Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2023, M. B... A..., représenté par Me Sourzac, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 16 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Guillos lui a délivré, au nom de l’Etat, un certificat d’urbanisme négatif concernant la constructibilité de l’unité foncière cadastrée B-2073, B-2071, B-2072, située au lieu-dit Le Luc à Guillos, ainsi que les décisions par lesquelles le maire de la commune de Guillos et le préfet de la Gironde ont implicitement rejeté ses recours administratifs ;
2°) d’enjoindre au maire de la commune de Guillos de réinstruire sa demande sous astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Guillos une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté est entaché d’un vice de forme dès lors qu’il n’indique pas les avis recueillis en cours d’instruction, en méconnaissance du e) de l’article A. 410-3 du code de l’urbanisme ;
- il est insuffisamment motivé ;
- en considérant que le projet n’était pas dans un secteur déjà urbanisé, le maire a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation et d’une erreur de qualification juridique des faits ; le projet s’insère dans un secteur déjà urbanisé, regroupant une densité significative de constructions elles-mêmes desservies par plusieurs voies structurantes, dont la route départementale n° 115 et ne constitue pas une extension de l’urbanisation proscrite au sens de l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme ; l’unité se situe à proximité immédiate du bourg du village ; le projet permet la création d’une voie d’accès suffisante et sécurisée ainsi qu’un raccordement aux différents réseaux ;
- le projet relève d’une exception à la règle d’inconstructibilité prévue à l’article L. 111-4 du code de l’urbanisme, dès lors qu’il consiste à permettre d’éviter une diminution de la population communale.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens invoqués par le requérant n’est fondé.
La procédure a été communiquée à la commune de Guillos.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lahitte,
- les conclusions de M. Pinturault, rapporteur public,
- et les observations de Me Buzzian représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A... a déposé une demande de délivrance d’un certificat d’urbanisme opérationnel, reçue le 20 mai 2022 par la commune de Guillos, concernant la constructibilité de l’unité foncière cadastrée B-2073, B-2071, B-2072, située au lieu-dit Le Luc à Guillos. Par un arrêté du 16 septembre 2022, le maire de la commune de Guillos, au nom de l’Etat, a délivré à M. A... un certificat d’urbanisme négatif estimant que le terrain objet de la demande ne peut pas être utilisé pour la réalisation de l’opération envisagée. Par un courrier, reçu par la commune de Guillos le 15 novembre 2022, M. A... a présenté un recours gracieux contre cet arrêté. Il a également adressé un tel recours au préfet de la Gironde, reçu le 16 novembre 2022. Ces demandes ont été implicitement rejetées. M. A... demande au tribunal l’annulation de l’arrêté du 16 septembre 2022 ainsi que des décisions implicites de rejet de ses recours administratifs.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 410-1 du code de l’urbanisme : « Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : (…) / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. (…) ». Aux termes de l’article R* 410-14 du même code : « Dans les cas prévus au b de l'article L. 410-1, lorsque la décision indique que le terrain ne peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, ou lorsqu'elle est assortie de prescriptions, elle doit être motivée. ». Et aux termes de l’article A. 410-5 de ce code : « Lorsque la demande porte sur un certificat délivré en application du b de l'article L. 410-1, le certificat d'urbanisme indique : / a) Si le terrain peut ou non être utilisé pour la réalisation de l'opération précisée dans la demande ; (…) Lorsqu'il indique que le terrain ne peut pas être utilisé pour la réalisation de l'opération, le certificat précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours ».
3. En l’espèce, le certificat d’urbanisme en litige vise la demande de M. A... portant sur la constructibilité de son unité foncière et les dispositions du code de l’urbanisme applicables, notamment ses articles L. 410-1, L. 111-3 et L.111-4. Par ailleurs, il expose clairement les motifs pour lesquels le terrain, objet de la demande, ne peut pas être utilisé pour l’opération envisagée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l’article A. 410-3 du code de l’urbanisme : « Le certificat d'urbanisme : (…) e) Vise, s'il y a lieu, les avis recueillis en cours d'instruction et leur sens ».
5. Si, ainsi que le fait valoir M. A..., les avis recueillis ne sont pas visés, l’article 3 du certificat d’urbanisme les mentionne expressément, satisfaisant ainsi et en tout état de cause aux exigences de l’article A. 410-3 du code de l’urbanisme précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
6. En troisième lieu, il est constant qu’à la date de l’arrêté attaqué la commune de Guillos n’était pas couverte par un document d’urbanisme et que s’appliquaient dès lors les dispositions du règlement national d’urbanisme, dont celles des articles L. 111-3 et L. 111-4 du code de l’urbanisme.
7. Aux termes de l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme : « En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ». Et aux termes de l’article L. 111-4 de ce code : « Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : (…) 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques (…) ».
8. Ces dispositions interdisent, en principe, les constructions implantées « en dehors des parties urbanisées de la commune », c’est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu’en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l’article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d’étendre la partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.
9. Pour édicter l’arrêté contesté, le maire de la commune de Guillos a opposé à M. A... le motif tiré de ce que le terrain est situé en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune. L’arrêté précise à ce titre que le projet porte sur la constructibilité d’un terrain boisé issu d’un massif forestier naturel séparé de l’urbanisation existante par la route départementale n° 115 et distant d’environ 170 mètres de la zone urbanisée la plus proche.
10. Pour contester le motif qui lui a été opposé, M. A... soutient que l’unité foncière, assiette du projet, s’insère dans un secteur déjà urbanisé, regroupant une densité significative de constructions desservies par plusieurs voies structurantes dont la route départementale n° 115.
11. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles en litige, actuellement dépourvues de construction et boisées, sont situées à plus d’un kilomètre du bourg du village duquel elles sont séparées par des espaces principalement boisés. Si des constructions sont présentes au nord et nord-est des parcelles en litige, il s’agit d’une urbanisation diffuse. Elles sont en outre séparées des parcelles en litige par la route départementale n° 115 et la route de l’Hoste, lesquelles constituent alors une rupture d’urbanisation. Par ailleurs, si quelques constructions isolées se situent au sud de la route de l’Hoste et à l’est des parcelles en litige, il ressort des pièces du dossier qu’au moins une parcelle boisée dépourvue de construction s’intercale entre les parcelles construites et celles en litige, et surtout que ces dernières s’ouvrent, au sud et à l’ouest, exclusivement sur de très vastes étendues naturelles et boisées. Par suite, et contrairement à ce qu’indique M. A..., les constructions existantes s’insèrent dans un secteur d’urbanisation diffuse, marqué par une faible densité de constructions isolées. Dans ces conditions, et alors même que les parcelles sont desservies par les réseaux, le terrain d’assiette du projet ne peut être regardé comme situé dans un espace comprenant un nombre et une densité significatifs de construction. Par suite, le maire de la commune de Guillos n’a pas fait une inexacte application de l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme en estimant que le terrain en litige n’était pas situé dans les parties urbanisées de la commune. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et de l’erreur d’appréciation ne peuvent qu’être écartés.
12. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que l’opération en cause permettrait d’éviter une diminution de la population communale, M. A... n’établit pas que le conseil municipal aurait, par une délibération, permis une telle opération dans l’intérêt de la commune, comme l’exige pourtant le 4° de l’article L. 111-4 précité. Par suite, son moyen tiré de ce que son projet entre dans l’exception au principe d’inconstructibilité prévue au 4° de l’article L. 111-4 du code de l’urbanisme ne peut qu’être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation de l’arrêté du 16 septembre 2022 ainsi que des décisions implicites de rejet de ses recours administratifs, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., au ministre de la ville et du logement et à la commune de Guillos.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Gironde
Délibéré après l'audience du 11 février 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Roussel Cera, premier conseiller,
Mme Lahitte, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2026.
La rapporteure,
A. LAHITTE
La présidente,
C. CABANNE
La greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,