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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300684

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300684

lundi 20 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantATGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 11 février 2023, M. B C, représenté A Me Atger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 9 février 2023 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français, décision refusant un délai de départ volontaire, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 9 février 2023 portant à son encontre assignation à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale" ou, à défaut, de lui délivrer un récépissé portant autorisation de travail et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;

4°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Atger, avocat de M. C, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

* le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent ;

* la décision attaquée a méconnu son droit d'être entendu, en méconnaissance des principes généraux du droit de l'Union européenne et de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

* il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;

* la décision attaquée est entachée de vices relatifs à la consultation de fichiers comportant des données à caractère personnel, en l'occurrence le fichier de traitement des antécédents judiciaires ; aucune information n'a été portée à sa connaissance sur l'enquête administrative donnant lieu à consultation du fichier, en méconnaissance de l'article R. 811-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 114-6 du code de la sécurité intérieure ; il n'est pas justifié de la qualité et l'habilitation de la personne ayant procédé à la consultation du fichier, en méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ; il n'est pas justifié de la saisine préalable pour complément d'information des services de police ou de gendarmerie et du procureur de la République, en méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

* le préfet a commis une erreur de droit en se croyant en situation de compétence liée ;

* le préfet a commis une erreur de fait et une erreur de droit en prenant la décision attaquée sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il se trouve en France en conséquence d'une décision du Conseil d'État ;

* le préfet a commis une erreur de fait en considérant qu'il avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 21 août 2019 exécutée le 26 novembre 2019, dès lors que cette mesure ne le concernait pas et que l'obligation de quitter le territoire français en date du 12 septembre 2019 prise à son encontre a été annulée A un jugement du tribunal administratif de Paris du 23 septembre 2019 ;

* en raison de son état de santé, il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement, conformément aux dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle et a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

* il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;

* la décision refusant un délai de départ volontaire, qui est fondée sur l'obligation de quitter le territoire français, est illégale compte tenu de l'illégalité de cette décision ;

* La décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

* la décision fixant le pays de destination, qui est fondée sur l'obligation de quitter le territoire français, est illégale compte tenu de l'illégalité de cette décision ;

* la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

* l'interdiction de retour sur le territoire français, qui est fondée sur l'obligation de quitter le territoire français, est illégale compte tenu de l'illégalité de cette décision ;

* la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'assignation à résidence :

* le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent ;

* la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

* il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;

* l'assignation à résidence, qui est fondée sur l'obligation de quitter le territoire français, est illégale compte tenu de l'illégalité de cette décision ;

* la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des articles L. 730-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la mesure où il est domicilié et hébergé dans un autre département que celui de la Gironde ;

* la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte au droit à un procès équitable ainsi qu'au respect des droits de la défense.

A un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés A le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de ladite loi ;

* le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, toutes les parties ayant été invitées à prendre la parole :

* le rapport de M. Naud, premier conseiller ;

* les observations de Me Atger, représentant M. C, qui persiste dans ses précédentes écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 12 décembre 1994 et de nationalité algérienne, demande l'annulation, d'une part, l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 9 février 2023 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français, décision refusant un délai de départ volontaire, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans et, d'autre part, de l'arrêté du même jour portant à son encontre assignation à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français sans délai prononcée à l'encontre de M. C le 9 février 2023 a été prise sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Gironde a considéré " qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français en possession des documents, visas et justificatifs exigés à l'article L. 311-1 " de ce code.

5. Toutefois, M. C avait déjà fait l'objet, le 12 septembre 2019, d'une obligation de quitter le territoire français prise A le préfet de police, qui a été annulée A un jugement n° 1919809 du tribunal administratif de Paris du 23 septembre 2019. Le 3 novembre 2019, il a été placé en rétention sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français du 21 août 2019. A une ordonnance n° 436215 du 12 décembre 2019, le juge des référés du Conseil d'État, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a annulé l'ordonnance du 20 novembre 2019 A laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil a rejeté la demande de M. C tendant à la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français du 21 août 2019, au motif que cette mesure d'éloignement ne pouvait pas matériellement le concerner. À l'article 3 de son ordonnance, le juge des référés du Conseil d'État a aussi enjoint au ministre de l'intérieur de prendre toutes mesures nécessaires au retour en France de l'intéressé. M. C avait en effet été éloigné, le 26 novembre 2019.

6. Il suit de là que c'est à tort que le préfet de la Gironde s'est fondé sur l'entrée irrégulière du requérant pour prendre à son encontre l'obligation de quitter le territoire français sans délai du 9 février 2023, sans tenir compte de l'ordonnance du juge des référés du Conseil d'État du 12 décembre 2019.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 9 février 2023 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français, décision refusant un délai de départ volontaire, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans, ainsi que, A voie de conséquence, celle de l'arrêté du même jour ordonnant son assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard aux motifs d'annulation retenus A le présent jugement, il convient d'enjoindre au préfet de la Gironde de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. M. C étant admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Atger, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Atger de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.

DÉCIDE :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Gironde en date du 9 février 2023 portant à l'encontre de M. C, d'une part, obligation de quitter le territoire français, décision lui refusant un délai de départ volontaire, décision fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans et, d'autre part, assignation à résidence sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Atger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Atger, avocat de M. C, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Gironde, ainsi qu'à Me Atger. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023 à laquelle siégeait M. Naud, premier conseiller.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 20 février 2023,

Le magistrat désigné,

G. NAUD

La greffière,

C. GIOFFRÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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