mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2301921 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GENEVAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 avril 2023, M. B A, représenté par Me Genevey, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Dordogne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire au séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il est intégré et qu'il est père de trois enfants français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 3 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée le 4 septembre 2023.
Par une décision du 21 février 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chauvin,
- et les observations de Me Jouanneaux, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 16 octobre 1992, déclare être entré en France le 28 août 2008, à l'âge de seize ans. Le 20 mars 2012, il a obtenu un titre de séjour régulièrement renouvelé en qualité de parent d'enfant français. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 30 mars 2021. Par une décision du 23 novembre 2022, le préfet de la Dordogne, après que la commission du titre de séjour a émis un avis défavorable à ce renouvellement, a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. A, mentionne tant les motifs de droit dont il est fait application, que les éléments de fait caractérisant ses conditions de séjour ainsi que sa situation personnelle et familiale sur lesquels le préfet de la Dordogne s'est fondé. En particulier, la décision attaquée vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet fait application. Elle indique également, que s'il est père de trois enfants français, il a fait l'objet de multiples condamnations pénales. Se fondant sur ces éléments ainsi que sur l'avis défavorable émis par la commission de titre de séjour le 24 juin 2022, la décision attaquée relève que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement le requérant en mesure de comprendre et de discuter les motifs de l'arrêté contesté. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour attaquée serait entachée d'une insuffisance de motivation.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
4. L'autorité administrative ne peut opposer un refus à une demande de renouvellement de carte de séjour temporaire ou retirer la carte dont un étranger est titulaire qu'au regard d'un motif d'ordre public suffisamment grave pour que ce refus ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur. Il appartient ainsi à cette autorité d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration. Lorsque l'administration oppose ce motif pour refuser de faire droit à une demande de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou retirer une carte de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
5. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à M. A le renouvellement de sa carte de séjour, le préfet de la Dordogne a estimé qu'il représentait une menace pour l'ordre public au vu des nombreuses condamnations dont il a fait l'objet. Il ressort des pièces du dossier et notamment du bulletin n° 2 de son casier judiciaire que le requérant a été condamné à huit reprises depuis qu'il a obtenu son premier titre de séjour en 2012 : le 2 octobre 2012 à une peine d'amende pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, le 27 février 2013 à deux peines de six mois et d'un an d'emprisonnement pour acquisition, cession ou offre, transport, détention et usage illicite de stupéfiants, le 4 novembre 2014 à trois mois d'emprisonnement pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique avec menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et dégradation d'un bien appartenant à autrui, le 10 juillet 2018 à une peine d'amende pour récidive de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire, le 29 janvier 2020 à trois mois d'emprisonnement pour récidive de violence sur un professionnel de santé suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, le 15 juillet 2020 à un an d'emprisonnement et six mois avec sursis probatoire de deux ans pour blessures involontaires avec incapacité supérieure à trois mois par conducteur d'un véhicule terrestre à moteur commises avec au moins deux circonstances aggravantes ainsi que le 5 janvier 2021 à deux mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule terrestre à moteur sans assurance et en ayant fait usage de stupéfiants. D'une part, l'ensemble de ces condamnations, qui ont, pour certaines, conduit à des peines privatives de liberté, présente un caractère grave, tant par leur nature que par leur réitération. D'autre part, la date de la dernière condamnation, soit, le 5 janvier 2021, ainsi que la commission en récidive d'infractions sur des personnes, permettent d'établir le caractère actuel de la menace à l'ordre public que représente le requérant. Eu égard à la gravité des faits en cause ainsi qu'à leur caractère répété depuis 2012, le comportement de M. A constitue une menace à l'ordre public alors en outre que la commission du titre de séjour a émis, le 24 juin 2022, un avis défavorable au renouvellement de son titre de séjour. Dans ces conditions, et bien que M. A réside en France depuis plusieurs années, justifie avoir travaillé dans divers domaines depuis 2014 et qu'il contribue à l'éducation et à l'entretien de ses enfants français, ce qui n'est au demeurant pas contesté par la défense, le préfet de la Dordogne n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de renouveler son titre de séjour.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
7. M. A se prévaut de sa présence continue en France depuis son arrivée, mineur, en août 2008, qu'il parle couramment français, qu'il est intégré dans la société française, qu'il justifie de plusieurs expériences professionnelles et que l'ensemble de ses liens privés et familiaux sont en France, où résident sa grand-mère, son frère et ses enfants. Il résulte toutefois de ce qui a été exposé au point 5, qu'il a été condamné à de multiples reprises entre octobre 2012 et janvier 2021, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que sa situation serait entourée de gages d'insertion ou de réinsertion, eu égard à la gravité ainsi qu'au caractère répété de faits pénalement sanctionnés. Il n'allègue pas en outre être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors qu'elle n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer M. A de ses enfants, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des buts poursuivis. Par suite les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 7, la décision par laquelle le préfet de la Dordogne a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, qui n'a ni pour objet ni pour effet de séparer ce dernier de ses enfants, ne peut être regardée comme ayant méconnu l'intérêt supérieur de ces derniers. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Dordogne aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Dordogne a rejeté sa demande de titre de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Dordogne.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
La première assesseure,
C. DE GÉLASLa présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026