mercredi 24 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2301360 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JU-6 semaines |
| Avocat requérant | TREBESSES |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête n° 2301360 enregistrée le 16 mars 2023, M. B A, représenté par Me Jean Trebesses, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet de la Dordogne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile prenne sur sa demande d'asile une position qui lui soit opposable ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
- ces décisions sont insuffisamment motivées ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet s'est estimé lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant sa demande d'asile, alors qu'un recours a été formé contre cette décision, et n'a pas examiné la réalité des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 ainsi que l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée d'un an :
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mai 2023.
II/ Par une requête n° 2301375 enregistrée le 17 mars 2023, Mme C A, représentée par Me Jean Trebesses, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet de la Dordogne l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile prenne sur sa demande d'asile une position qui lui soit opposable ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi relative à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
- ces décisions sont insuffisamment motivées ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet s'est estimé lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant sa demande d'asile, alors qu'un recours a été formé contre cette décision, et n'a pas examiné la réalité des risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 ainsi que l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée d'un an :
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mai 2023.
III/ Par une requête n° 2301526 enregistrée le 24 mars 2023, Mme C A, représentée par Me Jean Trebesses, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet de la Dordogne l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile prenne sur sa demande d'asile une position qui lui soit opposable ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi relative à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
- ces décisions sont insuffisamment motivées ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet s'est estimé lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant sa demande d'asile, alors qu'un recours a été formé contre cette décision, et n'a pas examiné la réalité des risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 ainsi que l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée d'un an :
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, le préfet de la Dordogne conclut au non-lieu à statuer.
Il soutient que la requête tend à l'annulation du même arrêté que celui contesté dans le cadre de la requête n° 2301375, qui, par erreur, a été notifié une seconde fois à l'intéressée.
IV/ Par une requête n° 2301527 enregistrée le 24 mars 2023, M. B A, représenté par Me Jean Trebesses, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet de la Dordogne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile prenne sur sa demande d'asile une position qui lui soit opposable ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
- ces décisions sont insuffisamment motivées ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet s'est estimé lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant sa demande d'asile, alors qu'un recours a été formé contre cette décision, et n'a pas examiné la réalité des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 ainsi que l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée d'un an :
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, le préfet de la Dordogne conclut au non-lieu à statuer.
Il soutient que la requête tend à l'annulation du même arrêté que celui contesté dans le cadre de la requête n° 2301360, qui, par erreur, a été notifié une seconde fois à l'intéressé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Jaouën, qui a en outre informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions refusant à M. A et à Mme A l'octroi d'un délai de départ volontaire, dirigées contre des décisions inexistantes, dès lors qu'un délai de départ volontaire de trente jours a été accordé à M. et Mme A.
M. et Mme A et le préfet de la Dordogne n'étaient ni présents ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant albanais né le 8 avril 1981, et son épouse, Mme C A, ressortissante albanaise née le 22 août 1981, sont entrés en France avec leurs trois enfants le 24 septembre 2022 selon leurs déclarations. Ils ont sollicité le bénéfice de l'asile le 3 novembre 2022. Par une décision du 16 décembre 2022, notifiée le 10 janvier 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes. Par des arrêtés du 2 mars 2023, le préfet de la Dordogne les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être éloignés et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an. Par les présentes requêtes, M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler les décisions du 2 mars 2023 par lesquelles le préfet de la Dordogne les a obligés à quitter le territoire français, a refusé de leur accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être renvoyés et leur a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur l'exception de non-lieu et la jonction :
2. Les requêtes n° 2301360 et n° 2301527 présentées pour M. A tendent à l'annulation d'un même arrêté, dont il ressort des pièces du dossier qu'il a été notifié deux fois à l'intéressé. Contrairement à ce que soutient le préfet de la Dordogne, la seconde requête présentée pour M. A contre cet arrêté ne saurait être regardée comme dépourvue d'objet, dès lors que cet arrêté, contesté dans le délai de recours dans le cadre de la requête n° 2301360, n'est pas devenu définitif. En revanche, il y a lieu de joindre ces deux requêtes, qui ont le même objet, pour y statuer par un seul jugement.
3. Il en va de même des requêtes n° 2301375 et n° 2301526, présentées pour Mme A, qui tendent à l'annulation d'un même arrêté, notifié deux fois à la requérante.
4. Enfin, les requêtes présentées respectivement pour M. et Mme A concernent la situation d'un couple et présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
5. Par des décisions du 2 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. et Mme A. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu d'admettre les intéressés au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
6. Il ressort des pièces du dossier que, par les arrêtés litigieux, le préfet de la Dordogne a accordé un délai de départ volontaire de trente jours à M. et Mme A pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français dont ils font l'objet. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision leur refusant un délai de départ volontaire sont dirigées contre une décision inexistante. Ces conclusions sont dès lors irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les autres conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
7. En premier lieu, M. Nicolas Dufaud, secrétaire général de la préfecture de la Dordogne, signataire des arrêtés attaqués, bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet de la Dordogne du 16 mai 2022, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial n° 24-2022-036 de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer " toute décision d'éloignement et décision accessoire s'y rapportant prises en application du livre VI du CESEDA ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.
8. En second lieu, les arrêtés contestés, qui n'avaient pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation des intéressés, visent les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation des requérants et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que la convention de New York relative aux droits de l'enfant. Le préfet de la Dordogne énonce notamment que les demandes d'asile présentées respectivement par M. et Mme A ont été traitées dans le cadre de la procédure accélérée et rejetées par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 3 novembre 2022. Les arrêtés précisent en outre les conditions d'entrée et de séjour en France des requérants et examinent les principaux éléments objectifs et concrets de leur vie privée et familiale. Il est notamment indiqué que les requérants sont mariés, qu'ils ont trois enfants nés en 2023, 2015 et 2019, que leur entrée sur le territoire français est très récente, que leurs demandes d'asile ont été concomitamment rejetées, qu'ils n'ont aucune famille en France, que la mesure d'éloignement dont ils font l'objet n'a pas pour effet de les séparer de leurs enfants ni de mettre ces derniers dans l'impossibilité de poursuivre une scolarité normale hors de France et qu'ils ne justifient pas être isolés dans leur pays d'origine. Ensuite, les arrêtés indiquent que les intéressés sont entrés très récemment en France, que leur comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'ils n'ont pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Enfin, les arrêtés indiquent que les intéressés n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement M. et Mme A en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision. Par ailleurs, la circonstance que le préfet n'aurait pas produit de document consignant les déclarations des intéressés visées dans les arrêtés dont ils font l'objet ne saurait faire regarder les décisions en litige comme insuffisamment motivées. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions contenues dans l'arrêté contesté seraient insuffisamment motivées doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2. () Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 (). ". Enfin, aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 (). ".
10. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a statué en procédure accélérée sur les demandes de protection internationale formées par M. et Mme A. Il en résulte qu'en application de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, leur droit de se maintenir sur le territoire français a pris fin dès que l'Office a rejeté leur demande, soit le 3 novembre 2022, sans que le recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile ne leur confère le droit de se maintenir sur ce territoire. Il ressort des termes mêmes des arrêtés attaqués, rappelés au point 9, que le préfet ne s'est pas estimé lié par la décision de l'Office, mais a examiné si les requérants étaient susceptibles d'encourir des risques de persécution ou de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine. En outre, M. et Mme A ne font état d'aucun élément précis sur l'existence de tels risques. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée et n'aurait pas examiné leur situation doivent être écartés.
11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En vertu du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatives, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Selon l'article 16 de la même convention : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme A sont entrés sur le territoire français le 24 septembre 2022 selon leurs déclarations, en compagnie de leurs trois enfants nés en 2012, 2015 et 2019, et y résidaient donc depuis moins de sept mois à la date des arrêtés en litige, ce délai correspondant, au demeurant, à la période d'instruction de leur demande d'asile. Les intéressés ne justifient ni de liens stables et intenses au sein de la société française, ni d'une intégration sociale ou professionnelle en France, et n'établissent pas être dépourvus d'attaches privées et familiales en Albanie, pays dans lequel ils ont vécu jusqu'à l'âge de 41 ans. Par ailleurs, si les requérants sont venus en France accompagnés de leurs trois enfants, les demandes d'asile de ces derniers, également placées en procédure accélérées, ont également fait l'objet d'un rejet par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 3 novembre 2022. Enfin, les intéressés n'établissent ni que leur cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans un autre pays, en particulier en Albanie, pays dont eux-mêmes et leurs enfants ont la nationalité, ni que leurs enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité normalement dans un autre pays. Enfin, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet ni pour effet de les éloigner à destination d'un pays en particulier, de sorte qu'ils ne sauraient utilement se prévaloir des risques qu'ils encourent en cas de retour dans leur pays d'origine. Dans ces circonstances, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions les obligeant à quitter le territoire français porteraient à leur droit au respect de leur vie privée et familiale ou à l'intérêt supérieur de leurs enfants une atteinte disproportionnée aux buts qu'elle poursuit et méconnaîtraient l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l'article 3 ainsi que l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, ils ne sont pas fondés à soutenir que cette décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". L'article L. 721-3 du même code dispose que : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". En vertu de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 à 12 que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Dans ces conditions, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être éloignés serait illégale de ce fait.
15. En second lieu, M. et Mme A, dont la demande de protection internationale a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 3 novembre 2022, se bornent à reprendre les éléments qu'ils ont fait valoir devant cette instance et ne produisent devant le tribunal aucun élément permettant d'établir, de manière plausible, qu'ils encourraient un risque réel, actuel et personnel d'être exposé à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Géorgie. Le moyen tiré de ce que cette décision aurait été édictée en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en conséquence être écarté, ainsi que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :
16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français (). ". L'article L. 612-7 du même code dispose que : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. () ". Selon l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".
17. Ainsi qu'il a été dit au point 12, les requérants, dont l'entrée en France est très récente, ne peuvent se prévaloir de liens intenses, stables et durables sur le territoire français ni d'une intégration au sein de la société française. Dès lors, alors même que leur comportement ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, qu'ils n'auraient fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement et que le prononcé d'une interdiction de retour ne constitue, en application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'une faculté pour le préfet, ils ne sont pas fondés à soutenir que la décision leur interdisant de retourner sur le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 2 mars 2023 par lesquelles le préfet de la Dordogne a obligé M. et Mme A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être éloignés et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :
19. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".
20. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile présentée par M. et Mme A par une décision du 3 novembre 2022. Ainsi qu'il a été dit au point 10, leur droit à se maintenir sur le territoire français a pris fin dès l'intervention de cette décision. Si M. et Mme A demandent au tribunal la suspension de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, devant laquelle ils ont introduit un recours, ils ne se prévalent d'aucun élément nouveau par rapport à la procédure ayant abouti devant l'Office au rejet de leur demande d'asile. Dans ces conditions, ils ne peuvent être regardés comme présentant des éléments sérieux de nature à justifier leur maintien sur le territoire français durant l'examen de leur recours par la Cour. Par suite, leurs conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
21. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. et Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C A, au préfet de la Dordogne et à Me Jean Trebesses.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.
La magistrate désignée,
S. JAOUËNLa greffière,
S. CASTAIN
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2301360
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026