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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301663

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301663

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantGONNORD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2023, M. B C, représenté par Me Patrice Gonnord, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à Me Gonnord ou, à défaut, à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

- la compétence du signataire des décisions contestées n'est pas établie ;

- les décisions en litige sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne représente pas de menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public, les faits pour lesquels il a été condamné étant anciens et un aménagement de peine ayant été accordé, qu'il est soumis à des obligations judiciaires rendant impossible l'exécution de la mesure d'éloignement avant le 16 octobre 2024, qu'il réside en France avec sa compagne et leur enfant scolarisé, qu'il a travaillé de manière stable lors de son incarcération puis depuis sa détention à domicile, que son épouse travaille également et qu'il parle couramment le français ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnaît l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'en application de ces dispositions, le préfet ne pouvait refuser de lui accorder un délai de départ volontaire mais seulement réduire ce délai et qu'aucune urgence ne justifie la réduction du délai compte tenu de sa détention à domicile sous surveillance électronique ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de circulation pendant une durée de deux ans :

- cette décision est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, la durée retenue pour l'interdiction de circulation n'étant pas adaptée à sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le décret n° 2021-810 du 24 juin 2021 portant diverses dispositions en matière d'aide juridictionnelle et d'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application des articles L. 614-9 et L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme D et les observations orales de Me Gonnord, représentant M. C, présent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 mars 2023, le préfet de la Gironde a obligé M. B C, né le 24 mars 1986, de nationalités roumaine et moldave, à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Dans le cadre de la présente instance, M. C demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions précitées.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

4. Par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Gironde a donné délégation à M. A E, directeur des migrations et de l'intégration et signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, toutes décisions prises en application du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles figurent les décision portant obligation de quitter le territoire français prises à l'encontre des ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, les décisions relatives au délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination et les décisions portant interdiction de circulation sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société (). L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative d'un État membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

6. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Gironde a visé les textes dont il a fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment son article 8 et les articles L. 251-1 (2°) et L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a en outre indiqué que M. C avait déclaré être entré en France pour la dernière fois en 2020, que lors d'un précédent séjour, il avait fait l'objet de signalements par les services de police à six reprises pour des faits énumérés dans l'arrêté et assortis des dates auxquelles ils ont été commis, qu'il avait été écroué le 7 septembre 2020 au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan et condamné à une peine globale de 5 ans et demi d'emprisonnement prononcée le 22 octobre 2020 par le tribunal correctionnel de Saintes pour vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance en récidive, à hauteur d'un an de prison et le 8 juillet 2021 par le tribunal correctionnel de Bordeaux pour vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance en récidive, participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement et tentative de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance en récidive, à hauteur de 54 mois de prison, que son comportement personnel constituait ainsi, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, qu'il était marié et père d'un enfant, que rien ne s'opposait à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine puisque son épouse et son enfant possèdent également la nationalité roumaine, qu'il n'établissait pas être démuni d'attaches familiales dans le pays dont il est ressortissant et qu'il ne justifiait pas de son intégration sociale et culturelle en France. Le préfet de la Gironde a ainsi énoncé de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de sa décision d'obliger M. C à quitter le territoire français et a bien procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. La circonstance qu'aucune référence ne soit faite, dans l'arrêté litigieux, à la circonstance qu'il est toujours placé sous écrou est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'insuffisante motivation de cette décision et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 729-2 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsqu'un étranger condamné à une peine privative de liberté est l'objet d'une mesure () d'obligation de quitter le territoire français (), d'interdiction de circulation sur le territoire français (), sa libération conditionnelle est subordonnée à la condition que cette mesure soit exécutée. Elle peut être décidée sans son consentement. (). ".

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet de plusieurs signalements entre 2015 et 2019 par les services de police pour réalisation d'une opération financière entre la France et l'étranger sur des fonds provenant d'infraction à la législation sur les stupéfiants, blanchiment douanier le 4 août 2015, de blanchiment, concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'un délit de trafic de stupéfiants le même jour, de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt à deux reprises, les 29 juillet et 4 août 2015, de transport sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D le 7 août 2019 et de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance le 2 octobre 2019. Il ressort en outre des propres déclarations de l'intéressé au cours de son audition par les services de la police aux frontières du 23 mars 2023 qu'il a été incarcéré en France pendant deux ans entre 2015 et 2017. En outre, M. C été écroué le 7 septembre 2020 au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan à la suite de sa condamnation à une peine d'un an d'emprisonnement prononcée le 22 octobre 2020 par le tribunal correctionnel de Saintes pour vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance en récidive, et à une peine de 54 mois d'emprisonnement le 8 juillet 2021 par le tribunal correctionnel de Bordeaux pour vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance en récidive, participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement et tentative de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance en récidive. Compte tenu de la gravité, de la réitération et du caractère récent des faits pour lesquels il a été mis en cause, le comportement de M. C doit être regardé comme représentant une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.

9. D'autre part, il ressort des déclarations de M. C au cours de son audition du 23 mars 2023, non utilement contestées par le préfet de la Gironde, qu'il est entré en France en 2015, y a été incarcéré de 2015 à 2017 puis a continué son séjour en France, entrecoupé de quelques séjours en Moldavie, avant d'être de nouveau incarcéré le 7 septembre 2020 puis d'être admis au bénéfice d'une mesure de détention à domicile sous surveillance électronique à titre probatoire à compter du 7 septembre 2022. Ainsi, si M. C justifie résider en France depuis huit ans à la date de la décision en litige, il a passé sur cette durée plus de quatre ans et demi en détention à la suite des condamnations prononcées à son encontre par le juge répressif. Par ailleurs, si M. C établit résider en France avec son épouse et leur enfant né en 2019, tous deux possèdent également la nationalité roumaine, de sorte que la cellule familiale peut se reconstituer dans son pays d'origine, sans qu'y fassent obstacle les circonstances que l'épouse de M. C soit salariée en France et que leur enfant soit scolarisé en petite section. De plus, M. C ne produit aucun élément de nature à établir qu'il serait dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine ou en Moldavie, pays dont il possède la nationalité, ainsi que son épouse et leur enfant, et où réside son père. Par ailleurs, s'agissant de son état de santé, il fait seulement état de problèmes au genou à la suite d'une rupture des ligaments croisés survenue lors de sa première incarcération, mais n'établit ni même n'allègue que son état de santé ne lui permettrait pas de voyager ou ne pourrait être pris en charge dans son pays d'origine. En outre, la circonstance qu'il est susceptible de faire l'objet d'une mesure de libération conditionnelle à compter du 17 avril 2023, sous réserve d'avoir satisfait à la mesure de détention à domicile sous surveillance électronique, jusqu'au 16 octobre 2024, date à laquelle il aura purgé sa peine, n'est pas susceptible, ainsi qu'il résulte notamment des dispositions précitées de l'article 729-2 du code de procédure pénale, de faire obstacle au prononcé d'une obligation de quitter le territoire français. Enfin, si M. C établit, par de nombreuses pièces probantes, avoir exercé un emploi salarié entre mars 2019 et mars 2020 et exercer de nouveau une activité professionnelle depuis son placement en détention à domicile du 7 septembre 2022 dans le cadre d'une entreprise individuelle, et s'il fait valoir qu'il parle le français et consulte régulièrement un psychologue, ces seules circonstances ne suffisent pas, compte tenu de la gravité de la menace que son comportement représente pour l'ordre public, à faire obstacle au prononcé d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre.

10. Dans ces circonstances, compte tenu de la menace réelle, actuelle et suffisamment grave que son comportement représente à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française, de sa durée de séjour en France, de son état de santé, de sa situation familiale et économique, de son intégration sociale et culturelle en France et de l'intensité de ses liens avec son pays d'origine, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En vertu du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatives, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Compte tenu de la situation familiale et de la durée et des conditions du séjour de M. C en France, rappelés au point 9, et de la menace que son comportement représente pour l'ordre public, ainsi qu'il résulte du point 8, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne saurait être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts qu'elle poursuit. Elle n'a pas davantage pour effet de le séparer de son enfant, la cellule familiale pouvant se reconstituer sans difficulté en Roumanie ou en Moldavie, pays dont son épouse et son enfant ont la nationalité. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

13. En quatrième lieu, compte tenu de la situation de M. C, évoquée aux points 8 et 9, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du 27 mars 2023 par laquelle le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ". La notion d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être interprétée à la lumière des objectifs de la directive du 29 avril 2004 et, notamment, de ses articles 15 et 30, dont il résulte qu'un citoyen de l'Union européenne, ou un membre de sa famille, doit disposer d'un délai d'un mois pour quitter le territoire d'un Etat membre, quels que soient les motifs qui fondent la décision d'éloignement prise à son encontre, hormis le cas où cette décision est justifiée par une situation d'urgence. Aussi, il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'urgence à éloigner sans délai de départ volontaire un citoyen de l'Union européenne ou un membre de sa famille doit être appréciée par l'autorité préfectorale, au regard du but poursuivi par l'éloignement de l'intéressé et des éléments qui caractérisent sa situation personnelle, sous l'entier contrôle du juge de l'excès de pouvoir.

16. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Gironde a énoncé de manière suffisamment précise les considérations de droit sur lesquelles il s'est fondé pour refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, en visant notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les considérations de fait qui justifient cette décision, en indiquant qu'eu égard aux faits délictueux qu'il avait commis, énumérés dans l'arrêté, et à ses conditions d'existence en France, il y avait urgence à l'éloigner du territoire. Par ailleurs, le préfet a suffisamment examiné la situation personnelle de M. C, ainsi qu'il résulte des mentions de l'arrêté rappelées ci-dessus au point 6, alors même qu'il n'aurait pas précisé qu'il se trouvait toujours placé sous écrou. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision refusant d'accorder à M. C un délai de départ volontaire et du défaut d'examen de sa situation doivent donc être écartés.

17. En second lieu, d'une part, contrairement à ce que soutient M. C, les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne font pas obstacle à ce que l'autorité administrative puisse, en cas d'urgence, réduire le délai de départ volontaire au point de le supprimer. D'autre part, eu égard à ce qui a été dit aux points 8 et 9, la gravité de la menace pour l'ordre public que représente la présence de M. C sur le territoire français doit être regardée comme créant une situation d'urgence à l'éloigner du territoire, alors même qu'il justifie de son intégration professionnelle et de la présence sur le territoire de son épouse et de son fils. Enfin, la circonstance que la levée d'écrou n'est susceptible d'intervenir qu'à compter du 17 avril 2023, soit moins d'un mois après l'édiction de la décision en litige, ne suffit pas à faire regarder l'urgence comme non caractérisée, le délai de départ volontaire devant être regardé comme commençant nécessairement à courir à la date de la levée d'écrou, en l'absence de possibilité de procéder à l'éloignement de l'intéressé avant cette date. Il s'ensuit que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire a été prise en méconnaissance de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 mars 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

19. Aux termes de l'article L. 711-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour satisfaire à l'exécution d'une décision mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 700-1, l'étranger rejoint le pays dont il a la nationalité ou tout pays, autre qu'un Etat membre de l'Union européenne, la République d'Islande, la Principauté du Liechtenstein, le Royaume de Norvège ou la Confédération suisse, dans lequel il est légalement admissible. ". L'article L. 700-1 du même code mentionne, à son 1°, les décisions portant obligation de quitter le territoire français. L'article L. 721-3 du même code dispose que : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". En vertu de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible (). ".

20. En premier lieu, M. C se borne à faire valoir, à l'appui de ses moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et du défaut d'examen de sa situation préalablement à l'édiction de cette décision, qu'alors que la préfecture, qui prend pour motif le passé pénal de l'intéressé, lui notifiait, dans les locaux de la police de l'air et des frontières, l'arrêté contesté, aucune question ne lui était posée sur son statut pénitentiaire et qu'aucune référence n'est faite, dans la décision, à sa situation de personne sous écrou. Il ne se prévaut ainsi d'aucune circonstance de nature à avoir une incidence sur la décision fixant le pays de destination et que le préfet de la Gironde aurait omis de retenir. Les éléments que fait valoir M. C ne sont ainsi pas susceptibles de faire regarder la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloignée comme insuffisamment motivée ou entachée d'un défaut d'examen de sa situation. Au surplus, le préfet a visé l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 711-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionné la nationalité roumaine de l'intéressé et précisé que la décision en litige ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de sorte qu'il a suffisamment motivé sa décision et examiné la situation de M. C. Par suite, ces moyens ne sauraient être accueillis.

21. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 14, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle est fondée.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation de la décision du 27 mars 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

23. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

24. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet de la Gironde a visé les textes dont il a fait application, en particulier l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a par ailleurs fait état des éléments relatifs à la situation personnelle de M. C et rappelés au point 6. Ainsi, le préfet de la Gironde a énoncé de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé et a suffisamment examiné sa situation personnelle préalablement à l'édiction de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. C n'est, par suite, pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée ou entachée d'un défaut d'examen de sa situation.

25. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 14, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle est fondée.

26. En dernier lieu, eu égard aux éléments énoncés aux points 8 et 9, et en particulier à la vie privée et familiale de M. C sur le territoire français et à la menace pour l'ordre public que son comportement représente, il n'est pas fondé à soutenir que la durée de deux ans retenue pour l'interdiction de circulation sur le territoire français prise à son encontre serait excessive. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

27. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 mars 2023 par laquelle le préfet de la Gironde lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur les frais liés au litige :

28. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Gironde et à Me Patrice Gonnord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La magistrate désignée,

S. DLa greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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