéressé, sur le fondement de l'article précité dudit règlement ; ces autorités ont donné leur accord pour la prise en charge de M. A, le 5 septembre 2022. En considération de cet accord, la préfète de la Gironde a prononcé à l'encontre de l'intéressé, par arrêté du 27 octobre 2022, une mesure de remise aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile. M. A a été effectivement éloigné vers l'Espagne le 12 décembre 2022, à la suite d'un placement en rétention administrative. Pour autant, ce dernier est revenu sur le territoire français, en vue de renouveler sa demande d'asile et de bénéficier des conditions matérielles d'accueil. S'il soutient que le défaut d'enregistrement de sa seconde demande d'asile le place dans une situation de précarité, l'insécurité juridique qu'il invoque résulte de sa décision de quitter l'Etat responsable de sa demande d'asile en application du règlement même dont il se prévaut, Etat où il doit pouvoir bénéficier des conditions matérielles d'accueil, et de sa volonté d'imposer son choix personnel de l'Etat responsable de sa demande d'asile. Dans ces circonstances, la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite et les conclusions de M. A aux fins de suspension et d'injonctions sous astreinte doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire et les conclusions relatives aux frais de l'instance :

5. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement " et aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il résulte des points précédents que la requête de M. A ne satisfait pas de manière manifeste aux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

6. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A, y compris sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Lanne.

Copie sera adressée pour information à la préfète de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 11 janvier 2023.

Le juge des référés,

J-M. Bayle

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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