mercredi 24 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2301361 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU-6 semaines |
| Avocat requérant | CESSO |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête n° 2301361 enregistrée le 16 mars 2023, Mme B C, représentée par Me Paul Cesso, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.
3°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Cesso ou, si l'aide juridictionnelle n'était pas accordée, à elle-même en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- la compétence du signataire des décisions litigieuses n'est pas établie ;
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle est entrée en France le 31 décembre 2018, que le père de ses trois enfants ne possède pas la même nationalité qu'elle, que deux de ses enfants sont nés en France, que certains d'entre eux sont scolarisés et que ses deux filles sont menacées d'excision au Nigéria comme en Guinée ou, faute de se conformer à cette pratique, d'ostracisation sociale ;
- cette décision méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en raison de l'absence de décision prise sur le droit au séjour de leur père et des risques d'excision que ses filles encourent en Guinée comme au Nigéria ;
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale dès lors qu'elle devait bénéficier de plein droit d'un titre de séjour ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- cette décision méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le risque d'excision auquel sont soumises ses filles n'a pas été étudié au titre de l'asile et qu'elle risque à tout le moins d'être ostracisée si elle refuse de les soumettre à cette pratique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2023.
II/ Par une requête n° 2301643 enregistrée le 30 mars 2023, M. A E, représenté par Me Paul Cesso, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2023 par lequel le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Cesso ou, si l'aide juridictionnelle n'était pas accordée, à lui-même en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- la compétence du signataire des décisions litigieuses n'est pas établie ;
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est entré en France le 31 décembre 2018, que la mère de ses trois enfants ne possède pas la même nationalité que lui, que deux de ses enfants sont nés en France, que certains d'entre eux sont scolarisés et que ses deux filles sont menacées d'excision au Nigéria comme en Guinée ou, faute de se conformer à cette pratique, d'ostracisation sociale ;
- cette décision méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en raison des risques d'excision que ses filles encourent en Guinée comme au Nigéria ;
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale dès lors qu'il devait bénéficier de plein droit d'un titre de séjour ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- cette décision méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le risque d'excision auquel sont soumises ses filles n'a pas été étudié au titre de l'asile et qu'il risque à tout le moins d'être ostracisé s'il refuse de les soumettre à cette pratique ;
Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée d'un an :
- cette décision n'est pas motivée au regard de l'ensemble des critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Jaouën et les observations orales de Me Esseul, représentant Mme C et M. E, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, le préfet de la Dordogne n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante nigériane née le 28 mai 1994 et M. A E, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1997, sont entrés en France de manière irrégulière le 31 décembre 2018 selon leurs déclarations. Mme C a présenté une demande d'asile, enregistrée le 19 mai 2020, qui a fait l'objet d'une décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 11 octobre 2021, notifiée le 19 octobre 2021, puis d'un rejet par la Cour nationale du droit d'asile en vertu de sa décision du 18 mars 2022, notifiée à l'intéressée le 1er avril 2022. M. E a sollicité le bénéfice de l'asile le 4 janvier 2019. Sa demande, enregistrée le 19 mai 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, a fait l'objet d'un refus de l'Office, notifié le 14 octobre 2021, puis a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 18 mars 2022, notifiée le 1er avril 2022. Par un arrêté du 17 février 2023, dont Mme C demande l'annulation, le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Par un arrêté du 17 mars 2023, dont M. E demande l'annulation, le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2301361 et n° 2301643, présentées respectivement pour Mme C et M. E, concernent la situation d'un couple et présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Par des décisions du 2 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme C et M. E. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu d'admettre les intéressés au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
4. En premier lieu, M. D F, directeur de cabinet du préfet de la Dordogne, signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet de la Dordogne du 17 juin 2022, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial n° 24-2022-049 de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer " toute décision d'éloignement et décision accessoire s'y rapportant prises en application du livre VI du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'indisponibilité du secrétaire général de la préfecture de la Dordogne ou dans le cadre des permanences de fin de semaine ou pendant les jours fériés. Dès lors qu'il n'est pas allégué que l'arrêté du 17 février 2023 concernant Mme C n'aurait pas été édicté pendant une permanence ou une période d'absence ou d'indisponibilité du secrétaire général, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.
5. En second lieu, M. Nicolas Dufaud, secrétaire général de la préfecture de la Dordogne, signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet de la Dordogne du 16 mai 2022, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial n° 24-2022-036 de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer " toute décision d'éloignement et décision accessoire s'y rapportant prises en application du livre VI du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 17 mars 2023 concernant M. E doit également être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Mme C et M. E, qui n'ont pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement que celui de leur demande de protection internationale, ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, les intéressés déclarent être entrés en France de manière irrégulière le 31 décembre 2018, sans toutefois l'établir, leur séjour en France n'étant justifié par les pièces produites que depuis l'année 2019, soit quatre ans à la date des arrêtés litigieux. Si Mme C est de nationalité nigériane et M. E de nationalité guinéenne, ils ne produisent aucun élément de nature à établir qu'ils ne pourraient s'établir dans l'un ou l'autre de leurs pays d'origine, ou dans tout autre pays, avec leurs trois enfants, un quatrième enfant étant en outre né postérieurement aux arrêtés litigieux. A cet égard, ils n'établissent pas, par les éléments qu'ils produisent, que leurs filles seraient soumises à un risque d'excision en cas de retour en Guinée ou au Nigéria, alors que leurs craintes formulées en ce sens ont été examinées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, qui ont rejeté leur demande d'asile. Les requérants, qui n'établissent pas être dépourvus de toute attache privée ou familiale en Guinée ou au Nigéria, ne justifient ni de liens stables et intenses au sein de la société française, ni d'une intégration sociale ou professionnelle en France. La circonstance que les aînés de leurs enfants, nés en 2017 et 2019, soient scolarisés en France n'est, compte tenu notamment de leur jeune âge, pas susceptible de constituer des liens suffisamment stables, intenses et durables sur le territoire français. Dans ces circonstances, ils ne sont pas fondés à soutenir que la décision refusant de leur délivrer un titre de séjour porterait à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts qu'elle poursuit, ni que cette décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En second lieu, en vertu du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatives, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. Ainsi qu'il a été dit au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour prise à l'encontre de Mme C et M. E aurait pour effet de séparer leurs enfants de l'un ou l'autre de leurs parents, les requérants ne produisant aucun élément de nature à établir que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans un autre pays que la France. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que leurs filles seraient soumises à un risque d'excision en cas de retour en Guinée ou au Nigéria. Enfin, il n'est pas établi que la scolarisation des aînés de leurs enfants, nés en 2017 et 2019, ne pourrait se poursuivre normalement hors de France. Il en résulte que le moyen tiré de ce que la décision leur refusant la délivrance d'un titre de séjour porterait atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants doit être écarté.
10. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 et 9.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2. () Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ".
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 10 que les requérants ne n'établissent pas remplir les conditions pour bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, Mme C et M. E ne sont pas fondés à soutenir que la décision les obligeant à quitter le territoire français serait illégale pour ce motif.
13. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 à 10.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". L'article L. 721-3 du même code dispose que : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". En vertu de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible (). ".
15. Mme C et M. E, dont la demande de protection internationale a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides des 11 et 14 octobre 2021 et de la Cour nationale du droit d'asile du 18 mars 2022, se bornent à reprendre devant le tribunal les éléments qu'ils ont fait valoir devant ces instances, en particulier s'agissant du risque d'excision auquel seraient soumises leurs filles, et ne produisent devant le tribunal aucun élément permettant d'établir, de manière plausible, qu'ils encourraient un risque réel, actuel et personnel d'être exposé à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Guinée ou au Nigéria. Le moyen tiré de ce que cette décision aurait été édictée en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit en conséquence être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an prise à l'encontre de M. E :
16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français (). ". L'article L. 612-7 du même code dispose que : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. () ". Selon l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".
17. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté du 17 mars 2023 que le préfet de la Dordogne a tenu compte de la durée de présence de M. E sur le territoire français, en indiquant qu'il déclarait y être entré de manière irrégulière le 31 décembre 2018, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, en mentionnant son concubinage avec Mme C, avec qui il établissait, à la date de la décision attaquée, avoir deux enfants nés en 2017 et 2019 ainsi que la circonstance qu'il avait vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 21 ans, de ce qu'il n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et de l'absence de menace pour l'ordre public. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. E, le préfet de la Dordogne a motivé sa décision au regard de l'ensemble des critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
18. En second lieu, eu égard à ce qui a été dit aux points 6 à 10 ci-dessus, et alors même que son comportement ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'aurait fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement et que le prononcé d'une interdiction de retour ne constitue, en application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'une faculté pour le préfet, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour prononcée à son encontre pour une durée d'un an porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts qu'elle poursuit et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés des 17 février et 17 mars 2023 pris par le préfet de la Dordogne à l'encontre respectivement de Mme C et de M. E doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
20. Les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C et M. E ayant été rejetées, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
21. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par Mme C et M. E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme C et M. E sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à M. A E, au préfet de la Dordogne et à Me Paul Cesso.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.
La magistrate désignée,
S. JAOUËNLa greffière,
S. CASTAIN
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2301361
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026