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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300895

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300895

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantPERRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2023, M. A C, représentée par Me Perrin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le préfet de la Dordogne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de lui délivrer un récépissé de première demande de titre l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant notification du jugement et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) d'assortir l'injonction d'une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen complet de sa situation ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu'il a été privé du droit d'être entendu avant que la décision ne soit prise ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne le pays de renvoi :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2023 et des pièces enregistrées le 21 mars et le 19 avril 2023, le préfet de la Dordogne conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que M. A C s'est vu remettre par lettre recommandée contre accusé réception un nouvel arrêté en date du 14 mars 2023 qui retire l'arrêté du 31 janvier 2023.

M. A C été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique, le 20 avril 2023 à 10h30.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant nigérian, né le 15 mars 1992, est entré sur le territoire français le 18 octobre 2019 de façon irrégulière. Il a demandé l'asile le 5 août 2020. Par une décision du 3 septembre 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande, rejet qui a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 13 juin 2022. Par un arrêté du 31 janvier 2023, le préfet de la Dordogne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 14 mars 2023, M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

3. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait plus lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

4. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 14 mars 2023, notifié le 27 mars 2023, le préfet de la Dordogne a procédé au retrait de l'arrêté contesté en date du 31 janvier 2023, au motif que la mesure d'éloignement a été prise sans tenir compte de la demande en cours en qualité d'étranger malade et que cette décision ne prend pas en considération la possibilité pour " Mme B " A C d'être reconnu(e) étranger malade. Il apparaît toutefois que cette décision de retrait n'est pas devenue définitive. Dès lors, le litige n'ayant pas perdu son objet, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de la Dordogne doit être écarté.

Sur les conclusions aux fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () /3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; /4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. /La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat.() ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " () Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier, comme cela est d'ailleurs confirmé par les termes mêmes de l'arrêté du 14 mars 2023 emportant retrait de la mesure d'éloignement litigieuse, que M. A C a présenté auprès de la préfecture de la Dordogne une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a reçu une convocation au guichet par courrier du 2 septembre 2022 pour le dépôt physique de son dossier de demande le 13 décembre 2022 en préfecture. Il n'est pas contesté qu'à cette occasion lui a été remise la liasse OFFI (Office français de l'immigration et de l'intégration) à remettre à son médecin traitant. Il a été reçu par les services de l'OFII le 21 février 2023. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, le préfet de la Dordogne, qui ne prétend pas ne pas avoir eu connaissance de cette demande avant de prendre la mesure d'éloignement et qui n'a fait aucune mention de cette demande de titre dans son arrêté, n'a pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation du requérant. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire de trente jours édicté à l'encontre de M. A C le 31 janvier 2023 doit être censuré.

En ce qui concerne la désignation du pays de renvoi :

7. L'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A C est fondé à obtenir l'annulation totale de l'arrêté du 31 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent jugement implique seulement que le préfet de la Dordogne procède au réexamen de la situation de M. A C. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet la Dordogne de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais irrépétibles :

10. M. A C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 mars 2023. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement, à Me Perrin, de la somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 31 janvier 2023 du préfet de la Dordogne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Dordogne de procéder au réexamen de la situation de M. A C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Perrin, avocate de M. A C, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C, à Me Marie Perrin et au préfet de la Dordogne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le magistrat désigné,

M. D

La greffière,

S. CASTAIN La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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