jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2300352 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | MEAUDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 janvier 2023 et un mémoire enregistré le 7 février 2023, M. B A, représenté par Me Meaude, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 15 novembre 2022 par laquelle la préfète de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder à l'instruction de sa demande de titre et ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, ainsi que de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de la décision ;
3°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. A soutient que :
- de nationalité malienne, il a quitté son pays d'origine en août 2020, et, après un séjour à Paris durant lequel il a fait l'objet d'une ordonnance aux fins de placement provisoire le 15 octobre 2020 le confiant, du fait de sa minorité, aux services du département de la Gironde, il a bénéficié du dispositif " jeunes majeurs " et a été scolarisé dans un centre de formation pour adultes en vue de l'obtention du certificat d'aptitude professionnelle de boulanger, ayant conclu, dans ce cadre, un contrat d'apprentissage ;
- la demande de titre de séjour qu'il a déposée le 13 juillet 2022 sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été rejetée par la décision contestée du 15 novembre 2022 ;
- il a saisi ce tribunal d'une requête au fond contre la décision du 15 novembre 2022 ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision le prive de la possibilité de poursuivre son contrat d'apprentissage faute d'autorisation de travail, et par suite, sa scolarité, outre qu'elle le laisse sans ressources ;
- la décision contrevient aux prescriptions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, faute de comporter l'identité de son auteur ;
- la décision est entachée d'un défaut de motivation, en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision méconnaît les dispositions des articles R. 431-10, R. 431-11, R. 431-12 et R. 431-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a justifié de son identité et de sa nationalité ;
- la décision est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, faute pour l'autorité préfectorale d'avoir pris en compte son parcours depuis son arrivée en France, son intégration dans la société française et la nécessité pour lui d'obtenir une autorisation de travail afin de mener à son terme la formation engagée et de s'assurer financièrement ;
- pour les motifs précités, la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il remplit les conditions posées par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision repose sur une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2023, la préfète de la Gironde conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de M. A aux fins de suspension et d'injonction et au rejet du surplus de la requête.
La préfète de la Gironde fait valoir que l'instruction de la demande de titre déposée par M. A a été reprise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 7 février 2023 à 14h30, ont été entendus :
- le rapport de M. Bayle, juge des référés ;
- les observations de Me Meaude, représentant M. A, qui a développé les moyens soulevés dans les écritures de ce dernier.
Le préfet de la Gironde n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant malien qui serait né le 26 juin 2004 à Bamako au Mali, a déposé le 13 juillet 2022 un dossier de demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture de la Gironde, sur la plateforme dédiée. Pour justifier de sa nationalité, ainsi que l'impose l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A a produit une carte d'identité consulaire. Par décision du 15 novembre suivant, l'autorité préfectorale a rejeté la " demande " de l'intéressé au motif que " la carte consulaire d'identité n'[était] pas un document d'état civil ni même un document de nationalité ". Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision du 15 novembre 2022. Fondée sur les prescriptions de l'article précité, la décision en cause constitue, non pas un refus de délivrance de titre de séjour, mais un refus d'instruction de sa demande au motif du caractère incomplet de son dossier. En défense, la préfète de la Gironde, qui fait valoir que l'instruction de la demande de M. A a été reprise le 27 janvier 2023, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction.
Sur l'exception de non-lieu :
2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".
3. Comme il a été dit, la préfète de la Gironde a décidé, le 27 janvier 2023, de reprendre l'instruction du dossier de M. A, en indiquant en défense que le refus d'instruction de sa demande de titre de séjour était erroné. Toutefois, cette autorité, qui n'invoque plus l'incomplétude du dossier de l'intéressé, n'a pas tiré les conséquences de sa décision, faute d'avoir délivré à ce dernier le récépissé de demande de titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 précité. Par suite, la requête, qui doit dorénavant être regardée comme dirigée contre la décision du 27 janvier 2023 en tant qu'elle n'est pas assortie de la délivrance d'un récépissé, n'est pas devenue sans objet et l'exception de non-lieu doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
5. Pour l'application des dispositions précitées du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. Selon les pièces du dossier, M. B A, qui serait entré en France au cours de l'année 2020, alors mineur selon l'évaluation dont il a fait l'objet le 13 octobre 2020 de la part des services du département de Paris, a bénéficié d'une mesure de placement provisoire par ordonnance du 15 octobre 2020 du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Paris, maintenue par le jugement du 19 octobre 2020 du juge des enfants du tribunal pour enfants de C le confiant au service d'aide sociale à l'enfance du département de la Gironde. Ce placement a été confirmé par jugement du 6 avril 2021 du même juge et a été, par jugement du 19 octobre 2021, prolongé jusqu'à la majorité de l'intéressé, soit le 26 juin 2022. Par la suite, M. A a bénéficié de la part du département de la Gironde, en qualité de jeune majeur, d'une prise en charge lui assurant un suivi éducatif et un hébergement jusqu'au 25 décembre 2022. Il ressort des documents produits qu'il a conclu le 2 novembre 2022 un contrat d'apprentissage en vue de l'obtention du certificat d'aptitude professionnelle de boulanger, qui doit s'achever le 30 juin 2025. Dans ces circonstances, le défaut de délivrance d'un récépissé de demande de titre, qui place M. A en situation irrégulière au plan du séjour et met nécessairement un terme à la formation qu'il a engagée, porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts pour que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux :
7. En l'état de l'instruction, le moyen invoqué par M. B A et tiré de la violation de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature, dans les circonstances de l'espèce, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 27 janvier 2023, qui s'est substituée au refus du 15 novembre 2022, en tant qu'elle n'est pas assortie de la délivrance d'un récépissé de demande titre de séjour.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 27 janvier 2023 dans la mesure précitée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. La présente ordonnance implique la délivrance à M. B A d'un récépissé de demande de titre de séjour, en application de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de remettre à M. A un tel récépissé, l'autorisant à travailler dans la mesure nécessaire à la poursuite de sa formation, et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
10. En revanche, la décision du 27 janvier 2023 de la préfète de la Gironde rend sans objet la demande d'injonction de M. A tendant à la reprise de l'instruction de son dossier.
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire et les conclusions relatives aux frais de l'instance :
11. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. B A à l'aide juridictionnelle.
12. M. B A étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par la présente ordonnance, son conseil, Me Meaude peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 800 euros à Me Meaude au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, ce versement entraînant renonciation de Me Meaude à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
ORDONNE :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 27 janvier 2023 de la préfète de la Gironde est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours au fond, en tant qu'elle n'est pas assortie de la délivrance à Ismaïla A d'un récépissé de demande de titre de séjour.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à M. B A un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans la mesure nécessaire à la poursuite de sa formation, et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 800 euros à Me Meaude, conseil de M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au préfet de la Gironde et à Me Meaude.
Fait à C, le 9 février 2023.
Le juge des référés,
J-M. BAYLE La greffière,
C. GIOFFRE
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026