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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300791

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300791

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantATGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement le 17 février et le 18 avril 2023, Mme B, représentée par Me Atger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel la préfète de la Gironde a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant

la mention " Vie privée et familiale " dans les 15 jours à compter du jugement à intervenir et

ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de façon

subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, injonction assortie d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Gironde la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est signée d'une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la préfète de la Gironde n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie de circonstances humanitaires ;

- la préfète s'est estimée liée par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York sur les droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le 20 avril 2023 à 10h30 :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Atger, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête ;

- le préfet de la Gironde n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante nigériane, née le 19 mars 1998, a déclaré être entrée sur le territoire français le 10 juin 2019. Elle a sollicité l'asile le 24 juin 2019. Par une décision du 8 janvier 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a cependant rejeté sa demande, rejet confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 17 novembre 2021. Par un arrêté du 7 décembre 2021, la préfète de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B n'a pas exécuté cette mesure d'éloignement. Par un arrêté du 26 janvier 2023, la préfète de la Gironde a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Mme B demande l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 18 avril 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

4. Il est constant que Mme B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours, par arrêté du 7 décembre 2021, et qu'elle n'a pas exécuté cette décision. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée est entrée en France en juin 2019. Elle s'est maintenue depuis lors sur le territoire national, pour partie en qualité de demandeur d'asile. La requérante vit en France avec sa fille E A, née le 11 novembre 2019, laquelle est scolarisée sur Bordeaux depuis la rentrée scolaire 2022. Mme B a formé un recours, le 21 février 2023, devant la Cour nationale du droit d'asile contre la décision de rejet rendue par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 octobre 2022 sur le réexamen de la demande d'asile de sa fille. Il ressort également des pièces du dossier que, quand bien même l'absence de vie commune n'est pas démentie, le père de l'enfant, M. A, réside en France, en région bordelaise, sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " valable jusqu'au 13 décembre 2024. Contrairement à ce que qu'indique l'arrêté, par le fait d'une erreur matérielle reconnue par la préfecture dans son mémoire en défense, la présence de Mme B sur le territoire national ne constitue pas une menace pour l'ordre public. La préfète n'a retenu, parmi les motifs à cocher correspondant aux critères définis par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la circonstance que l'intéressée a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Pour toutes ces raisons, la préfète de la Gironde, en prononçant à l'encontre de Mme B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, qui correspond à la durée maximale prévue par l'article L. 612-7 précité, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement n'implique d'autre mesure d'exécution que la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont fait l'objet Mme B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder à cette suppression dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais irrépétibles :

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2023. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil, Me Atger, de la somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 26 janvier 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont fait l'objet Mme B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Atger, avocat de Mme B, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F B, à Me Marc Atger et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le magistrat désigné,

M. C

La greffière,

S. CASTAIN La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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