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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301777

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301777

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL AEDIFICO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 6 avril et 2 mai 2023, M. B D, représenté par Me Troude, avocate, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté municipal du maire de la commune d'Arcachon, du 1er décembre 2022, accordant le permis de construire modificatif à la sarl Les Vagues, ensemble la décision implicite, du 6 avril 2023 refusant le retrait de l'arrêté municipal accordant ledit permis ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune d'Arcachon et de la sarl Les Vagues la somme de 3 000 euros à lui verser ainsi qu'au syndicat de copropriété de l'ensemble immobilier du 11 boulevard de l'Océan, en application des dispositions de l'article 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie d'un intérêt à agir au regard de l'importance des modifications apportées par le permis de construire modificatif à la construction existante ;

- la condition d'urgence doit être présumée remplie dès lors que le permis de construire modificatif a simplement pour objet la modification de l'orientation de la piscine, de l'escalier de secours et de la démolition du bâti central existant pour sa reconstruction à l'identique à des sinistres ; il n'y a pas d'urgence à continuer les travaux pour consolider la structure métallique ; la suspension de l'exécution du permis de construire ne fait pas obstacle à la mise en œuvre par la sarl Les Vagues de travaux pour prévenir les risques résultant du chantier engagé ;

- le permis de construire est illégal dès lors que la reconstruction à l'identique nécessitait un nouveau permis ;

- la construction en litige n'a plus aucun lien avec le permis de construire initial et ne peut donc faire l'objet d'une régularisation sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire a été obtenu par fraude, dès lors que l'ancien hôtel ne menaçait pas ruine et que la nouvelle structure ne sera pas érigée dans les côtes du permis de construire initial, contrairement à ce qui est indiqué dans la note architecturale du dossier de demande ;

- la démolition volontaire de l'ancien ouvrage exigeait un permis de démolir ;

- la parcelle cadastrée AB 070 est classée en zone NL, UF et UP5, et grevée de nombreuses servitudes ;

- le projet ne respecte pas la marge de recul de 15 mètres en méconnaissance de l'article UF 6 du plan local d'urbanisme ;

- il ne respecte pas la distance minimum de 4,5 mètres en limite séparative en méconnaissance de l'article UF 7 ;

- il ne respecte pas la limite de hauteur fixée à l'article UF 10 ;

- il ne respecte pas l'intégration à son environnement en méconnaissance de l'article UF 11.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, la commune d'Arcachon, représentée par la SCP d'avocats Bouyssou et associés, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. D d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas d'un intérêt à agir à l'encontre de l'autorisation modificative contestée ;

- aucune situation d'urgence n'est justifiée ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, la sarl Les Vagues, représentée par la selarl Aedifico, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. D d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas de sa qualité pour agir en l'absence de consentement des deux autres nu-propriétaires indivis ni d'un intérêt à agir à l'encontre de l'autorisation modificative contestée ;

- aucune situation d'urgence n'est justifiée ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 avril 2023 sous le numéro 2301776 par laquelle M. B D demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delvolvé, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Troude, représentant M. D, qui confirme ses écritures tout en s'opposant à toute mesure de médiation, et qui soutient également que l'arche métallique déjà construire n'est pas porteuse et qu'elle a déjà démontré sa solidité par l'écoulement du temps, que l'économie général du projet a été totalement modifié ce qui exigeait la délivrance d'un nouveau permis de construire.

- les observations de Me Abadie de Maupeou, représentant la commune d'Arcachon, qui confirme ses écritures, et qui fait également valoir que le requérant ne démontre toujours pas son intérêt à agir pour contester le permis de construire modificatif dès lors que la hauteur de l'immeuble est inchangée ;

- les observations de Me Achou-Lepage, représentant la sarl Les Vagues, qui confirme ses écritures tout en proposant au requérant une médiation et qui fait également valoir que les travaux sont sur le point de s'achever et qu'il ne saurait donc y avoir une situation d'urgence pour justifier la suspension d'une décision presque entièrement exécutée, qu'elle a été contrainte de procéder à la démolition de la partie basse de l'ouvrage compte-tenu des dommages survenus en cours de travaux.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, enregistré le 10 mai 2023, a été présentée pour la sarl Les Vagues.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. La construction d'un bâtiment autorisée par un permis de construire présente un caractère difficilement réversible. Par suite, lorsque la suspension de l'exécution d'un permis de construire est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés, pour apprécier si la condition d'urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

3. M. B D demande au juge des référés, sur le fondement de ces dispositions, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire d'Arcachon en date du 1er décembre 2022 accordant un permis de construire modificatif n° 2 à la sarl Les Vagues.

4. Il résulte de l'instruction que la sarl Les Vagues est propriétaire d'un terrain cadastré section AB n° 70 et n° 71, sis 9 boulevard de la plage à Arcachon, sur lequel est édifié un hôtel. Par l'intermédiaire de son représentant légal, M. E A, elle a déposé le 3 octobre 2018 une demande de permis de construire portant sur la rénovation et l'extension de l'hôtel ainsi que l'aménagement d'une piscine. Par arrêté du 28 novembre 2018 le maire d'Arcachon a délivré le permis de construire sollicité qui n'ayant fait l'objet d'aucune contestation est devenu définitif. Puis, par arrêté du 18 juin 2019, le maire d'Arcachon a délivré à la sarl Les Vagues un permis modificatif n°1 pour permettre la suppression de l'extension de la cuisine en rez-de-chaussée, façade sud, ramenant la surface plancher supplémentaire créée, autorisée par le permis de construire initial, de 260 m² à 248 m². La réalisation des travaux de déconstruction de la toiture et du dernier niveau de l'hôtel, autorisés par le permis de construire initial, a entrainé deux effondrements, respectivement le 9 décembre 2019 avec l'effondrement du mur pignon est de l'immeuble sur l'Ephad voisin situé au 7 boulevard de l'océan, et l'effondrement le 17 décembre 2019 du mur pignon ouest sur la maison d'habitation voisine, située au 11 boulevard de l'océan. Saisi par la société Les Vagues, le juge des référés du tribunal judiciaire de Bordeaux a prescrit, par ordonnance du 24 août 2020, une expertise portant notamment sur la cause des désordres, sur les conséquences de la chute des murs, sur les travaux nécessaires pour remédier aux désordres et sur leurs coûts dont les conclusions n'ont pas encore été déposées. La sarl Les Vagues a également fait réaliser par une société spécialisée, dès le 31 janvier 2020, un diagnostic structurel de l'immeuble après sinistre qui a fait apparaitre que celui-ci avait engendré la dégradation des élévations, l'apparition de nombreuses fissures et la dégradation des planchers en bois. En conséquence, il a été préconisé déraser le bâtiment jusqu'au rez-de-chaussée bas de la structure de l'ouvrage. La société Les Vagues a ensuite déposé auprès des services communaux une nouvelle demande de permis de construire, le 8 mars 2022, en vue de la modification de l'orientation de la piscine, de l'escalier de secours et de la démolition du bâti central existant pour sa reconstruction à l'identique suite à ces désordres. Il résulte de l'instruction que la société a fait engager les travaux dont l'autorisation était sollicitée alors que sa demande était toujours en cours d'instruction. Le maire d'Arcachon a, en conséquence, fait dresser par un agent de la commune assermenté et commissionné, un premier procès-verbal d'infraction, le 10 juin 2022, puis un second, le 16 juin suivant. Le rapport établi par les services de la commune d'Arcachon en date du 24 juin 2022 sur la solidité de l'immeuble a conclu à un danger imminent et à un risque manifeste pour la sécurité publique au regard des désordres constatés. Le maire a enjoint le jour même à la sarl Les Vagues, par un arrêté de mise en sécurité fondé sur les dispositions des articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation, de réaliser des travaux de confortation en limite ouest et en limite est dudit bâtiment, notamment la construction ou reconstruction de murs de soutènement, outre la mise en place de systèmes de captation des eaux de ruissellement. Les travaux ayant été effectués, le maire d'Arcachon a par arrêté du 5 juillet 2022, décidé de l'abrogation de l'arrêté de mise en sécurité. Enfin, par l'arrêté en litige du 1er décembre 2022, le maire d'Arcachon a délivré le permis de construire modificatif n° 2 sollicité par la sarl les Vagues en vue de la modification de l'orientation de la piscine, de l'escalier de secours et de la démolition du bâti central existant pour sa reconstruction à l'identique suite aux sinistres.

5. Il résulte de l'instruction que les travaux en cours ont déjà abouti à la construction d'une structure métallique dont les parties les plus hautes atteignent 22 mètres de hauteur, ainsi que d'éléments de construction donnant une prise au vent, que cet ensemble, situé à proximité immédiate d'habitations, n'est ni hors d'eau ni hors d'air, et qu'il est particulièrement exposé aux intempéries et notamment aux actions du vent, susceptibles de générer, à moyen terme, de nouveaux désordres représentant un danger certain pour les habitations avoisinantes. Ces circonstances particulières sont de nature à renverser la présomption d'urgence. Eu égard à l'état d'avancement des travaux, et dans ces circonstances, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être considérée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense et sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions aux fins de suspension présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de M. D contre la commune d'Arcachon et la sarl Les Vagues qui ne sont pas, dans la présente instance de référé, les parties perdantes. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. D, la somme demandée par la commune d'Arcachon et la sarl Les Vagues en application desdites dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Arcachon et de la sarl Les Vagues tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, à la commune d'Arcachon et à la sarl Les Vagues.

Fait à Bordeaux, le 10 mai 2023.

Le juge des référés,

Ph. C La greffière,

C. GIOFFRÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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