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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2302519

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302519

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2302519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTREBESSES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2023, complétée de pièces les 25 et 26 mai 2023, M. A B, représentée par Me Trebesses, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 13 avril 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de soixante-douze heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie compte tenu de la privation de toutes ressources et du fait de son état de santé très problématique ;

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'acte ;

- le droit à l'information prévu par l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été respecté ;

- il n'a pas bénéficié d'une procédure contradictoire puisqu'il a été hospitalisé du 9 décembre 2022 au 20 février 2023, qu'il n'a pas reçu le courrier de l'OFII l'information de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil, et que sa situation particulière de vulnérabilité n'a pas été examinée ;

- dans ce contexte, le directeur général de l'OFII n'a pu sans commettre d'erreur d'appréciation considérer qu'il a été défaillant dans son obligation de présentation ;

- la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile ; elle est entachée d'une manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2023, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu la décision contestée et les autres pièces du dossier.

Vu la requête enregistrée sous le n° 2302517 par laquelle M. B demande au tribunal l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Pouget, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mai 2023 à 9h30 :

- le rapport de M. Pouget, juge des référés ;

- les observations de Me Trebesses, représentant M. B, qui reprend les conclusions, moyens et arguments figurant dans ses écritures.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité russe, a présenté une demande d'asile le 1er juin 2022 au guichet unique de la préfecture de la Gironde et a fait l'objet de l'engagement d'une procédure dite Dublin en vue d'un transfert vers la Finlande. Le même jour, après évaluation, il a accepté l'offre de prise en charge matérielle par les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il ne s'est toutefois pas présenté à deux convocations de la préfecture, puis n'a pas présenté d'observations à la suite d'un courrier de l'OFII du 23 mars 2023 l'informant de la prochaine cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 13 avril 2023, le directeur général de l'OFII a mis un terme au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. La décision de l'OFII prononçant la suspension des conditions matérielles d'accueil place l'intéressé dans une situation de grande précarité alors qu'il présente des troubles importants de santé. Eu égard à ces éléments, la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la légalité de la décision :

6. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, applicable au litige dès lors que la décision attaquée porte sur des conditions matérielles d'accueil accordées après le 1er janvier 2019 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / 2° au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé que () le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. ".

7. Par la décision attaquée du 13 avril 2023, le directeur général de l'OFII a mis un terme aux conditions matérielles d'accueil de M. B en raison de sa non présentation aux autorités chargées de l'asile et suite à la déclaration de fuite prononcée par la préfète de la Gironde le 23 mars 2023. Il ressort en effet des pièces du dossier, et en particulier du courrier de l'OFII adressé à l'intéressé le 23 mars 2023, l'informant de l'intention de l'Office de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil et lui demandant de produire des observations sous quinzaine, qu'alors qu'il était convoqué en préfecture le 12 décembre 2022 puis le 30 janvier 2023, il ne s'est pas rendu à ces convocations. Toutefois, le requérant justifie par un certificat médical du 25 mai 2023 avoir, ainsi qu'il l'expose, été hospitalisé en unité psychiatrique au centre hospitalier Charles Perrens de Bordeaux entre le 9 décembre 2022 et le 20 février 2023 pour un trouble sévère de l'humeur avec idées suicidaires, désorganisation et répercussions majeures sur le fonctionnement. Le certificat, circonstancié, note que plusieurs lignes de traitement ont été nécessaires, que l'intéressé reste très fragile et qu'il bénéficie actuellement d'un suivi régulier. Dans ces conditions, quand bien même M. B n'avait pas fait part de problèmes de santé lors des entretiens de vulnérabilité en juin 2022 et s'est présenté spontanément au pôle psychiatrique de l'hôpital Charles Perrens sur conseil de l'association Médecins du Monde, il doit être regardé comme justifiant d'un motif légitime de non-respect de ses obligations de présentation. Par suite, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont est entachée la décision attaquée dans la mesure où la préfète de la Gironde ne pouvait le regarder comme étant en fuite et où, en conséquence, le directeur général de l'OFII ne pouvait légalement mettre fin pour ce motif aux conditions matérielles d'accueil, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision. Il y a lieu, par suite, d'ordonner la suspension de son exécution jusqu'à ce que le juge du fond se prononce sur le recours de M. B tendant à son annulation.

8. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 13 avril 2023 par laquelle le directeur général de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. La suspension de l'exécution d'une décision administrative présente le caractère d'une mesure provisoire. Ainsi, elle n'emporte pas les mêmes conséquences qu'une annulation prononcée par le juge administratif, laquelle a une portée rétroactive. En particulier, elle ne prend effet qu'à la date à laquelle la décision juridictionnelle ordonnant la suspension est notifiée à l'auteur de la décision administrative contestée.

10. La mesure de suspension prononcée dans le cadre de la présente instance implique que l'OFII rétablisse provisoirement M. B au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile. Il y a lieu d'enjoindre au directeur général de l'OFII de procéder à ce rétablissement dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

11. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Trebesses de la somme de 800 euros, sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. B.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision du 13 avril 2023 du directeur général de l'OFII est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur les conclusions tendant à son annulation par une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'OFII de rétablir provisoirement M. B au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile, sous huit jours à compter de la date de notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'OFII versera à Me Trebesses, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à la condition que M. B ait été définitivement admis à l'aide juridictionnelle, faute de quoi la somme sera versée à ce dernier.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Trebesses et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Bordeaux le 30 mai 2023.

Le juge des référés, La greffière,

L. POUGET C. GIOFFRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N o 2302519

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