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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2303134

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303134

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2303134
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDUFRAISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2023, et un mémoire et des pièces complémentaires, ces dernières n'ayant pas été communiquées, enregistrés les 13 octobre et 3 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Bâ commise d'office, demande dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne a fixé le pays de destination, en exécution de la mesure d'interdiction définitive du territoire français dont il fait l'objet ;

3°) d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne de réexaminer la situation du requérant dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à venir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale dès lors qu'il n'a pas pu présenter d'observations avant la décision de retrait de la protection subsidiaire dont il bénéficiait et que cette décision ne lui a pas été régulièrement notifiée ; de même, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, en opérant le retrait de la protection subsidiaire, a méconnu les dispositions des articles 19 et 24 de la directive européenne 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est inséré dans la société française, qu'il ne dispose plus d'attaches familiales dans son pays d'origine et que sa vie est en danger en cas de retour en Afghanistan ;

- cette décision méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles 4 et 19 de la charte des droits fondamentaux et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2023, complété par des pièces enregistrées le 31 juillet 2023, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive européenne 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cabanne, présidente,

- et les observations de Me Bâ, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan, a été condamné à une peine de 24 mois d'emprisonnement, assortie d'une mesure d'interdiction définitive du territoire français, par jugement du tribunal judiciaire d'Agen du 13 avril 2023. Par un arrêté du 8 juin 2023, le préfet de Lot-et-Garonne a fixé le pays de destination de la mesure d'interdiction judiciaire du territoire français. M. A en sollicite l'annulation.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution, y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : / () 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté () ". Aux termes de son article 20 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 39 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " () l'avocat commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat dans le cadre d'une procédure mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d'aide ".

3. Il résulte des dispositions précitées que la rétribution d'un avocat désigné d'office pour représenter devant le tribunal administratif un étranger faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté dans une instance concernant l'éloignement n'est pas subordonnée au dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle. M. A, actuellement incarcéré, est représenté à la présente instance, relative à la fixation du pays de renvoi, en exécution d'une mesure d'interdiction définitive du territoire par Me Bâ, avocat commis d'office. Par suite, les conclusions du requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire doivent être rejetées.

Sur les conclusions en annulation :

4. Dans la décision en litige fixant comme pays de renvoi l'Afghanistan, le préfet de Lot-et-Garonne, après avoir constaté que M. A ne bénéficie plus de la protection subsidiaire et qu'il a fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire français, a indiqué que l'intéressé " n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ". Or, il ressort des pièces du dossier que dans le cadre de la procédure contradictoire menée avant le prononcé de la décision fixant le pays de renvoi, le requérant a indiqué qu'il ne voulait pas retourner en Afghanistan, pays qu'il avait quitté à cause des talibans. Il ajoutait qu'il serait en danger de mort s'il retournait dans ce pays. Ainsi, quand bien même elles sont visées, la motivation de la décision attaquée révèle que le préfet de Lot-et-Garonne n'a pas examiné les observations présentées par l'intéressé faisant état d'un risque en cas de retour dans son pays d'origine. Alors qu'il bénéficiait initialement de la protection subsidiaire, cette décision ne comporte pas davantage d'examen propre quant aux effets de la décision de renvoi au regard des critères fixés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le préfet de Lot-et-Garonne a ainsi entaché sa décision d'un défaut d'examen réel de la situation personnelle de M. A. Ce moyen doit donc être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, et après examen de l'ensemble des moyens de la requête, le présent jugement implique seulement que le préfet procède à un nouvel examen de la situation administrative du requérant dans un délai de 15 jours à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

7.. Me Bâ, avocate désignée d'office pour représenter M. A, peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bâ renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bâ de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 juin 2023 du préfet de Lot-et-Garonne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Lot-et-Garonne de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de M. A dans un délai de 15 jours.

Article 3 : L'État versera à Me Bâ la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Lot-et-Garonne et à Me Bâ.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Naud, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

C. CABANNE L'assesseur le plus ancien,

M. NAUD

La greffière,

M-A PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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