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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2302127

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302127

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2302127
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantCACAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 20 avril 2023, enregistrée le 21 avril 2023 au greffe du tribunal, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal de Bordeaux, en application de l'article R. 351-1 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Bordeaux le 26 janvier 2023, M. B, représenté par Me B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Gironde a ordonné son transfert aux autorités allemandes ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde d'enregistrer sa demande d'asile dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- il n'a pas reçu, dans une langue qu'il comprend et en temps utile les informations prescrites par les stipulations de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'entretien individuel n'a pas été mené par une personne avec l'assistance d'un interprète en langue kurde, en méconnaissance des stipulations de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; il n'a pas été en mesure d'exprimer ses prétentions ; rien n'indique qu'il aurait bénéficié d'un nouvel entretien ; la confidentialité de l'entretien n'est pas établie ;

- l'administration ne démontre pas avoir été informé de la possibilité d'un examen de santé gratuit conformément à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les articles 21 paragraphes 1 et 24 paragraphes 2 et 3 du règlement européen n° 604/2013 qui imposent le respect d'un délai de deux mois ou de trois mois au maximum après l'enregistrement de la demande d'asile ;

- le préfet n'a pas pris en compte la présence de membres de sa famille en France en méconnaissance des articles 9,10 et 11 du règlement n° 604/2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Patard, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Patard, magistrate désignée, a été entendu cours de l'audience publique du 5 mai 2023. Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à la suite de l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant turc né le 15 mars 1988, qui déclare être entré irrégulièrement en France le 19 juin 2022, s'est présenté à la préfecture de la Gironde le 8 août 2022 pour y formuler une demande d'asile. Le relevé de ses empreintes décadactylaires ayant révélé qu'il avait introduit une première demande d'asile en Allemagne le 17 juin 2022, les autorités allemandes ont été saisies, le 6 septembre 2022, d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18-1 b du règlement UE 604/2013. Les autorités allemandes ont accepté la demande par une décision expresse datée du 8 septembre 2022. Par un arrêté du 17 janvier 2023, le préfet de la Gironde a prononcé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, Mme F N'Guyen, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique de la préfecture de la Gironde, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation consentie par le préfet de la Gironde en vertu d'un arrêté du 5 octobre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la Gironde n°2021-177 du lendemain et librement accessible sur le site internet de la préfecture, à l'effet de signer toutes décisions prises en application du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles figurent les arrêtés de transfert, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A H, directeur des migrations et de l'intégration et de Mme G I, directrice adjointe. Il n'est ni établi ni allégué que M. H et Mme I n'auraient pas été absents ou empêchés le jour de l'arrêté attaqué. Bien que M. D ait été nommé préfet de la Gironde par un décret du 11 janvier 2023, Mme E est demeurée en fonction jusqu'au 30 janvier 2023 dans le département de Gironde. Dans ces conditions, la délégation de signature consentie à Mme F N'Guyen continuait à produire ses effets le 17 janvier 2023, date à laquelle a été pris l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, mentionne le caractère irrégulier de l'entrée en France de M. B en provenance d'un autre Etat membre, rappelle le déroulement de la procédure suivie lorsque l'intéressé s'est présenté devant les services de la préfecture et précise que le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait introduit une première demande d'asile en Allemagne le 17 juin 2022, qu'une demande de reprise en charge de l'intéressé avait été présentée auprès de cet Etat en application de l'article 18-1 b du règlement, qui a été acceptée le 6 septembre 2022 par l'Allemagne. L'arrêté précise également que M. B ne relève pas des dérogations prévues à l'article 17-1 ou 17-2 du règlement UE n° 604/2013, et que l'intéressé n'établit pas être dans l'impossibilité de retourner en Allemagne ni encourir de risque personnel constituant une atteinte grave au droit d'asile en cas de remise à ce pays. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, et est, par suite, suffisamment motivé. Cette motivation ne révèle en outre pas de défaut d'examen de sa situation personnelle.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : /a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; /b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; /c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; /d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; /e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; /f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits (). /2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle il décide la réadmission de l'intéressé dans l'État membre responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu remettre, le 8 août 2022, jour du dépôt de sa demande d'asile à la préfecture de la Gironde, l'ensemble des informations prévues à l'article susvisé, par l'intermédiaire des brochures d'information A " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " en langue turque qu'il a déclaré comprendre lors du recueil de sa demande d'asile. Le requérant qui est de nationalité turque, n'établit pas qu'il ne comprendrait pas de manière correcte cette langue, ni qu'il aurait demandé la communication des éléments d'informations en langue kurde. Il ressort, par ailleurs, du résumé de l'entretien individuel dont il a bénéficié, qui a été réalisé avec l'assistance d'un interprète en langue turque, qu'il a pu comprendre les questions qui lui étaient posées à cette occasion et faire valoir ses observations. En outre, ces brochures lui ont été délivrées dès le jour de l'enregistrement de sa demande de protection internationale en France, soit en temps utile avant qu'intervienne la décision de transfert litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 4 doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

8. Il ressort des mentions du résumé de l'entretien individuel, signé par M. B, que cet entretien s'est déroulé, par le truchement d'un interprète, en langue turque, langue que celui-ci a déclaré comprendre ainsi qu'il a été dit au point 6. En outre, au cours de cet entretien, M. B a notamment pu exposer son itinéraire ainsi que les moyens de transport qu'il a utilisés pour entrer clandestinement en France, et faire valoir tout élément utile à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, et se prévaloir de la présence en France de son frère titulaire du statut de réfugié. La mention du nom de l'agent du bureau de l'asile et du guichet unique et de sa qualité ainsi que l'apposition du cachet de la préfecture sont suffisants pour établir que l'entretien a été mené par une personne qualifiée au sens du droit national, aucune obligation légale n'imposant qu'il soit justifié d'une qualification particulière de cet agent, dont la seule qualité d'agent de la préfecture suffit à le faire regarder comme une personne qualifiée en vertu du droit national. Le requérant ne fait état d'aucun élément qui conduirait à penser que l'entretien ne s'est pas déroulé dans des conditions garantissant sa confidentialité et que sa durée ne lui aurait pas permis de comprendre l'ensemble de la procédure. Le résumé de l'entretien individuel produit par la préfecture indique en outre que M. B a déclaré avoir compris la procédure engagée à son encontre et avoir été informé qu'en vertu de l'article 41 du règlement (UE) n° 604/2013, il avait la possibilité de présenter des observations. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié des garanties prévues par l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013.

9. En cinquième lieu, le requérant, qui invoque les dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont abrogées depuis le 1er mai 2021, doit être regardé comme soulevant un moyen tiré de la méconnaissance de celles du second alinéa de l'article L. 522-1 du même code, qui prévoient que " Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Toutefois, à supposer même que M. B n'ait pas été informé de la possibilité de bénéficier d'un tel examen de santé, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors que ces dispositions concernent l'entretien conduit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et non celui prévu par les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le moyen est ainsi inopérant.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac ("hit"), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) n 603/2013. / () 4. Une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l'aide d'un formulaire type et comprend des éléments de preuve ou des indices tels que décrits dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, et/ou des éléments pertinents tirés des déclarations de la personne concernée, qui permettent aux autorités de l'État membre requis de vérifier s'il est responsable au regard des critères définis dans le présent règlement. () ". Aux termes de l'article 25 du même règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de reprise en charge de la personne concernée aussi rapidement que possible et en tout état de cause dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la date de réception de la requête. Lorsque la requête est fondée sur des données obtenues par le système Eurodac, ce délai est réduit à deux semaines. / 2. L'absence de réponse à l'expiration du délai d'un mois ou du délai de deux semaines mentionné au paragraphe 1 équivaut à l'acceptation de la requête, et entraîne l'obligation de reprendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée ".

11. Le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 a notamment créé un réseau de transmissions électroniques entre les États membres de l'Union européenne dénommé " Dublinet ", afin de faciliter les échanges d'information entre les États, en particulier pour le traitement des requêtes de prise en charge ou de reprise en charge des demandeurs d'asile. Selon l'article 19 de ce règlement, chaque État dispose d'un unique " point d'accès national ", responsable pour ce pays du traitement des données entrantes et de la transmission des données sortantes et qui délivre un accusé de réception à l'émetteur pour toute transmission entrante. Aux termes de l'article 15 de ce règlement : " Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre Etats membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement (). / 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national () est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse ".

12. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Gironde a obtenu, le 8 août 2022, le résultat de la consultation des données du système Eurodac l'informant de ce que M. B avait déposé une précédente demande d'asile en Allemagne, et qu'il a saisi les autorités allemandes le 6 septembre 2022, par le réseau de communication " DubliNet ", qui permet des échanges d'informations fiables entre les autorités des Etats membres de l'Union européenne qui traitent les demandes d'asile, d'une requête aux fins de reprise en charge de M. B, qui l'ont reçue le même jour à 14h21, ainsi que le démontre la copie d'un courrier électronique du 8 août 2022, qui constitue la réponse automatique du point d'accès national français, ce document comportant notamment la référence " FRDUB29930609956-750/330", qui correspond au numéro Eurodac attribué à M. B par la préfecture lors du dépôt de sa demande d'asile. En outre, les autorités allemandes ont explicitement accepté la demande de reprise en charge de M. B par une décision 8 septembre 2023. Dans ces conditions, les autorités allemandes ont été saisies par le préfet de la Gironde d'une requête aux fins de reprise en charge de M. B dans le délai qui lui était imparti en application des dispositions précitées.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 9 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 aux termes duquel : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit ". Aux termes de l'article 10 de ce règlement : " Si le demandeur a, dans un État membre, un membre de sa famille dont la demande de protection internationale présentée dans cet État membre n'a pas encore fait l'objet d'une première décision sur le fond, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit. ". Aux termes de l'article 11 dudit règlement : " Lorsque plusieurs membres d'une famille et/ou des frères ou sœurs mineurs non mariés introduisent une demande de protection internationale dans un même État membre simultanément, ou à des dates suffisamment rapprochées pour que les procédures de détermination de l'État membre responsable puissent être conduites conjointement, et que l'application des critères énoncés dans le présent règlement conduirait à les séparer, la détermination de l'État membre responsable se fonde sur les dispositions suivantes () ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. D'une part, si M. B fait valoir dans sa requête que son frère a obtenu le statut de réfugié en France et est en possession d'un titre de séjour, dont il produit une copie, les frères et sœurs d'un demandeur d'asile ne sont ni un membre de la famille, ni un proche au sens des stipulations du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ainsi qu'il résulte des dispositions précitées des g) et h) de son article 2. Il en résulte que M. B ne peut bénéficier des dispositions précitées des articles 9, 10 et 11 du même règlement.

15. D'autre part, M. B qui n'établit pas être en situation de handicap ni de ce que son état de santé nécessiterait une aide humaine pour les actes de la vie courante, ne justifie pas d'une situation de vulnérabilité imposant d'instruire sa demande d'asile en France. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de la présence régulière de son frère en France, qui a obtenu le statut de réfugié, il ne justifie pas de l'existence d'un lien intense, stable et ancien avec son frère. Il s'ensuit qu'en refusant de faire usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions citées au point précédent, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La magistrate désignée,

J. PATARD

La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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