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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300667

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300667

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantPAEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2023, M. B F C, représenté par Me Paëz, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2023 par laquelle la préfète de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l 'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté litigieux ;

- l'arrêté n'est pas motivé et démontre un défaut d'examen de sa situation individuelle ;

- il n'a pas été entendu avant la mesure d'éloignement, en méconnaissance du principe général du droit de l'UE et des droits de la défense ;

- du fait de l'absence de droit au maintien sur le territoire, il va être privé d'un recours effectif devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'est pas motivée et révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F C, ressortissant arménien, né le 27 avril 2001 à Kirovakan, déclare être entré en France le 10 avril 2022. Il a sollicité, le 2 mai 2022 le bénéfice de l'asile, mais sa demande a été rejetée par une décision du 18 novembre 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA). Par un arrêté du 27 janvier 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit à défaut de se conformer à ladite obligation et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, Mme A D, cheffe du pôle régional Dublin, bénéficiait, par arrêté préfectoral du 5 octobre 2022 régulièrement publié et accessible sur le site internet de la préfecture, d'une délégation lui permettant de signer l'arrêté en litige au nom de la préfète de la Gironde.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

4. La décision en litige, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Elle indique, en particulier, que l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de M. C et que ce dernier est célibataire et sans enfant. Par suite, la décision est suffisamment motivée et ne révèle pas le défaut d'examen particulier de la situation du requérant par la préfète.

5. En troisième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusée à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de reconnaissance de sa qualité de réfugié.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C a été entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, la circonstance que le requérant n'ait pas été spécifiquement invité à formuler des observations avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre n'entache pas d'irrégularité la procédure d'éloignement engagée par la préfète de la Gironde. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents, susceptibles d'influer sur le sens et le contenu de la décision attaquée. Pour les mêmes motifs, le requérant ne saurait soutenir que la décision contestée aurait été prise en méconnaissance du principe général des droits de la défense.

8. En quatrième lieu, il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'un ressortissant étranger issu d'un pays sûr dont la demande d'asile a été rejetée selon la procédure accélérée, s'il ne bénéficie pas du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours, peut contester l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Ce recours présente un caractère suspensif et le juge saisi a la possibilité, le cas échéant, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours. Par ailleurs, le droit à un recours effectif tel que protégé notamment par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'implique pas que l'étranger, dont la demande d'asile a fait l'objet d'un examen en procédure accélérée puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile et ce alors qu'il peut se faire représenter devant cette juridiction. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en ne permettant pas au requérant de se maintenir que le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours l'aurait privé d'un droit au recours effectif doit dans ces conditions être écarté. Il en est de même, pour les mêmes raisons, du moyen tiré de la méconnaissance du droit d'asile et de celui tiré de ce les dispositions du d) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile seraient contraires à l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En cinquième lieu, en se bornant à affirmer que la préfète n'aurait pas apprécier les conséquences de sa décision au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'établit pas qu'il encourait un risque en cas de retour dans son pays d'origine.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

11. Ainsi qu'il a été dit au point 7, M. C a été entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, la circonstance que le requérant n'ait pas été spécifiquement invité à formuler des observations avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français et de l'interdiction de retour sur le territoire français prises à son encontre n'entache pas d'irrégularité la procédure d'éloignement engagée par la préfète de la Gironde. De plus, il n'établit pas qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la contestée. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

12. Enfin, il ne ressort pas des termes de la décision d'interdiction de retour, laquelle précise les éléments relatifs à la situation de l'intéressé, que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C. Par suite ce moyen doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées, et par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles liées aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F C, à Me Paëz et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.

La magistrate désignée,

F. E

La greffière,

S. CASTAIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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