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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301497

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301497

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantAUTEF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête enregistrée le 22 mars 2023, M. C B, représenté A Me Aurélie Autef, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 A lequel le préfet de la Gironde a décidé de son transfert aux autorités allemandes pour l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile et de lui remettre une attestation de demande d'asile, dans un délai de 72 heures à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été signé A une autorité incompétente ;

- l'arrêté contesté a été pris en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas justifié qu'il aurait reçu l'ensemble des informations et brochures prévues A ces dispositions dans une langue qu'il comprend ;

- l'arrêté en litige méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a été reçu en entretien dans les formes prescrites A les dispositions de cet article ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit, dès lors qu'il a été pris sur le fondement du b) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui concerne les demandeurs ayant introduit une demande d'asile dans un autre Etat membre, alors qu'il n'a jamais sollicité l'asile en Allemagne ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les articles 21 et 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas justifié que les autorités allemandes auraient été saisies dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac ;

- l'arrêté contesté méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'a aucune famille en Allemagne alors que plusieurs membres de sa famille résident régulièrement sur le territoire français.

A un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés A M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres A un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le décret n°2021-810 du 24 juin 2021 portant diverses dispositions en matière d'aide juridictionnelle et d'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, pour statuer sur les demandes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme E et les observations orales de Me Autef, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête A les mêmes moyens et soutient en outre que les données inscrites dans l'application Eurodac sont erronées et qu'il est impossible qu'il ait présenté une demande d'asile le 20 août 2022, ayant été interpellé à cette date sur le territoire allemand pour les infractions d'entrée et de séjour irréguliers sur ce territoire, de sorte que sa demande relève en réalité du cas où l'étranger a franchi irrégulièrement la frontière d'un Etat membre et non d'une demande de protection internationale, que les données recueillies A les autorités allemandes n'ont été transmises à l'unité centrale Eurodac que le 14 novembre 2022 à 9 h 48, soit après la transmission des données recueillies A les autorités françaises, le 14 novembre 2022 à 9 h 11 et, enfin, que l'enregistrement de ses empreintes décadactylaires dans le fichier Eurodac et la consultation de ce fichier ont eu lieu avant l'entretien individuel prévu A l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Me Autef a produit de nouvelles pièces au cours de l'audience, qui ont été soumises au contradictoire dans le cadre de cette audience.

Le préfet de la Gironde n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. A un arrêté du 8 mars 2023, le préfet de la Gironde a décidé du transfert de M. C B, né le 22 novembre 2000, de nationalité afghane, aux autorités allemandes pour l'examen de sa demande d'asile. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée A la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite et motivée prise A l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".

5. En premier lieu, Mme F G, cheffe du pôle régional Dublin Nouvelle-Aquitaine et adjointe à la cheffe de bureau de l'asile et du guichet unique à la préfecture de la Gironde, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation consentie A la préfète de la Gironde en vertu d'un arrêté du 30 janvier 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Gironde n°33-2023-021, librement accessible sur le site internet de la préfecture, à l'effet de signer toutes décisions prises en application du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles figurent les arrêtés de transfert, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D N'Guyen, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique. Il n'est ni établi ni allégué que Mme N'Guyen n'aurait pas été absente ou empêchée le jour de l'arrêté attaqué. A suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens A lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données A écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, A exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5.FR 29.6.2013 Journal officiel de l'Union européenne L. 180/37/ 3. La commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les Etats membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux Etats membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement ".

7. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision A laquelle il décide la réadmission de l'intéressé dans l'État membre responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, A écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise A l'autorité administrative de la brochure prévue A les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré, lors de sa présentation au guichet de la préfecture de la Gironde le 14 novembre 2022, comprendre la langue turque, ainsi qu'en atteste la fiche recueil produite A le préfet et la signature du requérant apposée sans réserve au bas du résumé de l'entretien mené le même jour. A l'issue de cet entretien, c'est-à-dire en temps utile, il s'est vu remettre en mains propres, la brochure d'information A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et la brochure d'information B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Ces documents, qui comportent l'ensemble des informations prescrites A les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013, notamment les informations relatives aux critères de détermination de l'État responsable de la demande d'asile, à la hiérarchie de ces critères, à la possibilité pour le demandeur de solliciter la suspension du transfert et à son droit d'accès aux données personnelles collectées, lui ont été remis en langue turque. Il ressort en outre du compte-rendu de son entretien individuel que le requérant, qui a apposé sa signature sur ces documents sans émettre la moindre objection, a déclaré comprendre et lire le turc et avoir compris les informations concernant le déroulement de la procédure Dublin expliquées lors de l'entretien. Il n'a formulé à cette occasion aucune réserve ni aucune observation sur la compréhension des brochures qui lui ont été remises en langue turque, ni sur leur éventuelle incomplétude. Il s'ensuit que M. B a reçu A écrit, dans une langue qu'il comprend, l'information mentionnée à l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené A une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies A le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

10. M. B fait valoir qu'il n'est pas établi qu'il aurait été reçu en entretien dans les formes prescrites A les dispositions de cet article. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a bénéficié, le 14 novembre 2022, dans les locaux de la préfecture de la Gironde, de l'entretien individuel prévu A les dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013. La mention du nom de l'agent du bureau de l'asile et du guichet unique et de sa qualité ainsi que l'apposition du cachet de la préfecture sont suffisants pour établir que l'entretien a été mené A une personne qualifiée au sens du droit national, aucune obligation légale n'imposant qu'il soit justifié d'une qualification particulière de cet agent, dont la seule qualité d'agent de la préfecture suffit à le faire regarder comme une personne qualifiée en vertu du droit national. Au cours de cet entretien, M. B a bénéficié de l'assistance A téléphone d'un interprète de l'organisme agréé ISM, en langue turque, qu'il a déclaré comprendre. Le résumé de l'entretien individuel produit A le préfet indique en outre que M. B a déclaré avoir compris la procédure engagée à son encontre et avoir été informé qu'en vertu de l'article 41 du règlement (UE) n° 604/2013, il avait la possibilité de présenter des observations. Ce compte-rendu a été signé sans aucune réserve A l'intéressé. A suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié des garanties prévues A l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 susvisé, relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Chaque État membre relève sans tarder l'empreinte digitale de tous les doigts de chaque demandeur d'une protection internationale âgé de 14 ans au moins et la transmet au système central dès que possible et au plus tard 72 heures suivant l'introduction de la demande de protection internationale telle que définie à l'article 20, paragraphe 2, du règlement (UE) no 604/2013, accompagnée des données visées à l'article 11, points b) à g) du présent règlement. / Le non-respect du délai de 72 heures n'exonère pas les États membres de l'obligation de relever et de transmettre les empreintes digitales au système central. () 5. Le système central transmet automatiquement le résultat positif ou négatif de la comparaison à l'État membre d'origine. En cas de résultat positif, il transmet, pour tous les ensembles de données correspondant au résultat positif, les données visées à l'article 11, points a) à k), en même temps que la marque visée à l'article 18, paragraphe 1, le cas échéant. ".

12. Ni les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni celles de l'article 9 du règlement (UE) n° 603/2013 du même jour, ni aucun autre texte ou principe ne font obstacle à ce que le relevé des empreintes décadactylaires et la consultation du fichier Eurodac soient réalisés avant l'intervention de l'entretien individuel prévu A l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013. Les dispositions de ce dernier article imposent seulement aux autorités des Etats membres de procéder à l'entretien individuel avant l'intervention de la décision de transfert, ce qui a été fait en l'espèce. A suite, le moyen tiré de ce que la consultation du fichier Eurodac a eu lieu avant la tenue de l'entretien individuel est inopérant et doit être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / a) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 21, 22 et 29, le demandeur qui a introduit une demande dans un autre Etat membre ; / b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre Etat membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre Etat membre (). ". Aux termes de l'article 24 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 susvisé, relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 : " () 4. Le numéro de référence commence A la lettre ou les lettres d'identification prévues dans la norme visée à l'annexe I, qui désigne l'État membre qui a transmis les données. La lettre ou les lettres d'identification sont suivies du code indiquant la catégorie de personnes ou de demandes. "1" renvoie aux données concernant les personnes visées à l'article 9, paragraphe 1, "2" aux personnes visées à l'article 14, paragraphe 1, "3" aux personnes visées à l'article 17, paragraphe 1, "4" aux demandes visées à l'article 20, "5" aux demandes visées à l'article 21 et "9" aux demandes visées à l'article 29. () ".

14. M. B fait valoir qu'il n'a pas sollicité l'asile en Allemagne, de sorte qu'il ne peut être regardé comme ayant présenté une demande d'asile en cours d'examen A les autorités de ce pays. Toutefois, il ressort du relevé d'empreintes décadactylaires Eurodac qu'il a été identifié comme ayant présenté une demande d'asile auprès des autorités allemandes le 20 août 2022, ainsi qu'il résulte de la fiche Eurodac, qui fait apparaître que le numéro de référence attaché à ses données, qui comprend, après les deux lettres d'identification de l'Etat allemand, le chiffre 1, correspond à celui d'un demandeur de protection internationale. Si M. B fait valoir qu'il est impossible qu'il ait présenté une demande d'asile le 20 août 2022 dès lors qu'il a été, à cette date, interpellé pour des infractions d'entrée et de séjour irréguliers sur le territoire allemand, ce qu'il établit A les pièces produites à l'audience, dont la teneur n'est pas contestée A le préfet de la Gironde, qui n'était ni présent ni représenté au cours de l'audience, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir le caractère erroné des données enregistrées dans l'application Eurodac, dès lors que M. B n'établit pas qu'il n'aurait pas été en mesure, après son interpellation A les autorités allemandes, d'introduire une demande d'asile auprès de ces autorités. A ailleurs, s'il est indiqué, sur la fiche décadactylaire Eurodac concernant le relevé des empreintes de M. B A les autorités allemandes, à la rubrique " date à laquelle les données ont été transmises à l'unité centrale ", la date du 14 novembre 2022 à 9 h 48, il ne s'agit pas de la date à laquelle le relevé des empreintes de M. B a été enregistré dans le système Eurodac, mais de la date à laquelle ces données ont été transmises aux autorités françaises après que ces dernières aient de nouveau relevé les empreintes de l'intéressé et consulté le fichier Eurodac, de sorte que cette mention n'est pas de nature à remettre en cause les données saisies A les autorités allemandes s'agissant de M. B, indiquant qu'il avait présenté une demande de protection internationale en Allemagne le 20 août 2022, date à laquelle ont été relevées ses empreintes décadactylaires. Il s'ensuit qu'il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux serait entaché d'une erreur de droit au motif que le préfet s'est fondé sur les dispositions du b) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

15. En sixième lieu, aux termes de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. L'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre Etat membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre Etat membre aux fins de prise en charge du demandeur. / Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif ("hit") Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) no 603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement. / Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés A le premier et le deuxième alinéas, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'État membre auprès duquel la demande a été introduite. () ". En vertu de l'article 23 du même règlement : " 1.Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac ("hit"), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règle­ ment (UE) no 603/2013. () 2. Lorsque la requête aux fins de reprise en charge n'est pas formulée dans les délais fixés au paragraphe 2, c'est l'État membre auprès duquel la nouvelle demande est introduite qui est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. () ". Enfin, aux termes de l'article 25 du même règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de reprise en charge de la personne concernée aussi rapidement que possible et en tout état de cause dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la date de réception de la requête. Lorsque la requête est fondée sur des données obtenues A le système Eurodac, ce délai est réduit à deux semaines. / 2. L'absence de réponse à l'expiration du délai d'un mois ou du délai de deux semaines mentionnés au paragraphe 1 équivaut à l'acceptation de la requête, et entraîne l'obligation de reprendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée. ".

16. D'une part, si M. B invoque les dispositions de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé, ces dispositions ne sont pas applicables aux demandes de reprises en charge, régies A les articles 23 à 25 du même règlement. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les recherches entreprises sur le fichier Eurodac à partir des empreintes décadactylaires de M. B ont révélé, le 14 novembre 2022, qu'il avait déposé une demande d'asile en Allemagne le 20 août 2022, que les autorités allemandes ont bien été saisies le 30 novembre 2022, soit dans le délai de deux mois fixé A ces dispositions, et que ces autorités ont accepté leur responsabilité A un accord explicite en date du 1er décembre 2022, soit dans le délai d'un mois qui leur était imparti pour ce faire. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions du règlement précité fixant les délais de saisine des autorités de l'Etat membre responsable et de réponse de ces autorités auraient été méconnues.

17. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. A dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection nationale qui lui est présentée A un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".

18. Si M. B fait valoir qu'il n'a aucune famille en Allemagne alors que plusieurs membres de sa famille résident régulièrement sur le territoire français, il ne produit aucun élément de nature à établir ses allégations et s'est borné à préciser au cours de l'audience que deux de ses tantes résidaient en France. En tout état de cause, à supposer même que ces allégations soient établies, elles ne sauraient, A elle-même, suffire à faire regarder le préfet comme ayant entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 permettant aux Etats membres d'examiner une demande d'asile même si cet examen ne leur incombe pas. Ce moyen doit donc être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 mars 2023 A lequel le préfet de la Gironde a décidé de son transfert aux autorités allemandes pour l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

20. Les conclusions à fin d'annulation présentées A M. B ayant été rejetées, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées A M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Gironde et à Me Aurélie Autef.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

La magistrate désignée,

S. ELa greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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