lundi 6 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2301028 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | PARDOE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er mars 2023, M. A D, représenté par Me Pardoe, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 février 2023 en tant que le préfet de la Dordogne l'a obligé à quitter le territoire français.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de ladite loi ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Passerieux, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme E,
-les observations de Me Pardoe, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et fait valoir que, d'une part, l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et, d'autre part, le requérant sollicite son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle,
- et les observations de M. D.
Le préfet de la Dordogne n'étant ni présent ni représenté, l'instruction a été close après la présentation de ces observations, en vertu de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, né le 5 juin 1989, de nationalité kosovare, actuellement détenu au centre de détention de Neuvic, a fait l'objet d'un arrêté en date du 28 février 2023 par lequel le préfet de la Dordogne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 16 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 24-2022-036 du même jour, le préfet de la Dordogne a donné délégation à M. Nicolas Dufaud, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer les décisions de la nature de celle en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 611-1 5°. Il précise que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2004 selon ses déclarations, qu'il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 16 novembre 2007 au 15 octobre 2008, régulièrement renouvelée jusqu'au 15 octobre 2016 puis qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France depuis cette date, sans solliciter la régularisation de sa situation administrative. L'arrêté mentionne également que l'intéressé a fait l'objet de mesures d'éloignement non exécutées et liste l'ensemble des condamnations dont il a fait l'objet pour des faits de violences et violences conjugales. Enfin, l'arrêté précise qu'en raison de son comportement violent, mis en œuvre y compris devant ses enfants, et de la nature des agissements, le requérant constitue une menace reconnue pour les membres de sa famille. Ce faisant, le préfet de la Dordogne a suffisamment motivé son arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté en litige, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de la Dordogne n'aurait pas, préalablement à l'édiction de sa décision, procédé à un examen particulier de la situation personnelle M. D. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ;". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; ".
8. M. D se prévaut de sa qualité de parent d'enfants français. Toutefois, en se bornant à soutenir à l'audience qu'il entretiendrait des " rapports cordiaux " avec Mme C, ressortissante française avec laquelle il a eu un enfant né le 6 mars 2021, et que, malgré leur séparation, cette dernière viendrait lui rendre visite au centre de détention de Neuvic à raison d'une fois par semaine, il n'établit pas contribuer effectivement, dans les conditions prévues par l'article L. 611-3 précité, à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Au demeurant, il ressort des termes de l'arrêté litigieux, non contestés utilement à l'audience par l'intéressé en se prévalant de ce que l'enfant n'était pas le sien mais celui de sa compagne, que le requérant est prévenu pour avoir exercé volontairement des violences ayant entrainé une incapacité totale de travail de six jours sur l'enfant de Mme C, en état de récidive légale puisqu'il avait été condamné en 2019 pour des faits de même nature. Si le requérant soutient qu'il est également père de deux autres enfants français nés d'une précédente union et qu'il ne serait pas justifié que leur mère, Mme B, exercerait à titre exclusif l'autorité parentale sur ces deniers, l'intéressé n'établit pas ni même n'allègue contribuer effectivement à leur entretien et à leur éducation au sens des dispositions précitées. Au demeurant, il est constant que le couple est divorcé depuis 2013 et il ressort des termes non contestés de l'arrêté litigieux que Mme B a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle en tant que victime des violences conjugales pour lesquelles l'intéressé a été condamné et que leurs deux enfants ont fait l'objet d'un suivi psychologique en raison des violences conjugales dont ils ont été témoins à de multiples occasions. Par suite, en obligeant M. D à quitter le territoire français, le préfet de la Dordogne n'a pas méconnu les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, eu égard à la nature des faits en cause dans les différentes condamnations dont le requérant a fait l'objet, à leur répétition, à leur degré de gravité ainsi qu'à leur caractère récent, le préfet de la Dordogne n'a pas commis d'erreur de droit en estimant que la présence de M. D constituait une menace pour l'ordre public.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. En l'espèce, M. D soutient être arrivé en France en 2004, sans toutefois l'établir. S'il a effectivement bénéficié d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 16 novembre 2007 au 15 octobre 2008, régulièrement renouvelée jusqu'au 15 octobre 2016, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est ensuite maintenu en situation irrégulière en France, sans solliciter la régularisation de sa situation administrative. Par ailleurs, comme énoncé précédemment, il ne justifie pas de la réalité et de l'intensité de la relation qu'il entretiendrait avec ses enfants. De plus, en se bornant à se prévaloir à l'audience de la présence en Haute-Savoie et à Périgueux de ses sœurs qui seraient de nationalité française ou en situation régulière, et de la circonstance qu'il aurait ouvert une société en étanchéité, M. D, qui n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, ne démontre pas que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situerait en France. Enfin, et comme énoncé précédemment, le comportement de M. D, lequel a notamment été condamné, en sus des faits de violences conjugales déjà mentionnés, pour divers faits de violence avec usage ou menace d'une arme, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, conduite sans permis de conduire et sans assurance, violence commise en réunion et en récidive, constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, l'arrêté contesté ne porte pas, au regard des buts en vue desquels il a été pris, une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 28 février 2023 en tant que le préfet de la Dordogne a obligé M. D à quitter le territoire français doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : M. D est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, et au préfet de la Dordogne.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 6 mars 2023.
La magistrate désignée,
C. E La greffière,
C. GIOFFRE
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026