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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301611

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301611

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTHIAM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 mars et 16 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Thiam, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 mars 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui remettre, dans un délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente, dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions combinées des articles L. 422-1 et L. 422-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée méconnaît son droit au travail.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Par une décision du 16 mai 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Molina-Andréo, rapporteure,

- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,

- et les observations de Me Thiam, représentant Mme A présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante de nationalité congolaise née le 6 février 1995, est entrée régulièrement en France le 21 août 2018 sous couvert d'un visa long séjour " étudiant " valant titre de séjour, lequel a été régulièrement renouvelé pour expirer en dernier lieu le 18 novembre 2022. Le 30 septembre 2022, Mme A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 2 mars 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Gironde a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. A cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

3. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de Mme A en qualité d'étudiante, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée était inscrite pour l'année universitaire 2022/2023 à une formation diplômante à distance " MBA Business Development, Négociation et Ventes Stratégiques - Manager de Business Unit ". Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme A effectue cette formation à distance en alternance, dans le cadre d'un contrat d'apprentissage conclu, le 3 octobre 2022, entre l'organisme de formation " Studi " et l'entreprise " ANAVEO SAS ", qui a obtenu le 29 décembre 2022 une autorisation provisoire de travail pour un contrat de professionnalisation de dix-neuf mois à compter du 28 novembre 2022. Cette convention, qui prévoit d'accueillir la requérante, en alternance, du 3 octobre 2022 au 28 juin 2024, trois semaines par mois à raison de trente-cinq heures hebdomadaire de travail, rend nécessaire sa présence en France. Alors que le caractère réel et sérieux des études que la requérante a suivies en France n'est pas contesté, il est constant que Mme A occupe un poste en lien avec ses études de " Responsable développement / Business Developer " et subvient à ses besoins grâce à un salaire de 1 678,95 euros brut mensuel. Dans ces conditions, en refusant le renouvellement du titre de séjour sollicité par Mme A au motif qu'elle suivait une formation à distance, sans prendre en compte le fait qu'elle effectuait cette formation en alternance dans le cadre d'un contrat d'apprentissage rendant nécessaire sa présence sur le territoire français, le préfet de la Gironde a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 2 mars 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, et sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, l'exécution du présent jugement implique la délivrance à Mme A d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de délivrer à la requérante ce titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, Me Thiam, de la somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Gironde du 2 mars 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " étudiant ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Thiam, avocat de Mme A, la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Thiam et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La première assesseure,

C. DE GÉLAS

La première conseillère faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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