vendredi 5 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2301701 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CESSO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 mars et le 26 avril 2023, l'établissement public national d'Antoine Koenigswater (EPNAK), représenté par Me Mariotte, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 521-3, à M. B A ainsi qu'à tout occupant de son chef de libérer sans délai et avec l'ensemble du mobilier lui appartenant, le logement qu'il occupe sans droit ni titre sis Résidence Europe, appartement n°74, 84 rue Camille Sauvageau à Bordeaux, sous peine qu'il y soit procédé au besoin avec le concours de la force publique ;
2°) d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard après un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de M. A le versement de la somme de 7 903,41 euros au titre des indemnités d'occupation, à parfaire jusqu'à la complète libération des lieux ;
4°) de mettre à la charge de M. A le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.
L'établissement public national d'Antoine Koenigswater soutient que :
- M. A est occupant sans droit ni titre du logement sis Résidence Europe, appartement n°74, 84 rue Camille Sauvageau, 33800 Bordeaux, sa convention de bail dit " précaire " ayant pris fin de plein droit le 1er juillet 2021, à l'issue de sa période de formation ;
- le tribunal administratif est compétent car le logement occupé par M. A qui est la propriété de Gironde Habitat et est affecté à une mission de service public de protection sociale et d'éducation, appartient au domaine public de l'établissement ;
- l'EPNAK a intérêt à agir dès lors que l'établissement a signé avec Gironde Habitat une convention d'occupation en 1999, notamment pour l'immeuble qui abrite le logement en cause, renouvelé par tacite reconduction depuis cette date ;
- la mesure d'expulsion sollicitée répond aux exigences d'utilité et d'urgence dès lors que l'occupation empêche la réattribution du logement à un autre bénéficiaire et porte atteinte à la continuité du service public, la circonstance que l'intéressé occupe sans autorisation le logement depuis 21 mois ne préjuge pas de l'absence d'urgence mais résulte de l'échec des tentatives de règlement à l'amiable du litige ;
- la demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse, l'état de santé de M. A ne saurait justifier le maintien dans le logement dès lors que sa pathologie nécessite une prise en charge médicale qui ne saurait être supportée par l'EPNAK et alors même que, de par la nature de ses missions l'établissement a vocation à accueillir d'autres bénéficiaire en situation de handicap.
Par un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 11 avril et le 26 avril 2023, M. A, représenté par Me Cesso, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de rejeter la requête ;
3°) de mettre à la charge l'établissement public national d'Antoine Koenigswater le versement de la somme de 1 200 euros à Me Cesso en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, directement au aux profits des défendeurs au même montant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative ;
4°) à titre subsidiaire, d'accorder un sursis à l'exécution de la décision de deux mois suivant la notification de l'ordonnance à intervenir.
M. A fait valoir que :
- l'action de l'établissement ne ressort pas de la compétence de la juridiction administrative, faute pour lui d'établir que le logement concerné relève de son domaine public ;
- la requête est irrecevable dès lors que l'EPNAK ne démontre pas sa qualité à agir ;
- les conditions d'urgence et d'utilité ne sont pas satisfaites.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 27 avril 2023 à 14h30, en présence de Mme Malo, greffière de séance, ont été entendus :
- le rapport de Mme Mariller, juge des référés, qui informe en outre les parties sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que d'un moyen d'ordre public susceptible d'être soulevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de provision ;
- les observations de Me Mariotte, représentant l'établissement public national d'Antoine Koenigswater, qui a développé les moyens soulevés dans la requête et précise que le maintien de M. A dans les locaux empêche l'EPNAK de proposer le logement à un étudiant qui remplirait les conditions requises alors même qu'il ne peut pas satisfaire l'ensemble des demandes ;
- les observation de Me Esseul substituant Me Cesso, représentant M. A précise que M. A ne peut pas travailler compte tenu de son état de santé et ne peut pas demander de relogement compte tenu de sa situation administrative.
La clôture de l'instruction a été différée au 4 mai 2023 à 12 heures.
Par un mémoire enregistré le 3 mai 2023, l'EPNAK produit des éléments complémentaires concernant le nombre de logement qu'il peut mettre à disposition de ses stagiaires :
- il dispose de vingt-quatre logements dont un est inutilisable et un est vacant ;
- quatre stagiaires sont en attente d'attribution de logement ;
- le maintien dans les lieux de M. A empêche l'attribution du logement qu'il occupe, ce qui caractérise la condition d'urgence de la mesure sollicitée.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. A a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
3. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique () est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ".
4. Il résulte de l'instruction que le logement occupé par M. A appartient à Gironde Habitat, établissement public à caractère administratif, et loué par l'EPNAK dans le but de le mettre à disposition des personnes handicapées pendant le temps de leur formation de réinsertion au sein de l'établissement. Compte tenu de son affectation au service public de protection sociale et d'éducation pour lequel il a fait l'objet d'un aménagement, le logement n'est pas manifestement insusceptible d'être qualifié de dépendance du domaine public. Par suite, le présent litige ressortit à la compétence de la juridiction administrative.
Sur la recevabilité de la requête :
5. L'EPNAK produit à l'instance la convention de location qui lie depuis 1999 Gironde Habitat avec l'école de reconversion professionnelle et du centre de pré orientation relevant de l'office national des anciens combattants et victime de guerre, à laquelle l'EPNAK s'est substitué depuis 2016, pour la location du logement occupé par M. A. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de l'établissement ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
7. Il résulte de l'instruction et notamment de la convention d'hébergement signée entre l'établissement public national d'Antoine Koenigswater et M. A le 30 août 2020, que l'établissement a mis à disposition de M. A un logement gratuit, à titre temporaire et précaire pour sa période de formation professionnelle au sein de l'établissement soit du 31 août 2020 au 30 juin 2021.
8. Il ressort des pièces du dossier que malgré plusieurs mises en demeure notamment du 22 juillet 2021 et du 14 septembre 2022, M. A se maintient dans les lieux sans droit ni titre. Le départ de M. A présente un caractère d'urgence et d'utilité eu égard à la nécessité d'assurer le bon fonctionnement du service public dont est chargé l'établissement, qui se trouve empêché de proposer le logement en cause à un étudiant en situation de handicap qui remplirait les conditions requises, alors même que l'EPNAK établit l'existence de quatre demandes alors qu'il ne dispose que d'un logement disponible.
9. Pour s'opposer à cette demande, M. A soutient qu'il est gravement malade, ce qui fait obstacle à son expulsion. Il résulte de l'instruction qu'il souffre d'une pseudoarthodèse de L5S1 pour laquelle une chirurgie réparatrice est préconisée et dont la convalescence nécessite un logement stable et propre. Il fait valoir qu'il bénéficie de soins infirmiers deux fois par jour pour une aide aux soins d'hygiène, qu'il ne peut réaliser seul en raison de ses douleurs. Au regard de l'ensemble des intérêts en présence, l'état de santé défaillant de M. A ne peut être regardé comme répondant à la qualification de circonstance exceptionnelle, de nature à faire échec à la mesure d'expulsion demandée. Néanmoins, compte tenu de la gravité de son état de santé, il y a lieu de lui accorder un délai de deux mois pour quitter le logement occupé indûment.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'établissement public national d'Antoine Koenigswater est fondé à demander qu'il soit enjoint à M. A, de quitter le logement qu'il occupe, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous peine d'en être expulsé avec le concours de la force publique. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions aux fins de provision :
11. L'article R. 541-1 du code de justice administrative dispose que : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".
12. Il résulte des dispositions des titres II et IV du livre V du code de justice administrative, notamment des articles L. 521-3 et R. 541-1, que les demandes formées devant le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 sont présentées, instruites, jugées et, le cas échéant, susceptibles de recours selon des règles différentes de celles applicables aux demandes présentées sur le fondement de l'article R. 541-1. Dès lors, et alors au surplus que l'EPNAK dispose de la faculté d'émettre un titre exécutoire afin d'obtenir le règlement de sa créance, elles ne peuvent pas être présentées simultanément dans une même demande. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant au versement d'une indemnité provisionnelle de 7 903,41 euros au titre de l'occupation illégale ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Il est enjoint à M. A ainsi qu'à tout occupant de son chef de libérer avec l'ensemble du mobilier lui appartenant, le logement qu'il occupe sans droit ni titre sis Résidence Europe, appartement n°74, 84 rue Camille Sauvageau, 33800 Bordeaux, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et sous peine d'en être expulsé avec le concours de la force publique.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'établissement public national d'Antoine Koenigswater et à M. B A.
Copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 5 mai 2023.
La juge des référés,
C. MARILLER La greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026