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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300528

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300528

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantDEBRIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 2 février 2023, M. B C, représenté A Me Debril, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2023 A lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le Maroc comme pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé une interdiction de retour de 3 ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision a été prise A une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation de signature ni que les personnes la précédant dans la chaîne de délégation auraient été empêchées ou absentes ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne le refus de départ volontaire :

- la décision méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- la décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle a été prise A une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée et couvrant explicitement ce type de décision ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Gironde n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E ;

- et les observations de Me Debril, représentant M. C ;

- le préfet de la Gironde n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant marocain, né le 29 décembre 2004 à Laayoune (Maroc), déclare être entré en France en 2020. A arrêté du 1er février 2023, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé une interdiction de retour de 3 ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée A la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que le préfet de la Gironde a, A un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2023-021 du même jour, donné délégation à Mme D F, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux aux fins de signer toutes décisions prises en application notamment des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci mentionne l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel elle est fondée, ainsi que les éléments de faits relatifs à la situation administrative, judiciaire et personnelle de l'intéressé. La circonstance qu'elle ne mentionne pas le placement de M. C auprès de l'aide sociale à l'enfance est sans incidence sur la légalité de la décision dès lors qu'en tout état de cause, le requérant ne justifie pas de la continuité de sa prise en charge et de sa formation à la date de la décision attaquée. En outre, son placement en milieu ouvert dans le cadre de sa condamnation a pris fin le 29 décembre 2022. La décision, qui précise également suffisamment les faits ayant donné lieu à la condamnation de M. C A le tribunal judiciaire, ne comporte pas une motivation stéréotypée et fait mention des éléments utiles de droit et de fait permettant à M. C de comprendre les motifs afférents à l'obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, M. C, célibataire et sans enfants à charge, ne justifie pas être dépourvu de tout lien avec son pays d'origine, où réside sa mère et où il a vécu jusqu'à ses 16 ans. Si le requérant se prévaut de son parcours professionnel et personnel à l'occasion de son placement auprès de l'aide sociale à l'enfance, cette circonstance n'est en tout état de cause pas de nature à faire obstacle à son éloignement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C se soit intégré sur le territoire français, l'intéressé ayant notamment fait l'objet de deux détentions et d'un placement en milieu ouvert pour divers faits de vol avec circonstances aggravantes. La décision attaquée ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code précité : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

8. Il ressort de la décision attaquée que, pour refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire, le préfet de la Gironde a considéré que M. C ne présentait pas des garanties suffisantes de représentation, qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire et n'a pas sollicité un titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas sérieusement contesté A le requérant, que celui-ci justifierait d'une résidence effective alors que son placement en milieu ouvert a pris fin le 29 décembre 2022, ni qu'il aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour. S'il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que M. C aurait explicitement manifesté son refus de se conformer à l'obligation de quitter le territoire prononcée à son encontre, compte tenu des éléments précités, le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur les motifs tirés de l'irrégularité de la situation de l'intéressé et sur son absence de domiciliation fixe. L'irrégularité invoquée n'étant ainsi pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée A le préfet, elle ne saurait être regardée comme ayant été susceptible d'exercer une influence sur le sens de sa décision et, A suite, comme ayant privé le requérant d'une garantie. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

En ce qui concerne le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. A suite, M. C ne saurait se prévaloir A voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision fixant le Maroc comme pays à destination duquel il pourra être renvoyé.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. A suite, M. C ne saurait se prévaloir A voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision prononçant une interdiction de retour.

11. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 4, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

12. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci mentionne l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel elle se fonde ainsi que les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. En outre, il ne ressort pas de ces mentions que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C, dès lors qu'il mentionne notamment sa date d'entrée alléguée sur le territoire, l'irrégularité de sa situation administrative, ainsi que les éléments relatifs à la vie privée du requérant. A suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen réel et sérieux doivent être écartés.

13. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6 le requérant ne justifie pas d'une situation privée et familiale de nature à faire obstacle au prononcé de la décision, au regard des buts en vue de laquelle elle a été prise. Au surplus, si M. C fait valoir que la durée de l'interdiction fixée A le préfet de la Gironde est disproportionnée dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, il ressort toutefois de ce qui a été dit aux points 6 et 8 que le requérant est en situation irrégulière et n'a pas demandé la régularisation de sa situation. En outre, il ne peut se prévaloir que d'une durée de séjour en France inférieure à trois ans, il ne justifie pas de liens privés et familiaux particuliers en France ni d'une intégration sur le territoire eu égard notamment aux circonstances qu'il a fait l'objet de diverses interpellations pour des faits de vols avec circonstances aggravantes, qu'il a fait l'objet de deux détentions et d'un placement en milieu ouvert à ce titre. Dès lors, la durée de l'interdiction de retour prononcée A le préfet de la Gironde n'apparaît pas disproportionnée. A suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées A M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er février 2023, doivent être rejetées et, A voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Debril et au préfet de la Gironde.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.

La magistrate désignée,

F. E

La greffière,

S. CASTAIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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