jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2302824 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JU-6 semaines |
| Avocat requérant | DIOMPY |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 30 mai 2023, la présidente du tribunal administratif de Pau a transmis au tribunal administratif de Bordeaux, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. C B.
Par une requête enregistrée le 4 avril 2023 et des pièces enregistrées le 27 juin 2023, M. C B, représenté par Me Hervé Diompy, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 par lequel la préfète des Landes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation, et lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- la préfète des Landes s'est considérée liée par les décisions de l'OFPRA et de la CNDA sans apprécier sa situation personnelle, laquelle relève des dispositions de l'article 1-A-2 de la convention de Genève et de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, elle justifie le bénéfice de la protection subsidiaire prévue par l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfète des Landes a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2023, la préfète des Landes conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête de M. B.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que les pièces jointes à la requête de M. B ne sont pas présentées dans des fichiers distincts sur l'application Télérecours, en méconnaissance de l'article R. 414-5 du code de justice administrative ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire par une décision du 2 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Aurélie Chauvin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les observations de Me Diompy, représentant M. B qui reprend et précise les termes de ses écritures,
- la préfète des Landes n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B né le 22 septembre 1984, de nationalité burundaise, est entré sur le territoire français le 29 novembre 2021 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile le 5 janvier 2022. Par une décision du 25 mai 2022, l'office français de protection de réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 15 novembre 2022. Par un arrêté du 22 février 2023, la préfète des Landes a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et une décision fixant le pays de renvoi. Eu égard aux moyens qu'il soulève, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français et, en tant qu'il fixe le pays de renvoi.
2. En premier lieu, par un arrêté du 2 mars 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Landes, la préfète de ce département a donné délégation à M. Daniel Fermon, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans ce département, à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 22 février 2023 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment les articles L. 424-1 et L. 424-9, le 4° de l'article L. 611-1, l'article L. 542-4 et les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La préfète des Landes énonce également les éléments de fait caractérisant la situation de M. B. Elle précise notamment sa nationalité, sa date d'entrée en France et les conditions d'enregistrement et d'examen de sa demande d'asile, qui a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA, et que, par conséquent, il n'est pas fondé à obtenir un titre de séjour en qualité de réfugié, ni la protection subsidiaire et il ne bénéficie plus du droit de se maintenir en France. Elle indique en outre que sa décision ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et que l'intéressé n'établit pas être personnellement exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans les pays qui lui ont délivré un titre de voyage en cours de validité ou de tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Les décisions en litige comportent ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de cette motivation, que la préfète des Landes a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.
5. En quatrième lieu, aux termes du 2° du paragraphe A de l'article 1er de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, dans sa rédaction résultant du protocole de New-York du 31 janvier 1967, la qualité de réfugié est reconnue à : " toute personne qui (), craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité de réfugié est reconnue : () 3° A toute personne qui répond aux définitions de l'article 1er de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés () ". Aux termes de l'article L. 512-1 du même code : " Le bénéfice de la protection subsidiaire est accordé à toute personne qui ne remplit pas les conditions pour se voir reconnaître la qualité de réfugié mais pour laquelle il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'elle courrait dans son pays un risque réel de subir l'une des atteintes graves suivantes : 1° La peine de mort ou une exécution ; 2° La torture ou des peines ou traitements inhumains ou dégradants () ". Aux termes de l'article L. 513-1 du même code : " La qualité de réfugié est reconnue et le bénéfice de la protection subsidiaire est accordé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides () ".
6. Comme exposé au point 3, si la préfète des Landes, à qui il n'appartient pas de reconnaitre la qualité de réfugié d'un ressortissant étranger, dont la reconnaissance relève de la compétence de l'office français de protection des réfugiés et apatrides valablement saisi, ni d'accorder le bénéfice de la protection subsidiaire, a mentionné, dans l'arrêté attaqué les décisions de refus prises successivement sur la demande d'asile de M. B par l'OFPRA et par la CNDA, dont elle a en partie reproduit les termes, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'elle se serait cru en situation de compétence liée pour prendre les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi que la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doivent être écartés.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B est arrivé en France au cours du mois de novembre 2021, à l'âge de trente-sept ans et ne résidait donc sur le territoire que depuis un an et deux mois à la date de l'arrêté attaqué. S'il fait valoir qu'il est hébergé chez sa sœur, Mme D, dont le lien de fraternité n'est pas contesté par la préfète des Landes, il est constant qu'il est célibataire, sans charge de famille sur le territoire français et a vécu la majeure partie de sa vie au Burundi, dont plusieurs années, séparé de sa sœur qui a obtenu le statut de réfugiée en France en 2014. Il n'établit pas par ailleurs, ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside notamment sa fille, née en mars 2020 et où sa deuxième sœur, qui fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prononcée par la préfète des Landes le 17 avril 2023, pourrait le rejoindre. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Il suit de là que le moyen tiré de ce que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En sixième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment, et en dépit de ses efforts d'insertion professionnelle en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète des Landes aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
10. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " nul ne peut être soumis à des traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
11. D'une part, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de retour dans son pays d'origine est sans influence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour objet ni pour effet de contraindre M. B à retourner au Burundi.
12. D'autre part, M. B soutient qu'il craint des persécutions en cas de retour au Burundi en raison de ses origines ethniques tutsies, de la spoliation des biens appartenant à sa famille et des opinions politiques qui lui sont imputées. Il se prévaut notamment de la qualité de réfugié reconnue à sa sœur ainée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. B a été rejetée par une décision du 25 mai 2022 de l'OFPRA, confirmée par une décision du 15 novembre 2022 de la CNDA. Par cette décision, la CNDA a notamment estimé que les déclarations succinctes ou sommaires, très peu circonstanciées et personnalisées, voire schématiques et convenues de M. B tout au long de la procédure n'avaient pas permis d'établir ses craintes en cas de retour au Burundi. Elle a estimé également que M. B n'avait livré aucun éclaircissement étayé sur l'actualité de ses craintes en cas de retour au Burundi, pays que sa sœur ainée qui avait entamé des démarches pour revendiquer la propriété de leurs biens, a quitté il y a presque dix années. Or, M. B ne produit aucun élément nouveau démontrant la réalité et l'actualité des risques de traitements inhumains et dégradants auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays et des menaces dont il aurait personnellement fait l'objet. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par la préfète des Landes, que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 février 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Diompy et à la préfète des Landes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.
La magistrate désignée,
A. A
La greffière,
S. Castain
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026