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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300257

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300257

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantPATHER SELVINAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 17 janvier 2023, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la présidente de la 1ère chambre du tribunal administratif de Pau a transmis au tribunal administratif de Bordeaux, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. F B.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés au tribunal administratif de Pau les 1er juillet et 22 septembre 2022, M. F B, représenté par Me Pather, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans cet intervalle, de le munir d'un récépissé de demande de titre de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- la compétence du signataire n'est pas établie.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et constitue une erreur de droit en ne qualifiant pas en quoi la menace à l'ordre public est caractérisée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire et de celle refusant l'octroi d'un délai de départ ;

- elle est manifestement disproportionnée en fixant la durée d'interdiction de retour à trois ans ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète de Gironde qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 18 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 février 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle garantie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les conclusions de M. Dufour, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. F B, ressortissant marocain, est entré pour la dernière fois sur le territoire français le 21 juillet 2014 après son mariage avec une ressortissante française. Un titre de séjour en qualité de conjoint d'une française lui a ainsi été délivré le 29 juillet 2015 et a été renouvelé jusqu'au 20 août 2020. Par un arrêté du 15 mars 2020, la préfète de la Gironde a refusé de procéder au renouvellement de ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période de deux ans. Par un jugement n°2102537 du 29 septembre 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de Bordeaux a confirmé la décision et procédé à l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Le 29 juin 2022, suite à une interpellation, M. B a été placé en centre de rétention administrative, puis libéré pour vice de procédure et la préfète de la Gironde lui a notifié, par l'arrêté du 30 juin 2022, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

2. Il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible à tous, que Mme G I, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière et l'ordre public, bénéficiait par arrêté préfectoral du 21 juin 2022, régulièrement publié, d'une délégation lui permettant de signer l'ensemble des décisions que comporte l'arrêté en litige, au nom de la préfète de la Gironde en l'absence de M. A E et de Mme D H. Il n'est pas établi ni même allégué que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. " Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".

4. La décision attaquée vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la charte européenne des droits fondamentaux, la convention de Schengen et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en particulier le 3° de l'article L. 611-1 précité. Contrairement à ce que soutient le requérant, elle n'est pas fondée sur un motif d'ordre public mais mentionne que le requérant a fait l'objet d'un refus de séjour le 15 mars 2021, qui a été confirmé par le tribunal administratif de Bordeaux dans son jugement n°2102537 du 29 septembre 2021, devenu définitif. La décision énonce également les considérations de fait liées à sa situation personnelle et familiale sur lesquelles elle se fonde, à savoir que le requérant est sans ressources légales sur le territoire national, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est célibataire, père d'une enfant français mais qui réside avec sa mère, qu'ils ne vivent plus ensemble, le juge judiciaire lui ayant interdit de se rendre au domicile de sa compagne suite à des violences conjugales. Dès lors, la préfète de la Gironde, a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision portant obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté comme manquant en fait.

5. Il ressort de la motivation de la décision contestée que la préfète de la Gironde a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant. Par conséquent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux.

6. Il ressort également de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai, comme évoqué au point 5, qu'elle n'a pas été prise pour des motifs d'ordre public. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit en ne citant pas l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui au surplus ne s'applique qu'aux ressortissants de l'Union européenne. Le moyen doit être écarté comme inopérant.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier, que s'il est constant que le requérant est entré régulièrement en France le 21 juillet 2014 et a bénéficié jusqu'au 20 août 2020 de plusieurs titres de séjour en qualité de conjoint d'une française, il s'est maintenu depuis, en situation irrégulière, du fait d'une mesure d'obligation de quitter le territoire non exécutée. Par ailleurs, il se déclare divorcé de sa première épouse et en concubinage avec une française avec laquelle il a eu un enfant, de nationalité française, né le 31 juillet 2021. Or, la situation de communauté de vie n'est pas établie avant février 2021 et s'est achevée dès novembre 2021, le requérant produisant une attestation d'hébergement par l'association le Lien entre novembre 2021 et avril 2022 et son attestation d'assurance maladie du 10 février 2022 comportant une nouvelle adresse à Langoiran. En outre, la décision attaquée évoque une ordonnance de protection du juge du 16 juin 2022 lui interdisant de se rendre au domicile de sa compagne pour violences conjugales, ce que ne conteste pas le requérant, également signalé au fichier de traitement d'antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits de violence conjugales les 11 août et 24 novembre 2021, ayant également conduit à son interpellation le 29 juin 2022. Dans ce contexte, l'attestation rédigée par sa concubine au soutien du requérant et le certificat d'un médecin attestant que le requérant accompagne sa fille à son cabinet ne sont pas suffisants pour établir qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de sa fille. En outre, si le requérant fournit des bulletins de salaire prouvant qu'il a travaillé lorsqu'il était en situation régulière, ceux-ci ont un caractère ancien, antérieur à avril 2020 et ne témoignent pas d'une stabilité professionnelle. La promesse d'embauche en contrat à durée déterminée que fournit le requérant n'est pas de nature à lui conférer un quelconque droit au séjour. Il ne ressort également pas des pièces du dossier que le requérant soit durablement intégré dans la société française, dont il ne parle pas la langue, et c'est d'ailleurs pour ce motif de procédure que sa rétention a pris fin. Il fait également l'objet d'un suivi pour des problèmes d'alcoolisme et de violences, qui s'avère inefficace, ainsi qu'en témoignent ses multiples signalements au TAJ, au sujet desquels il n'apporte aucune explication. Enfin, il est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence dans le cadre conjugal en 2014, 2018, 2021 et 2022 mais également divers faits délictueux. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " la préfète de la Gironde n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus.

9. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 8, que le requérant ne vit plus avec la mère de son enfant dont il est séparé et qu'il a interdiction de se rendre au domicile conjugal. Le requérant n'établit pas non plus contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs évoqués aux points 8 et 10, la préfète de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. L'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'a pas été démontrée. Aussi, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire

13. D'une part, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. " D'autre part, aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;() / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

14. La décision attaquée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les articles L. 612-2 alinéa 3 et L.612-3 alinéas 4, 5 et 8. Contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète de la Gironde n'a pas entendu fonder sa décision d'obligation de quitter le territoire sans délai, sur un motif d'ordre public, mais sur le risque que le requérant se soustraie à l'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet. Bien que mentionnant différents faits montrant que le requérant est défavorablement connu des services de police, la préfète de la Gironde motive sa décision sur le fait que le requérant s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement du 15 mars 2020, qu'il n'a pas respecté les prescriptions liées à son assignation à résidence du 26 novembre 2021, qu'il a expressément mentionné son souhait de rester sur le territoire et qu'il ne présente pas de garanties suffisantes. Dans ces conditions, la préfète a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait qui fondent sa décision, et le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

15. L'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'a pas été démontrée. Aussi, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire

16. L'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire n'a pas été démontrée. Aussi, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Comme évoqué au point 13, en application de l'article L. 613-2 du code précité, les décisions d'interdiction de retour sont motivées.

18. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit également comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

19. En l'espèce, le préfet énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il fonde sa décision. La décision vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle prend en compte la situation du requérant qui a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qui, quand bien même est parent d'une enfant française, ne justifie pas de sa contribution réelle à l'entretien et à l'éducation de sa fille ni ne justifie, alors même qu'un jugement lui interdit d'entrer en contact avec sa compagne de l'intensité de la relation qu'il déclare entretenir avec une ressortissante française ni de l'intensité et l'ancienneté de ses liens avec la France. Dans ces conditions, bien qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public et a séjourné régulièrement sur le territoire pendant sept années, la décision portant interdiction de retour répond aux exigences de motivation définies à l'article L. 612-10 et la durée de l'interdiction de retour fixée à trois ans par la préfète de la Gironde n'est pas disproportionnée.

20. Il résulte également de ce qui a été dit précédemment concernant l'obligation de quitter le territoire, que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, pour les motifs précédemment exposés, être écartés. Pour les mêmes motifs, la préfète de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

21. Il résulte de tout ce qui précède, que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 30 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction

22. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions aux fins d'injonction ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

23. Les dispositions tendant à l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que réclame M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delvolvé, président,

- Mme Mounic, première conseillère,

- Mme Passerieux, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.

La rapporteure,

S. C Le président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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