mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2301695 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LANNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mars 2023, M. F I, représenté par Me Lanne, avocat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il a été pris par une autorité incompétente, dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- il méconnait son droit d'être entendu.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, tant sur le principe que sur la durée de la mesure édictée.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 avril 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête, en indiquant joindre les éléments ayant fondé l'arrêté en litige.
Par une ordonnance du 4 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Molina-Andréo, rapporteure,
- et les observations de Me Lanne représentant M. I.
Considérant ce qui suit :
1. M. F I, ressortissant de nationalité géorgienne né le 12 septembre 1980, déclare être entré irrégulièrement en France en 2018 accompagné de son épouse. Il a sollicité le bénéfice de l'asile, demande qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 27 août 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 28 février 2019. Par un arrêté du 22 juillet 2019, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 15 octobre 2019, la préfète de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. L'intéressé s'étant soustrait à l'exécution de cette première mesure d'éloignement, la préfète de la Gironde a pris le 29 novembre 2020 un nouvel arrêté à son encontre l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 4 novembre 2022, la préfète de la Gironde l'a assigné à résidence pendant quarante-cinq jours en vue de son éloignement au plus tard dans ce délai. Suite à une interpellation lors d'un contrôle de police le 31 mars 2023, M. I a été placé en rétention administrative par un arrêté préfectoral du même jour. Par une ordonnance du 3 avril 2023, le juge des libertés et de la détention a ordonné sa mise en liberté. Par un arrêté du 31 mars 2023, dont M. I demande l'annulation, le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou
désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par
le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la
juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. I, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible à tous, que M. D B, chef de la section " éloignement " du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux à la préfecture de la Gironde, bénéficiait, par arrêté du 30 janvier 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2023-021, d'une délégation de signature lui permettant de signer l'arrêté attaqué au nom du préfet de la Gironde, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A E, directeur des migrations et de l'intégration, de Mme C H, directrice adjointe de cette direction et de Mme G J, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
5. Il ressort des pièces du dossier que, lors de l'audition de M. I par un agent de police judiciaire, le 31 mars 2023, diverses questions lui ont été posées, relatives notamment à son séjour, à sa situation irrégulière sur le territoire, et à son opposition à l'exécution d'une éventuelle mesure de retour dans l'Etat, auxquelles il a répondu accompagné d'une interprète en langue géorgienne. Il lui était loisible, au cours de cette audition, de faire valoir toute observation complémentaire utile quant à sa situation. Le requérant ne précise pas en quoi il aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit pris l'arrêté contesté et qui, si elles avaient pu lui être communiquées à temps, auraient été susceptibles d'influer sur le sens de celui-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Si M. I fait état de ce qu'il est entré en France en 2018, il est constant qu'il se maintient sur le territoire national en dépit des précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui est sans domicile fixe, et qui est défavorablement connu des services de police, bénéficierait d'une quelconque insertion sociale et professionnelle sur le territoire. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il entretiendrait des liens personnels et familiaux anciens en France. Si l'intéressé séjourne en France avec son épouse, de nationalité russe, et qu'ils ont un fils né le 30 septembre 2020 en France, il est constant que l'épouse du requérant fait elle aussi l'objet d'une mesure d'éloignement, de sorte que la cellule familiale peut se reconstituer hors de France. Si le requérant fait valoir que son épouse serait en danger en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir, alors au demeurant que la demande d'asile de l'intéressée a été rejetée par les autorités compétentes. Dans ces conditions, M. I n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
8. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
9. Si M. I se prévaut de cinq années de présence en France et de la présence à ses côtés de son épouse et de son enfant, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a déjà été dit, que l'épouse du requérant fait elle aussi l'objet d'une mesure d'éloignement et que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement en France, qu'il n'a pas exécuté deux précédentes décisions portant obligation de quitter le territoire français dont la dernière était déjà assortie d'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans et qu'il n'a pas respecté les prescriptions liées à l'assignation à résidence du 27 septembre 2022 dont il a fait l'objet. Dans ces conditions, et sans même tenir compte de la circonstance que M. I est défavorablement connu des services de police, la préfète de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France en lui interdisant de revenir sur le territoire pendant une durée de trois ans
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. I n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 mars 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. I est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. I est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F I, à Me Lanne et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
La première assesseure,
C. DE GÉLASLa première conseillère faisant fonction de présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO
La greffière,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026