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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2302250

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302250

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2302250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGENEVAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2023, M. B A, représenté par Me Genevay, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Dordogne a implicitement rejeté la demande de titre de séjour qu'il a formée le 4 juillet 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de se prononcer à nouveau sur son droit au séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée, en l'absence de réponse apportée à la demande de communication des motifs ;

- elle méconnaît les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste commise dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2023, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus de statuer sur la requête ; la demande que le requérant a présentée étant toujours en cours d'instruction, aucune décision implicite de rejet n'a pu intervenir ;

- la demande de communication des motifs n'a pas été remise aux services de la préfecture, mais à ceux de la direction départementale des finances publiques.

Par ordonnance du 28 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 juillet 2023.

Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 4 décembre 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pinturault a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 29 janvier 1962, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations le 18 janvier 2008. Par un arrêté du 4 mai 2011, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 29 septembre 2011, le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Cette autorité lui a ensuite délivré un certificat de résidence au titre du maintien de ses liens privés et familiaux, dont la validité a expiré le 30 septembre 2013. Par un arrêté du 26 septembre 2013, le préfet de la Dordogne a refusé de renouveler son certificat de résidence et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un arrêt du 20 novembre 2014, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé l'arrêté du 26 septembre 2013 seulement en tant qu'il comportait l'obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 10 octobre 2014, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 5 mars 2015, le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence en qualité d'étranger malade et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 24 avril 2019, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 6 novembre 2019, puis par un arrêté du 23 avril 2021, finalement retiré le 6 septembre 2021, cette autorité a refusé de faire droit à des demandes de certificat de résidence formées par M. A en tant que ressortissant algérien résidant en France depuis au moins dix ans. Une nouvelle demande de titre de séjour a été présentée par M. A le 4 juillet 2022.

Sur l'exception de non lieu opposée par le préfet de la Dordogne :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " Aux termes de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".

3. En l'espèce, M. A a formé sa demande de certificat de résidence par une lettre en date du 1er juillet 2022, qui a été délivrée à la cité administrative de Périgueux le 4 juillet suivant. La réception à cette date de la demande de M. A par le préfet est confirmée par la circonstance que cette autorité a, par une lettre du 28 juin 2023, demandé à l'intéressé de produire des pièces complémentaires pour l'instruction de sa demande, dont ce même courrier indique qu'elle a été reçue en préfecture le 4 juillet 2022. Il suit de là que, par l'effet des dispositions rappelées ci-dessus, une décision implicite de rejet est née le 4 novembre 2022, c'est-à-dire à l'expiration du délai de quatre mois après le dépôt de la demande, fixé par l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans qu'y fasse aucunement obstacle la circonstance que le préfet a réclamé des pièces complémentaires à M. A, cette demande de pièces complémentaires, intervenue près de huit mois après l'expiration de ce délai, n'ayant pu avoir pour effet de l'interrompre ou de le proroger. Dans ces conditions, le préfet de la Dordogne ne peut utilement soutenir, pour conclure au non-lieu de la requête, que l'instruction de la demande de M. A est toujours en cours d'instruction. Par suite, le non-lieu à statuer que le préfet de la Dordogne doit être regardé comme opposant à la requête de M. A, doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. " Enfin, aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé. ".

5. Comme il a été dit plus haut, il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité son admission au séjour par une demande réceptionnée par la préfecture de la Dordogne le 4 juillet 2022.

6. Si le préfet de la Dordogne conteste avoir reçu la demande de communication des motifs que M. A lui a adressée par une lettre du 29 novembre 2022, en faisant valoir que le formulaire d'accusé-réception de cette lettre, présenté le lendemain par les service postaux, n'a pas été tamponné par les services de la préfecture, mais par ceux de la direction départementale des finances publiques (DDFIP), cette circonstance est indifférente dès lors que, dans le cas où la demande a été reçue par une autorité incompétente, celle-ci est réputée l'avoir transmise à l'autorité compétente en vertu de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'adminsitration. Tandis qu'il est ainsi démontré que le préfet de la Dordogne s'est effectivement vu remettre la demande de communication des motifs le 30 novembre 2022, il est constant que cette autorité n'y a pas répondu dans le délai d'un mois prévu par les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en s'abstenant de communiquer les motifs de sa décision, le préfet de la Dordogne a méconnu l'obligation de motivation qui s'impose à lui.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle le tribunal se prononce, le préfet de la Dordogne a délivré un titre de séjour à M. A. Par suite, il n'y a pas lieu de se prononcer sur les conclusions aux fins d'injonction à délivrer ce titre, désormais dépourvues d'objet.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de la Dordogne a implicitement rejeté la demande de titre de séjour formée par M. A le 4 juillet 2022 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Dordogne.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

Le rapporteur,

M. PINTURAULT

La présidente,

C. CABANNE La greffière,

S. FERMIN

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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