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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300220

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300220

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantCHAMBERLAND-POULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2023, et un mémoire en réplique, enregistré le 12 février 2023, Mme C B, représentée par Me Chamberland-Poulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou à défaut " salariée ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, ou à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreintes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relatif à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle disposait d'une décision régulièrement publiée aux fins de signer la décision attaquée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la préfète de la Gironde n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue garanti par les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation et des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation et des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et des conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour entraîne par voie de conséquence l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la préfète de la Gironde n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue et de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation et des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation et des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne par voie de conséquence l'annulation de la décision fixant le pays de destination ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la préfète de la Gironde n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue et de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation et des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 6 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-sénégalaise relative au séjour des ressortissants des deux pays ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Chamberland-Poulin, représentant Mme B, présente.

Le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise, née le 23 juillet 1986, est entrée en France le 25 septembre 2015 munie d'un visa de court séjour valable jusqu'au 1er octobre 2015. Elle a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire le 20 septembre 2018, s'est maintenue sur le territoire et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un jugement n° 1903959 du 3 juillet 2020, confirmé le 14 janvier 2021 par la cour administrative d'appel de Bordeaux, le tribunal a annulé la décision du préfet de la Gironde portant refus de délivrance d'un titre de séjour et a enjoint à la préfète de délivrer un titre de séjour à l'intéressée. Mme B a ainsi été mise en possession d'un titre de séjour, de manière rétroactive, à compter du 17 septembre 2020, dont elle a sollicité le renouvellement le 4 août 2021. Par un arrêté du 14 octobre 2022, la préfète de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. Il est constant que Mme B est entrée régulièrement en France le 25 septembre 2015 munie d'un visa de court séjour et qu'après une période de maintien irrégulier sur le territoire français, elle s'est vu délivrer un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de manière rétroactive, à compter du 17 septembre 2020. La requérante fait valoir qu'elle entretient une relation de couple avec M. D, ressortissant français, et que de cette relation est née une enfant, A, le 25 décembre 2022. Il ressort des pièces du dossier que, même si le couple ne vit pas quotidiennement ensemble pour des raisons professionnelles, ils ont un projet de vie commune depuis la naissance de leur fille, ainsi qu'en attestent les copies de fiches de paie de M. D, couvrant une période courant de juillet à octobre 2022, ainsi que les attestations d'émission de virement, effectuées entre juin 2021 et octobre 2022, et enfin un document de janvier 2021 dans lequel il se porte caution du logement bordelais de Mme B, pour qu'elle puisse suivre sa formation et acquérir une première expérience professionnelle significative en France. Il a également procédé à une reconnaissance préalable de paternité, le 7 novembre 2022. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein au sein de l'association d'Aide et de Soins à Domicile de Bordeaux (AIDOMI) en date du 30 mars 2021, et produit des fiches de paie datant des années 2021 et 2022. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée porte, au regard des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, méconnaissant ainsi les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Gironde délivre à Mme B un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de remettre à l'intéressée, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Chamberland-Poulin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chamberland-Poulin de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 octobre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme B un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui remettre, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Chamberland-Poulin, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Lisanne Chamberland-Poulin et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

F. E L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

A. LAHITTE

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2300220

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