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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2302537

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302537

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2302537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBALDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mai et 7 juin 2023, Mme C D, représentée par Me Baldé, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de renouveler de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de réexaminer sa situation au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de la somme de 80 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet était tenu de procéder au renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale " dès lors que la rupture de la communauté de vie du couple est due aux violences conjugales dont elle a été victime ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa demande de titre de séjour mention " salarié " est en cours d'instruction et qu'elle présente toutes les conditions permettant son obtention ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25% par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 3 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La première conseillère faisant fonction de présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Ballanger a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante brésilienne, née le 11 avril 1985, est entrée en France le 17 janvier 2020, munie d'un visa valant titre de séjour mention " vie privée et familiale ", valable jusqu'au 31 décembre 2020 et renouvelé jusqu'au 28 février 2023. Mme D a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 9 janvier 2023 et, en cours d'instruction de sa demande, a saisi la préfecture de la Gironde le 24 février suivant d'une nouvelle demande de titre de séjour mention " salarié ". Par un arrêté du 5 avril 2023, dont Mme D demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 31 mars 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Gironde et librement accessible, le préfet de la Gironde a donné délégation à M. A B, directeur des migrations et de l'intégration et signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, dans le cadre de ses attributions et compétences, toutes décisions et correspondances pris en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII de la partie législative et de la partie réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles figure les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ;/ 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". Aux termes de l'article L. 423-5 de ce code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales. En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies. ". Par ces dispositions, le législateur a entendu créer un droit particulier au séjour au profit des personnes victimes de violences conjugales ayant conduit à la rupture de la vie commune avec leur conjoint de nationalité française.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est mariée le 5 octobre 2019 en France avec un ressortissant français. Un premier titre de séjour " vie privée et familiale " lui a été délivré le 31 décembre 2019 en sa qualité de conjoint de ressortissant français, dont elle a sollicité le renouvellement pour la dernière fois le 9 janvier 2023. Le 23 novembre 2021, Mme D a déposé plainte contre son époux auprès du commissariat de Bordeaux pour violences conjugales. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette plainte a été classée sans suite le 28 novembre 2022 par le tribunal judiciaire de Bordeaux, que la requérante n'a pas bénéficié d'une ordonnance de protection en vertu des dispositions de l'article 515-9 du code civil et que la procédure de divorce a été initiée par son époux le 15 décembre 2021. Dès lors, les éléments produits par l'intéressée ne suffisent pas à établir qu'elle aurait été victime des violences conjugales alléguées, ni que celles-ci auraient entraîné la rupture de la communauté de vie du couple. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Gironde aurait méconnu les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-5 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".

7. Le seul dépôt d'une nouvelle demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative fasse obligation de quitter le territoire français à un étranger qui se trouve par ailleurs dans le cas mentionné au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a signé un contrat à durée indéterminée le 30 mai 2022 et qu'une autorisation de travail lui a été délivrée le 1er mars 2023. Dans ces conditions, Mme D est fondée à soutenir qu'elle remplissait toutes les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour salarié sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet de la Gironde a commis une erreur de droit en prenant à son encontre la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 5 avril 2023 du préfet de la Gironde portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par voie de conséquence, il y a lieu d'annuler la décision fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. En l'espèce, eu égard à l'annulation des seules décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Gironde réexamine la situation de Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25%. En application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 300 euros à Me Baldé, avocat de la requérante, sous réserve que Me Baldé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. En outre, dès lors que l'admission à l'aide juridictionnelle partielle a laissé à la charge de Mme D une partie des frais exposés pour l'instance et non compris dans les dépens, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 900 euros à Mme D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Gironde du 5 avril 2023 est annulé en ce qu'il oblige Mme D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de renvoi.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la situation de Mme D dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : L'Etat versera à Me Baldé une somme de 300 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : L'Etat versera à Mme D une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Baldé et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La rapporteure,

M. BALLANGER

La première conseillère

faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDREO

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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