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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301288

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301288

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBAKLEH-DUPOUY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2023, un mémoire enregistré le 30 mars 2023 et des pièces complémentaires enregistrées ce même jour, M. C B, représenté par Me Palmier, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 24 février 2023 par laquelle le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde a rejeté sa demande tendant à ce que soit déclarée sans suite la procédure de mise en concurrence relative à la cession amiable d'un terrain appartenant au domaine privé de l'Etat, sis à Cenon, cadastré section AI n° 440, et à ce que soit relancée une procédure de cession de ce bien ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 21 octobre 2022 du directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde retenant l'offre d'achat du terrain en cause déposée par M. et Mme D ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'offre qu'il a déposée le 10 octobre 2022 pour l'achat du terrain en cause, voisin de sa propriété, a été déclarée irrecevable par décision du 21 octobre 2022 du directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde, au motif que le délai de dépôt expirait avant le 10 octobre ;

- il a saisi le tribunal d'une requête au fond contre la décision du 24 février 2023 du directeur régional refusant de déclarer sans suite la procédure et contre la décision du 21 octobre 2022 de retenir l'offre de M. D ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que, en le privant de la possibilité d'acquérir le terrain en cause, en outre au terme d'une procédure conduite illégalement, en méconnaissance des règles de mise en concurrence prévues par le code général de la propriété des personnes publiques, les décisions contestées, qui vont se traduire par une cession à des tiers difficilement réversible, portent une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts ;

- l'atteinte que les décisions portent également à l'impératif de bonne gestion des deniers publics ainsi qu'à l'interdiction faite aux personnes publiques d'accorder des libéralités, eu égard au prix proposé par l'acquéreur sélectionné, qui est très significativement inférieur à la valeur vénale du bien, crée aussi une situation d'urgence ;

- aucune circonstance particulière ne justifie une réalisation rapide de la vente du terrain ;

- l'avis d'appel à candidatures n'était pas assorti d'un cahier des charges, n'indiquait pas les modalités d'organisation des visites de l'immeuble et ne mentionnait pas les critères d'analyse des offres, en violation des articles R. 3211-2 et suivants du code général de la propriété des personnes publiques ;

- la décision du 24 février 2023 confirme d'ailleurs l'absence de cahier des charges, alors qu'il s'agit, dans la procédure, d'une étape qui est obligatoire quelle que soit la valeur du bien, le ministre chargé du domaine ayant au demeurant établi un cahier des charges type ;

- ne comportant pas l'ensemble des informations requises, notamment ni les conditions de la vente, ni les dates des visites du bien, l'avis de publicité ne peut être regardé comme palliant le défaut de cahier des charges ;

- l'obligation d'analyser les offres sur la base des critères résultant à tout le moins de l'article R. 3211-5 du code général de la propriété des personnes publiques n'a pas été respectée, l'administration ayant annoncé qu'elle se réservait une entière liberté d'appréciation ;

- le tiers retenu ayant entamé des discussions avec l'autorité administrative en vue de l'acquisition du terrain antérieurement, opération à laquelle cette autorité a renoncé trois jours avant la signature de l'acte authentique, la procédure de mise en concurrence était en réalité fictive, entachée d'une violation du principe d'impartialité constitutive d'un manquement aux obligations de transparence des opérations de cession des biens du domaine privé de l'Etat ;

- l'attributaire n'a d'ailleurs pas déposé, après l'avis de mise en concurrence du 8 septembre 2022, un dossier de candidature conforme aux stipulations du cahier des charges, s'étant borné à proposer une offre financière sans produire les éléments exigés ;

- l'acte authentique n'ayant pas été signé dans le délai de quatre mois imposé dans l'appel à candidature, l'opération de vente est entachée de nullité.

- l'autorité administrative ne pouvait retenir l'offre choisie, eu égard à l'insuffisance manifeste du prix proposé, sans méconnaître les principes interdisant aux personnes publiques d'accorder des libéralités et de céder un bien de leurs patrimoines à une personne privée poursuivant des intérêts privés pour un prix inférieur à sa valeur vénale, ce dernier principe étant rappelé par l'article L. 3211-7 du code général de la propriété des personnes publiques ;

Par envoi enregistré le 29 mars 2023, M. D, représenté par Me Bakleh-Dupouy, a produit des pièces.

Par mémoire en " intervention volontaire " enregistré le 29 mars 2023 et un mémoire enregistré le 30 mars 2023, M. D conclut au rejet de la requête, à la condamnation de M. B au paiement d'une amende de 10 000 euros sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative et à la mise à la charge de ce dernier d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du même code, outre les frais d'exécution forcée éventuels.

M. D fait valoir que :

- l'action intentée par M. B, qui doit s'analyser comme un référé précontractuel, est irrecevable au regard de l'article L. 551-10 du code de justice administrative, faute d'intérêt à agir, sa candidature à l'acquisition du terrain en cause étant tardive ;

- les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure d'appel d'offres, du caractère anormalement bas du prix du terrain et de l'absence de passation de l'acte authentique dans le délai prescrit ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions en litige.

Par mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2023 et une pièce enregistrée le 30 mars 2023, le directeur régional des finances publiques de la région Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde, représenté par la SELAS Elige Bordeaux, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. B de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le directeur régional des finances publiques de la région Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- aucun moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité des décisions en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 30 mars 2023 à 14h30, ont été entendus :

- le rapport de M. Bayle, juge des référés, qui a informé les parties, en vertu de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur les moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'application de l'article R. 741-12 de ce code, d'autre part, de l'irrecevabilité de la demande tendant à la condamnation du requérant à payer des frais d'exécution forcée ;

- les observations de Me Palmier, représentant M. B, qui a développé les moyens soulevés dans les écritures de ce dernier ;

- les observations de Me Merlet-Bonnan, représentant le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde, qui a confirmé les moyens opposés en défense par cette autorité ;

- les observations de Me Bakleh-Dupouy, qui a repris les moyens invoqués en défense par M. D.

La parole a été donnée en dernier lieu aux défendeurs et la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

M. B a déposé une note en délibéré le 31 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par avis publié notamment sur le site internet des cessions immobilières de l'Etat le 8 septembre 2022 ainsi qu'affiché dans les locaux de la mairie de Cenon pendant la période du 14 septembre au 11 octobre 2022, les services de l'Etat ont lancé, en application de l'article R. 3211-2 du code de la propriété des personnes publiques, une procédure de mise en concurrence pour l'aliénation amiable d'un terrain appartenant au domaine privé de l'Etat, sis à Cenon, cadastré section AI n° 440. L'avis précisait les modalités de transmission et de présentation des offres et énonçait une condition particulière, stipulée dans l'intérêt exclusif de l'administration, qui doit donc seule pouvoir s'en prévaloir, de rédaction d'un acte authentique par le notaire du candidat retenu et signé par ce dernier dans un délai de quatre mois maximum après la décision d'attribution, à peine de nullité de l'opération de vente. Par décision du 21 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde a retenu l'offre d'achat déposée par M. et Mme D. M. B, dont la candidature a été rejetée comme étant irrégulière pour cause de tardiveté, a demandé à l'autorité administrative, par recours du 23 novembre 2022, de déclarer sans suite la procédure de mise en concurrence relative à la cession amiable du bien dont s'agit et de relancer une procédure. Par décision du 24 février 2023, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde a rejeté ce recours. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de ces deux décisions du 21 octobre 2022 et du 24 février 2023. M. D, que le tribunal a appelé à la cause en sa qualité de candidat retenu par l'administration, a, par un mémoire en " intervention volontaire " qui constitue en réalité un mémoire en défense, conclu au rejet de la requête et à la condamnation de M. B au paiement d'une amende pour recours abusif et de frais d'exécution forcée.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. B et analysés ci-dessus n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions du directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde en date des 21 octobre 2022 et 24 février 2023. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête et de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions de M. B aux fins de suspension de l'exécution des décisions précitées doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles de M. D :

4. En premier lieu, en vertu de l'article R. 741-12 du code de justice administrative, le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros. La faculté prévue par ces dispositions constitue un pouvoir propre du juge. Dès lors, les conclusions de M. D tendant à ce que M. B soit condamné à payer une telle amende ne sont pas recevables et doivent, par suite, être rejetées.

5. En second lieu, en application de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, le juge des référés, qui n'est pas saisi du principal, ne peut prescrire que des mesures provisoires. Si M. D conclut à la condamnation de M. B à lui payer des frais d'exécution forcée, outre que la présente ordonnance n'implique aucune mesure d'exécution de la part de M. B et qu'un tel préjudice ne saurait être regardé comme certain, la condamnation de ce dernier à régler de tels frais, si elle était prononcée, ne présenterait pas un caractère provisoire. La demande de M. D n'est donc pas au nombre des mesures que le juge des référés peut édicter.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. B demande le paiement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu de mettre à la charge de M. B, sur ce fondement, le versement d'une somme de 1 500 euros, d'une part, à l'Etat, d'autre part, à M. D.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2301288 de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de M. D tendant à l'application de l'article R. 741-12 du code de justice administrative et à la condamnation de M. B à payer des frais d'exécution forcée sont rejetées.

Article 3 : M. B versera une somme de 1 500 euros à l'Etat et une même somme à M. D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, et à M. A D.

Copie sera adressée au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 4 avril 2023.

Le juge des référés,

J-M. BAYLE La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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