lundi 27 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2300309 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JU-6 semaines |
| Avocat requérant | FOUCARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023, Mme B C, représentée par Me Foucard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée à l'expiration de ce délai et a prononcé une interdiction de retourner sur le territoire pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans l'attente de sa décision ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision de l'OFPRA ne lui a pas été notifiée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire :
- la décision est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° ;
En ce qui concerne la décision prononçant l'interdiction de retour :
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.
Par une décision du 14 février 2023, Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D ;
- et les observations de Me Foucard, représentant Mme C ;
- le préfet de la Gironde n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C ressortissante de nationalité kosovare, née le 25 septembre 1945 à Bradash (Kosovo), entrée sur le territoire français le 25 octobre 2012, a demandé le 27 novembre 2012 le bénéfice de l'asile. Sa demande a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 août 2013. Après avoir quitté le territoire, Mme C est de nouveau entrée en France le 5 avril 2022. L'intéressée a sollicité, le 6 octobre 2022, le réexamen de sa demande d'asile, laquelle a été rejetée par décision de l'OFPRA du 27 octobre 2022. Par un arrêté du 21 décembre 2022, la préfète de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour de d'un an. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La date de notification de la décision à la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ". En outre, aux termes de l'article L. 542-2 1° b) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article " et des dispositions de l'article L. 531-32 : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la demande de réexamen de Mme C a été examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui l'a rejetée comme irrecevable par une décision du 27 octobre 2022. Le relevé des informations de la base de données " TelemOfpra ", versé au dossier par le préfet de la Gironde, indique que cette décision a été notifiée le 30 novembre 2022 à Mme C qui n'introduit aucun élément permettant de remettre en cause l'existence de cette notification. La préfète de la Gironde était par suite en droit de fonder sa décision sur le rejet de la demande de Mme C par l'Office français de l'immigration et de l'intégration régulièrement notifiée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
4. En deuxième lieu, pour soutenir que la décision en litige a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, Mme C se prévaut de ce que son fils, qui a acquis la nationalité française et réside en France, l'héberge et la prend en charge. Toutefois, Mme C ne verse au dossier aucun élément permettant d'apprécier l'intensité de ses relations familiales avec son fils ni de son insertion sur le territoire français, sur lequel elle est entrée quelques mois seulement avant la décision attaquée. La circonstance que son mari soit décédé en novembre 2020 ne suffit pas à démontrer que la requérante serait dépourvue de tout lien avec son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où elle ne démontre pas être isolée. En outre, si Mme C soutient, dans son récit de vie soumis durant la procédure de demande d'asile, avoir été agressée à plusieurs reprises à son domicile par des personnes appartenant au parti extrême nationaliste, ces éléments, qu'elle ne conforte par aucune pièce et dont il ressort qu'ils ont été pris en compte par l'OFPRA pour rejeter le bénéfice de l'asile à Mme C, ne sont pas de nature à lui ouvrir un droit au séjour. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C au regard des buts qu'elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
5. En troisième lieu, si Mme C se prévaut de sa mobilité réduite et des diverses pathologies dont elle est atteinte ayant nécessité une hospitalisation le 1er octobre 2022 pour une aggravation de ses douleurs abdominales. Toutefois, elle ne produit aucun autre élément antérieur à la décision attaquée démontrant la gravité de son état de santé et le suivi d'un traitement particulier, outre la prise de movicol. Par suite, la préfète de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision lui faisant obligation de quitter le territoire :
6. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit ci-dessus, Mme C ne saurait se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-3 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
8. D'une part, il résulte de ces dispositions que dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
9. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ait porté à la connaissance de la préfète de la Gironde des éléments permettant d'établir que son état de santé serait de nature à faire obstacle à son éloignement. Mme C se contente en outre de produire une attestation d'hospitalisation pour aggravation de son état avec douleurs abdominales, laquelle ne démontre pas la gravité de son état de santé ni la nécessité d'un suivi régulier, sans toutefois préciser la nature et la gravité des pathologies chroniques dont elle serait affectée. En outre, si Mme C verse au dossier un rapport peu circonstancié de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés qui décrit une insuffisance de soins au Kosovo ainsi que le coût élevé des médicaments, elle n'établit pas que le suivi médical que nécessiterait son état de santé ne pourrait pas être pris en charge au vu des caractéristiques du système de santé de son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 doit être écarté.
Sur la décision prononçant l'interdiction de retour :
10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ".
11. Il ressort des pièces du dossier et de ce qui a été dit précédemment que le fils de A C est de nationalité française. Si Mme C a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement il y a dix ans, elle a exécuté cette mesure. En outre, elle est âgée et ne représente pas une menace pour l'ordre public. Par suite, compte tenu des liens dont elle dispose en France, la requérante est fondée à soutenir qu'en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, la préfète de la Gironde a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.
12. Il résulte de tout ce qui précède que seule la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée et le surplus des conclusions à fin d'annulation de Mme C doit être rejeté.
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 21 décembre 2022, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an à l'encontre de Mme C, est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Foucard et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.
La magistrate désignée,
F. D La greffière,
S. CASTAIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026