mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2300780 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | REIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 16 février, 3 et 10 mars 2023, M. B A, représenté par Me Reix, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délais de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- sa demande de titre de séjour n'a pas fait l'objet d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision portant refus de séjour n'est pas motivée ;
- cette décision est entachée d'une erreur de fait dès lors que la préfète s'est fondée sur une appréciation inexistante dans l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration quant à l'accessibilité des soins dans son pays d'origine ;
- cette décision est entachée d'erreur de droit dès lors que la préfète s'est estimée liée par l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;
- cette décision est entachée d'erreurs de fait, d'erreur manifeste d'appréciation et viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il travaille comme stagiaire dans le cadre de ses études professionnelles, qu'il a brillamment validé sa première année de CAP commerce, qu'il fait partie de l'équipe française de foot amputé, qu'il bénéficie d'un suivi médical lourd, de l'appui de nombreux amis, camarades, co-équipiers et de sa famille d'accueil en France, qu'il est autonome financièrement ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre ;
- cette décision viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il fait l'objet d'un suivi médical lourd, qu'il est un sportif de haut niveau handisport avec d'importantes perspectives de recrutement en équipe de France, qu'il réussit brillamment son parcours scolaire, que son père est décédé, qu'il est entré mineur sur le territoire et y dispose de nombreuses attaches personnelles ;
- la fixation d'un délai de départ volontaire à 30 jours est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Des pièces complémentaires, présentées pour le requérant, ont été enregistrées le 29 mars 2023.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme de Gélas a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen né le 26 avril 2003, est entré irrégulièrement en France le 5 août 2019 selon ses allégations. Il a sollicité, le 2 novembre 2021, son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté en date du 18 mai 2022, dont M. A demande l'annulation, la préfète de la Gironde a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Gironde :
2. Aux termes de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Les décisions du bureau d'aide juridictionnelle () peuvent être déférées () au président de la cour administrative d'appel (). Ces autorités statuent sans recours. Les recours contre les décisions du bureau d'aide juridictionnelle peuvent être exercés par l'intéressé lui-même lorsque le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui a été refusé, ne lui a été accordé que partiellement ou lorsque ce bénéfice lui a été retiré. () ". Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter () 3° De la date à laquelle le demandeur à l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée () ". Aux termes de l'article 56 dudit décret : " La décision du bureau, de la section du bureau ou de leur président est notifiée à l'intéressé par le secrétaire du bureau ou de la section du bureau par lettre simple en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 14 juin 2022, soit dans le délai de recours contentieux de deux mois à l'encontre de l'arrêté du 18 mai 2022, notifié le 19 mai 2022. Il a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2022. Toutefois, en l'absence de certitude quant à la date de notification de cette décision qui a été effectuée par lettre simple, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requête, enregistrée le 16 février 2023, serait tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Gironde doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui précise les cas dans lesquels les étrangers présents sur le territoire national ont droit à la délivrance d'un titre de séjour, ne fait pas obligation au préfet de refuser un titre de séjour à un étranger qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit sauf lorsque les textes l'interdisent expressément. Dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire qui lui est ainsi confié, il appartient au préfet d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé et des conditions non remplies, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui soutient être entré en France en août 2019, à l'âge de 16 ans, a été pris en charge par les associations AREVE et Tremplin Gironde à compter du début de l'année 2020. Il justifie, à la date de la décision contestée, suivre, depuis au moins 8 mois, une formation qualifiante sur deux ans en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " équipier polyvalent du commerce ", avec réalisation de deux stages en milieu professionnel. Différentes attestations, établies tant par son établissement scolaire, que par ses enseignants et les familles qui l'accueillent, de même que le relevé de ses notes pour l'année scolaire 2021/2022 établissent, malgré ses difficultés liées à une arrivée tardive en France et à l'apprentissage du français, le caractère réel et sérieux tant du suivi de sa formation que de sa volonté de poursuivre son insertion professionnelle. Malgré son handicap résultant d'une amputation de la jambe droite à la suite d'une fracture ouverte non soignée dans son pays d'origine, il ressort des pièces du dossier que M. A a su s'insérer dans la société française par son engagement dans la pratique du handi-sport en compétition, et par les liens forts qu'il a pu nouer avec les familles qui l'hébergent. Enfin, s'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident encore notamment sa mère et ses frères et sœurs, il soutient sans être contredit qu'il n'a plus de contact avec eux. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. A est fondé à soutenir que le refus de séjour contesté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, que M. A est fondé demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.
7. Dès lors que le présent jugement annule la décision de refus de titre de séjour prise à l'encontre de M. A, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination se trouvent dépourvues de base légale et doivent en conséquence être également annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde, sous réserve d'un changement des circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, sans qu'il soit nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
9. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a donc lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son avocate, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 18 mai 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde, sous réserve d'un changement des circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Reix, avocate de M. A, en application des dispositions de L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Gironde et à Me Marie Reix.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Ballanger, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.
La rapporteure,
C. DE GÉLAS
La première conseillère,
faisant fonction de présidente,
B. MOLINA-ANDRÉOLa greffière,
C. LALITTE
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026