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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2302039

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302039

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2302039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLE GUEDARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 avril 2023, M. A C, représenté par Me Le Guédard, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente, dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée.

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée a été édictée au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin-rapporteur était compétent pour rédiger le rapport médical sur la base duquel le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a statué ; il n'est pas établi de l'existence de ce rapport médical, de sa transmission au collège des médecins de l'Office, ainsi que de la compétence de ces derniers pour rendre l'avis en cause ; il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'Office a été émis à la suite d'une délibération en formation collégiale ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il n'existe pas de traitement effectivement approprié dans son pays d'origine ;

- la préfète de la Gironde s'est crue, à tort, en situation de compétence liée ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision de refus de séjour entraîne par voie de conséquence la privation de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne par voie de conséquence la privation de base légale de la décision fixant le pays de destination ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en l'absence de production de l'accord à l'aide juridictionnelle sollicitée ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Molina-Andréo, rapporteure,

- et les observations de Me Pitel-Marie, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant de nationalité nigériane né le 20 mai 1990, déclare être entré irrégulièrement en France le 2 juillet 2019, accompagné de sa conjointe et de leur enfant D B. Il a sollicité le bénéfice de l'asile, demande qui a été rejetée par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 19 janvier 2021 et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 28 juin 2021. Par un arrêté du 18 septembre 2021, le préfet de Lot-et-Garonne a pris à son encontre une mesure d'éloignement, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. C a néanmoins sollicité le 25 mai 2022 un titre de séjour en qualité d'étranger malade, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 décembre 2022, dont M. C demande l'annulation, la préfète de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible à tous, que Mme E G, directrice adjointe des migrations et de l'intégration bénéficiait, par arrêté du 5 octobre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2022-196, d'une délégation de signature lui permettant de signer l'arrêté attaqué au nom de la préfète de la Gironde, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F, directeur des migrations et de l'intégration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte doit être écarté comme manquant en fait.

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. / () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'avant de refuser de délivrer au requérant un titre de séjour en tant qu'étranger malade, la préfète de la Gironde, faisant application de la procédure décrite par les dispositions précitées, a sollicité l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur son état de santé. Il ressort de la copie de l'avis du collège des médecins de l'OFII rendu le 14 octobre 2022 et versé au dossier par le préfet de la Gironde, que le collège s'est prononcé après transmission du rapport médical établi par un médecin-rapporteur qui n'a pas siégé au sein dudit collège. En outre, il ressort de la décision du 1er octobre 2021 du directeur général de l'OFII, librement accessible sur le site internet de l'Office, modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII, que tant le médecin-rapporteur que les trois membres du collège, sont des médecins en exercice régulièrement désignés pour établir respectivement lesdits rapports et avis. Enfin, il résulte des mentions figurant sur cet avis, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'il a été rendu à l'issue d'une délibération collégiale. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.

5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi allant dans le sens de ses conclusions. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. En l'espèce, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C, la préfète de la Gironde s'est appuyée sur l'avis du collège des médecins de l'OFII en date du 14 octobre 2022, indiquant que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester cette appréciation, le requérant produit deux certificats médicaux établis pour l'un le 26 janvier 2023 par un médecin généraliste et pour l'autre à une date non précisée par un praticien hospitalier du centre hospitalier Charles Perrens, attestant qu'il est suivi par l'équipe mobile de psychiatrie et précarité du centre hospitalier Charles Perrens, à raison d'un état de stress-post-traumatique " associé à des douleurs lombaires psychotraumatiques et des éléments psychotiques à types d'hallucinations auditives ". S'ils font état de ce que l'état de santé du requérant nécessite une " prise en charge pour tous les actes de la vie courante " et que les " soins doivent se poursuivre () avec les spécificités pluridisciplinaires françaises ainsi que vis-à-vis des traitements qu'il a en quantité importante ", ces documents, qui sont rédigés de manière non circonstanciée et ne se prononcent pas sur les conséquences d'un défaut de prise en charge médicale, ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis émis collégialement par les médecins de l'OFII. Dans ces conditions, et quand bien même M. C ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Gironde, qui s'est appropriée les termes de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 14 octobre 2022, se serait estimée en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. M. C soutient qu'il réside en France avec sa compagne, de même nationalité, et leurs deux enfants, nés en 2016 et 2019, dont l'ainé est scolarisé en France et qu'il est isolé au Nigéria ayant rompu tout lien avec son frère qui constitue sa seule famille encore présente dans son pays d'origine. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la compagne du requérant ne dispose plus de droit au séjour depuis le rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA pour irrecevabilité et qu'une obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre par décision préfectorale du 18 septembre 2021. Si M. C fait valoir, d'une part, que l'ainé de ses enfants fait l'objet d'un suivi orthophonique, psychologique et médical, d'autre part, que son épouse est elle-même suivie sur le plan médical et psychologique, il ne ressort pas des pièces du dossier que leur état de santé nécessiterait un suivi médical dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni, en tout état de cause, qu'aucun suivi médical adapté ne pourrait être assuré au Nigeria ou dans tout autre pays dans lequel ils seraient légalement admissibles. La circonstance que M. C serait exposé à des risques en cas de retour au Nigéria est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision de refus de séjour qui n'a pas pour objet, ni pour effet de le contraindre à retourner vers un pays déterminé. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C bénéficierait en France d'une quelconque insertion, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

12. Si M. C fait état de la nécessité de rester en France auprès de ses enfants et de son épouse, la mesure contestée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer les enfants de leurs parents. Par ailleurs, le requérant ne peut utilement soutenir à l'encontre d'une décision n'ayant pas pour objet de fixer le pays de renvoi, qu'un retour de la cellule familiale au Nigéria présenterait un risque pour sa fille en raison des mutilations sexuelles qui y sont pratiquées. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Gironde aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

13. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Gironde aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

15. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le requérant n'est pas au nombre des personnes pouvant bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaitrait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de destination, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

18. Dès lors que l'absence de traitement médical n'est pas de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé du requérant, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi aurait pour effet de le priver de soins appropriés et le soumettrait à des traitements prohibés par l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, M. C soutient qu'il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradant en cas de retour dans son pays d'origine en raison des persécutions subies par les personnes atteintes d'une maladie psychiatrique. Toutefois, l'intéressé, dont la demande d'asile a été rejetée par les autorités compétentes, ne produit aucun élément de nature à établir qu'il encourrait un risque réel, actuel et personnel en cas de retour au Nigéria. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Gironde aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle en fixant le pays de destination.

20. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Gironde, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Le Guédard et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

La première assesseure,

C. DE GÉLAS

La première conseillère faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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