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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2302369

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302369

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2302369
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 5 et 16 mai 2023, M. B A, représenté par Me Benhamida, avocat, demande à la juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de trois jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition relative à l'urgence est présumée remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; en tout état de cause, cette condition est remplie compte tenu des répercussions négatives de l'arrêté attaqué ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de cet arrêté ;

- en premier lieu, il n'est pas établi que le signataire de l'acte en cause ait disposé d'une délégation pour ce faire ;

- en deuxième lieu, l'arrêté attaqué méconnait les dispositions des articles L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il procède au retrait de la décision de renouvellement de titre qui lui avait été accordée le 11 octobre 2022, au-delà du délai du quatre mois prévu par le texte et sans que soit établi que cette décision aurait été illégale ; si la décision du 11 octobre 2022 précise que tout nouvel échec dans la poursuite de ses études ou changement d'orientation entrainerait un refus de séjour, il poursuit ses études à l'INSEEC en Master 1 Marketing au titre de l'année 2022/2023 sans que puisse lui être reproché un nouvel échec ou même un changement d'orientation ; au surplus, cette décision de retrait est intervenue en l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- en troisième lieu, le préfet de la Gironde n'a pas procédé à un examen complet et sérieux de sa situation ;

- en dernier lieu, il a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et une erreur de fait au regard de l'absence relevée d'inscription universitaire pour l'année 2021/2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme C pour exercer les fonctions de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

' le rapport de Mme Molina-Andréo, juge des référés ;

' les observations de Me Méaude, substituant Me Benhamida, représentant M. A, qui maintient ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 27 août 1988, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le préfet de la Gironde a rejeté sa demande du 19 juillet 2022 tendant au renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Pour l'application des dispositions précitées du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

4. Aucun élément du dossier ne conduit à remettre en cause la situation d'urgence caractérisée par la circonstance que M. A était titulaire d'une carte de séjour temporaire dont le renouvellement lui a été refusé par l'arrêté attaqué. Ainsi, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.

En ce qui le doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 18 avril 2023 :

5. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 242-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : / () 1° Abroger une décision créatrice de droits dont le maintien est subordonné à une condition qui n'est plus remplie. ". Aux termes de l'article L. 241-2 du même code : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré. "

6. Par lettre du 11 octobre 2022, la préfète de la Gironde, statuant sur la demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant présenté par M. A le 19 juillet 2022, " a décidé ", " à titre exceptionnel, () de renouveler [son] titre de séjour pour l'année 2022/2023 ", tout en précisant que " tout nouvel échec ou changement d'orientation " conduirait au prononcé d'un refus de séjour assorti d'une mesure d'éloignement. Si le préfet de la Gironde fait état de ce que du 3 octobre 2022 au 9 mars 2023 le requérant ne s'est vu délivrer que des attestations de prolongation d'instruction, il ne ressort pas des termes employés par la lettre du 11 octobre 2022, que celle-ci, à raison d'une simple erreur de plume, ne constituerait pas un acte décisoire. Ainsi, en l'état de l'instruction, l'arrêté litigieux du 18 avril 2023 refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour mention " étudiant " doit être regardé comme abrogeant la décision notifiée par la lettre du 11 octobre 2022. Alors qu'il n'est pas contesté que M. A n'a pas, depuis cette décision du 11 octobre 2022, connu de nouvel échec dans la poursuite de ses études ni changé d'orientation, le préfet de la Gironde ne pouvait légalement abroger cette décision individuelle créatrice de droit après l'expiration du délai de quatre mois prévu par les dispositions précitées qu'en se fondant sur la fraude de l'intéressé. Or, il n'est pas établi, ni même allégué que M. A aurait été l'auteur d'une fraude. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de la Gironde du 18 avril 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

8. La suspension de l'exécution de l'arrêté du 18 avril 2023 implique que le préfet de la Gironde délivre à M. A, ainsi qu'il le demande, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, valable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de l'arrêté attaqué. Il y a lieu, dès lors, de lui enjoindre de procéder à cette délivrance dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 18 avril 2023 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 17 mai 2023.

La juge des référés,

B. C

La greffière,

C. GIOFFRÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 220544902369

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