jeudi 20 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2300662 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET FIDAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 février 2023 et deux mémoires enregistrés le 19 juin 2023 et le 13 septembre 2023, la société Will Distribution, représentée par Me Looten, demande au tribunal d'annuler la décision du 15 septembre 2022 par laquelle la préfète de la Gironde lui a demandé le remboursement d'un trop-perçu au titre de l'allocation d'activité partielle ensemble la décision implicite de rejet du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion du 26 décembre 2022 rejetant son recours hiérarchique du 14 octobre 2022.
Elle soutient que :
- elle a dû fermer l'ensemble de ses boutiques du centre-ville au mois de novembre 2020 car elle n'entrait pas dans le champ dérogatoire à l'interdiction de recevoir du public tel que prévu à l'article 37 du décret du 29 octobre 2020 ;
- son activité étant la vente de canelés aux touristes et pour offrir, elle a subi une perte de chiffre d'affaires justifiant la fermeture des boutiques du centre-ville de Bordeaux en novembre 2020.
La requête a été communiquée au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion le 10 février 2023 qui n'a pas produit de mémoire.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 30 mai 2023 et le 20 juillet 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°2020-473 du 25 avril 2020 de finances rectificative pour 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,
- les observations de M. B, représentant le préfet de la Gironde.
Considérant ce qui suit :
1. La société Will Distribution est la société en charge de la distribution des cannelés Baillardran à travers ses différents établissements point de vente. Cette société a notamment sollicité, pour le mois de novembre 2020, le placement en position d'activité partielle de l'ensemble de ses 146 salariés de ses 13 établissements sur le fondement du 5° de l'article R. 5122-1 du code du travail, soit au titre des circonstances exceptionnelles résultant de l'épidémie du Covid. Ses demandes ont été autorisées et les 17 demandes d'indemnisation au titre de novembre 2020 ont donné lieu au versement par l'agence de services et de paiement (ASP) d'allocations à hauteur de la somme de 112 553,98 euros pour un volume total de 12 601 heures. En mars 2022, dans le cadre de son contrôle a posteriori, la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités de la Gironde (DDETS) a relevé des incohérences et par courriel du 7 avril 2022 a informé la société qu' il estimait que les conditions d'attribution de l'aide n'étaient plus remplies à compter du 1er novembre 2020, au motif que l'activité de la société n'était pas soumise à une obligation de fermeture totale et que cette mise en activité partielle généralisée des salariés devait ainsi être regardée comme une fermeture volontaire non éligible au dispositif. A l'issue de la procédure contradictoire, le préfet de la Gironde, par décision du 15 septembre 2022, a émis, sur le fondement de l'article R. 5122-10 du code du travail, un ordre de rembourser la somme totale de 107 082,18 euros, dont 101 894,20 euros correspondant au versement des allocations au titre de novembre 2020 pour 91 salariés, dont il a confié à l'ASP l'exécution à l'issue d'un délai de 30 jours. La société Will Distribution demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle porte sur l'indu du mois de novembre 2020, ensemble le rejet implicite de son recours hiérarchique devant le ministre.
2. Aux termes de l'article R. 5122-1 du code du travail : L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l'un des motifs suivants : " 1° La conjoncture économique ; 2° Des difficultés d'approvisionnement en matières premières ou en énergie ; 3° Un sinistre ou des intempéries de caractère exceptionnel ; 4° La transformation, restructuration ou modernisation de l'entreprise ; 5° Toute autre circonstance de caractère exceptionnel.". Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 : " Il est institué, jusqu'au 31 décembre 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation ". Aux termes du décret 2020-1310 du 29 octobre 2020 qui notamment précise les conditions d'éligibilité à ce fonds dans son chapitre 3 pour les Commerces, restaurants, débits de boisson et hébergements, dispose dans son article 37 : " I. - Les magasins de vente, relevant de la catégorie M, mentionnée par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation, ne peuvent accueillir du public que pour leurs activités de livraison et de retrait de commandes ou les activités suivantes () - Commerce de détail de pain, pâtisserie et confiserie en magasin spécialisé ".
3. Pour décider que la société Will Distribution avait bénéficié d'un trop-perçu au titre de l'activité partielle au mois de novembre 2020, la DDETS a estimé que la requérante avait décidé de fermer volontairement ses magasins situés dans le centre-ville de Bordeaux sans pouvoir le justifier par les circonstances exceptionnelles liées au COVID puisque ses magasins vendaient principalement des canelés de Bordeaux et constituaient ainsi des commerces de détail de pâtisserie et entraient à ce titre dans le champ du régime dérogatoire prévu par l'article 37 du décret du 29 octobre 2020 précité. Elle en a déduit que la société Will Distribution n'avait pas pu mettre ses 91 salariés en position d'activité partielle totale pour les boutiques concernées durant tout le mois de novembre 2020 ni bénéficier à ce titre de 101 894, 20 euros d'indemnités d'activité partielle.
4. Pour justifier du bien fondé de ses demandes de mise en activité partielle pour les salariés de l'ensemble de ses boutiques du centre-ville durant le mois de novembre 2020, la requérante soutient que ses magasins constitués de boutiques " Baillardran " étaient spécialisées dans la vente des canelés de Bordeaux dont l'activité n'entrait pas dans le champ dérogatoire à l'interdiction de recevoir du public au profit des commerces de première nécessité prévue à l'article 37 du décret précité, puisqu'elles n'étaient pas au nombre des commerces de détail de pâtisserie. Elle allègue qu'en effet, ses boutiques qui sont spécialisées dans la vente d'un produit phare de la région, les autres produits en vente soit nougatines, rochers et macarons n'étant vendus qu'à la marge, et ne sont pas des pâtisseries au sens traditionnel du terme mais des boutiques dont l'activité est de vendre un produit principalement " liée au tourisme et pour offrir " ce qui en fait un produit non essentiel. Toutefois, et comme le fait valoir en défense le préfet, la requérante n'établit pas au regard de ses seules allégations que ses boutiques ne seraient pas des pâtisseries d'autant qu'elles entrent bien dans la définition des pâtisseries au sens du décret du 29 octobre 2020 telle que posée par la convention nationale de la pâtisserie du 15 juin 1983, à savoir : " est réputé pâtissier () celui qui pratique toutes opérations en vue d'élaborer, de fabriquer, de livrer, de servir à la consommation , principalement au détail, les différents articles résultant de la transformation dans son laboratoire des matières premières usuelles et produits annexe () ". Par ailleurs, si la société soutient avoir dû faire face à une baisse totale de son activité car les canelés serait un produit qui n'est vendu qu'aux touristes et dans le but d'être offerts, elle se borne à se prévaloir d'une baisse de son chiffre d'affaires de 400 000 euros et d'un déficit de 100 000 euros en apportant au dossier les états financiers pour l'exercice du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2020 insuffisant pour justifier qu'elle remplissait les conditions pour obtenir l'indemnisation pour la mise en activité partielle totale de 91 salariés à la suite de la fermeture de toutes ses boutiques du centre-ville de Bordeaux durant tout le mois de novembre 2020. Par suite, le préfet de la Gironde a pu décider sans commettre d'erreur d'appréciation que la société Will Distribution ne pouvait pas justifier la fermeture totale de ses boutiques Baillardran par la seule interdiction de recevoir du public posé par le décret du 29 octobre 2020 et ne pouvait donc pas demander l'indemnisation pour mise en activité partielle de ses 91 salariés pour cause de " circonstances exceptionnelles-Coronavirus ".
5. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions présentées par la société Will Distribution doivent être rejetées, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la société Will Distribution est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Will Distribution et au préfet de la Gironde.
Copie en sera adressée à l'Agence de services et de paiement.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025 à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme C et Mme A, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2025.
La rapporteure,
K. BENZAID
Le président,
D. FERRARI La greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Conseil d'État — N° 507622
Le Conseil d'État, statuant en tant que juge des référés, a rejeté la requête de M. A... qui demandait l'annulation pour excès de pouvoir de la circulaire du ministre de la Justice du 25 mars 2025 relative à la prise en charge des détenus étrangers. La requête a été jugée manifestement irrecevable car présentée le 26 août 2025, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative. La décision a été prise sur le fondement de l'article R. 122-12 du même code, sans instruction contradictoire ni audience publique.
01/07/2026
Conseil d'État — N° 516455
Le Conseil d'État, statuant en cassation, a examiné le pourvoi de M. C... et Mme D... contre une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Lyon. Cette ordonnance avait rejeté leur demande, fondée sur l'article L. 521-2 du code de justice administrative, visant à faire cesser l'obligation de nettoyage de la cuisine d'un CADA et la menace d'expulsion. Le Conseil d'État a constaté que le pourvoi, dirigé contre une décision rendue sur le fondement de l'article L. 522-3, n'avait pas été présenté par un avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation, comme l'exige l'article R. 821-3 du même code. En conséquence, il a déclaré le pourvoi irrecevable et a refusé son admission.
01/07/2026
Conseil d'État — N° 516332
Le Conseil d'État, statuant en cassation, a rejeté le pourvoi de M. C... et Mme D... contre l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Lyon. Ce dernier avait rejeté leur demande sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, concernant des manquements allégués du centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) « Entraide Pierre Valdo ». Le pourvoi a été déclaré irrecevable car il n'avait pas été présenté par un avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation, obligation pourtant mentionnée dans la notification de l'ordonnance attaquée, en application des articles R. 821-3 et R. 612-1 du même code.
01/07/2026
Conseil d'État — N° 516231
Le Conseil d’État, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... qui demandait l’annulation de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création de la partie « loi du pays » du code des douanes de Polynésie française. La requête a été jugée manifestement irrecevable car elle ne contenait que des moyens inopérants, non assortis de faits susceptibles de venir à leur soutien ou dépourvus des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé. Cette décision a été prise sur le fondement de l’article R. 122-12 du code de justice administrative, sans instruction contradictoire préalable ni audience publique.
01/07/2026