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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301872

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301872

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantHAAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête n° 2301872 enregistrée le 11 avril 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 12 avril et le 13 avril 2023, M. C A, représenté par Me Haas, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile et un formulaire de demande d'asile à transmettre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de la somme de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente, faute de justification de l'existence d'une délégation de signature complète et régulièrement publiée ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que le préfet de la Gironde ne justifie pas que les deux brochures d'information lui ont été délivrées dans une langue qu'il comprend ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire application de la clause discrétionnaire prévue aux articles 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et 53-1 de la Constitution ; son épouse, qui est enceinte, présente une grossesse à risque du fait de son diabète non équilibre qui lui a causé une hémorragie intra vitréenne justifiant une prise en charge médicale et pour laquelle elle est hospitalisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 24 juin 2022, en présence de Mme Malo greffière d'audience :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Haas, représentant M. A présent et assisté d'un interprète, qui conclut aux mêmes fins et fait valoir que, il n'est pas établi que l'entretien individuel ait été mené par un interprète bénéficiant de l'agrément prévu par les dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la situation du requérant, qui est marié, doit s'apprécier de façon commune avec celle de son épouse qui fait également l'objet d'une décision de transfert auprès des autorités espagnoles, que du fait de sa grossesse, l'épouse du requérant suit des soins en France qui ne peuvent être interrompus sans faire courir pour elle des risques d'une extrême gravité, qu'elle est hospitalisée à raison d'une fois par semaine, qu'elle présente une rétinopathie diabétique proliférante ainsi qu'une hémorragie intravitréenne, qu'ils n'ont pas déposé de demande d'asile en Espagne de sorte que sa prise en charge médicale ne pourra se faire immédiatement, que les autorités espagnoles n'ont pas été informées de son état de santé et que la décision attaquée porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale prévu par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les observations de M. A qui indique que l'état de santé de sa femme nécessite des soins ;

- le préfet de la Gironde n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien, né le 1er juillet 1994, déclare être irrégulièrement entré en France le 1er décembre 2022. Le 5 janvier 2023, il a formé une demande d'asile auprès de la préfecture de la Gironde. La consultation du fichier Eurodac ayant révélé que l'intéressé avait irrégulièrement franchi la frontière espagnole dans les 12 mois du dépôt de sa première demande, le préfet a saisi les autorités espagnoles le 2 février 2023 d'une demande de prise en charge en application de l'article 13.1 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, qu'elles ont explicitement acceptée par décision du 2 mars 2023 sur le même fondement. Par un arrêté du 22 mars 2023, le préfet de la Gironde prononcé la remise aux autorités espagnoles de M. A, responsables de l'examen de sa demande d'asile. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur cette requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est marié avec Mme D, compatriote qui fait également l'objet d'une décision du préfet de la Gironde portant transfert aux autorités espagnoles et dont l'état de santé nécessite un suivi médical continu. La décision par laquelle le préfet de la Gironde a ordonné le transfert de Mme D aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile a été annulée par un jugement du même jour. Dans les circonstances de l'espèce, et alors que la cellule familiale n'a pas vocation à être séparée dans le cadre de l'examen des demandes d'asile du couple, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale prévu par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel le préfet de la Gironde a décidé de transférer M. A aux autorités espagnoles doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre V. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé. ".

8. Le motif d'annulation retenu implique nécessairement, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait, que la demande d'asile de M. A soit traitée par les autorités françaises. Il y a donc lieu, sur le fondement des dispositions précitées, d'enjoindre au préfet de la Gironde d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer dans l'attente, sans délai, une attestation de demandeur d'asile.

Sur les frais d'instance :

10. M. A a été provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Haas, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Haas de la somme de 1 000 euros.

DÉCIDE :

Article 1er : M. C A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 22 mars 2023 par lequel le préfet de la Gironde a ordonné le transfert de M. A aux autorités espagnoles est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde d'enregistrer la demande d'asile présentée par M. C A en procédure normale dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente, sans délai, une attestation de demandeur d'asile.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C A à l'aide juridictionnelle, et sous réserve que Me Haas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Gironde et à Me Haas.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 21 avril 2023.

La magistrate désignée,

M. B La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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