mercredi 3 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2302227 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | COSTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 26 avril, le 1er et le 2 mai 2023, M. G C, représenté par Me Coste, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'annuler la décision du 24 avril 2023 par laquelle le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de la somme de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour et de mettre fin aux mesures de surveillances, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
5°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à la suppression de l'inscription de l'interdiction de retour sur le territoire français de M. C au système d'information Schengen ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, sur le fondement de laquelle elle a été prise ;
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne pouvait pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, sur le fondement de laquelle elle a été prise ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il détient un passeport en cours de validité ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; les horaires fixés par la mesure l'empêchent d'accompagner ou d'aller chercher ses enfants ; ces horaires ne coïncident pas avec ses fonctions de veilleur de nuit et le contraignent dans son activité professionnelle en qualité d'intérimaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Ballanger, conseillère, en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle le préfet de la Gironde n'était ni présents ni représentés :
- le rapport de Mme E,
- les observations de Me Coste, représentant M. C, qui maintient les conclusions et moyens présentés dans ses écritures, et insiste sur le fait que le requérant vit en France depuis près de vingt ans, qu'il a rencontré sa compagne en 2007 et qu'ils ont eu trois enfants nés en 2010, 2012 et 2017, que ses enfants sont tous nés et scolarisés en France, qu'ils y ont vécu l'intégralité de leurs vies et qu'ils ne sont jamais allés au Sénégal, que la plus âgée est en classe de 5e et qu'elle pourra prétendre à la nationalité française dans quelques mois à compter de sa treizième année, qu'il a toujours travaillé pour subvenir aux besoins de sa famille, qu'il a occupé des postes en qualité d'employé polyvalent dans la restauration puis en qualité d'intérimaire, qu'il est actuellement veilleur de nuit et que la famille a conclu un bail d'habitation en 2016 pour un logement de quatre pièces situé à Bordeaux, et les observations de M. C qui fait valoir que la famille n'a jamais quitté la France, qu'il a travaillé de façon continue sur le territoire et que la commission du titre de séjour avait émis un avis favorable à son admission au séjour le 20 novembre 2015.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. G C, né le 26 juin 1985, est entré régulièrement en France le 7 septembre 2003, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a par la suite bénéficié de cartes de séjour temporaires en qualité d'étudiant, renouvelées jusqu'au 25 décembre 2007. Par un arrêté du 3 mars 2010, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par deux arrêtés, du 21 mars et du 21 juin 2013, le préfet des Alpes-Maritimes a de nouveau pris à son encontre des mesures d'éloignement. M. C s'est maintenu sur le territoire français et a sollicité un titre de séjour le 25 mars 2015, qui a fait l'objet d'une décision de refus, assortie d'une mesure d'éloignement, par un arrêté du 9 décembre 2015 du préfet de la Gironde. M. C a de nouveau sollicité son admission au séjour le 22 octobre 2018. Une décision implicite de rejet est née le 22 février 2019 du silence gardé par le préfet de la Gironde à cette demande. Puis, par un arrêté du 24 avril 2023 le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et, par une décision du même jour, l'a assigné à résidence. Par sa requête, M. C demande l'annulation de ces décisions.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables, non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs, mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré régulièrement en France le 7 septembre 2003 et qu'il fait valoir, sans être utilement contredit, qu'il s'est maintenu sur le territoire français de façon continue à compter de cette date. Il a rencontré sur le territoire français en 2007 Mme A, compatriote, avec laquelle il vit désormais en concubinage dans un appartement de quatre pièces, situé à Bordeaux. Le couple a accueilli trois enfants, B née le 26 janvier 2017, F né le 14 janvier 2012 et D Diarra Bousso née le 7 septembre 2010, âgés respectivement de 6, 11 et 12 ans, tous nés sur le territoire français. M. C établit par les certificats de scolarité qu'il produit à l'instance que ses trois enfants ont suivi toute leur scolarité en France, sans interruption depuis la maternelle, et qu'à la date de la décision attaquée ils étaient en classe de grande section, de CM2 et, pour son aînée, en classe de 5e au collège. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment des bulletins scolaires, que les qualités et l'investissement scolaires de ses enfants sont salués par leurs professeurs, qui ont notamment attribué des " encouragements " pour la jeune D et des " félicitations " pour le jeune F lors de l'année scolaire en cours. Dès lors que les enfants du requérant ont effectué la totalité de leur scolarité et de leur vie en France, eu égard au niveau de scolarisation qu'ils ont atteint, en particulier ses deux aînés, et de la circonstance qu'ils n'ont jamais vécu dans le pays d'origine de leurs parents, la décision par laquelle le préfet oblige M. C à quitter le territoire français méconnaît l'intérêt supérieur de ces derniers qui nécessite qu'ils puissent poursuivre leur scolarité sur le territoire français. Par suite, et dans les circonstances particulières de l'espèce, en obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, le préfet de la Gironde a méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 avril 2023 par laquelle le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour par lesquelles le préfet de la Gironde a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a assigné à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
8. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la situation de M. C, qu'il lui délivre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour et qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont il fait l'objet. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer, sans délai, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour et de prendre toute mesure utile afin qu'il soit procédé à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
9. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire, son avocate peut donc se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Coste, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Coste de la somme de 1 000 euros.
DÉCIDE :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les décisions du 24 avril 2023 par lesquelles le préfet de la Gironde a fait obligation à M. C de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a assigné à résidence sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour sans délai, ainsi que de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Coste renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Coste, avocate de M. C, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. G C, à Me Coste et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 3 mai 2023.
La magistrate désignée,
M. E La greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026