jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2303338 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | JOURDAIN DE MUIZON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 juin 2023 à 9h et 27 juin 2023 à 19h20, M. C A B, représenté par Me A B, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa situation et de le munir en l'attente d'un récépissé l'autorisant à travailler ; de procéder sans délai à l'effacement du signalement aux fins de non-admission le concernant dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- le préfet n'a pas respecté son droit à être entendu préalablement à l'édiction de la décision en litige ;
- la décision n'est pas suffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- la consultation de fichiers comportant ses données personnelles - le fichier de traitement des antécédents judiciaires - est dépourvue de base légale, sa situation n'étant pas prévue par le V de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure ; cette consultation méconnaît le droit à l'information prévu par l'article R. 114-6 du code de la sécurité intérieure ; l'agent ayant recueilli les informations n'était pas compétent pour ce faire, en méconnaissance du 5° du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne s'est pas vu refuser la délivrance d'un titre de séjour ;
- sa présence ne constitue pas une menace réelle et actuelle pour l'ordre public au sens du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors qu'il dispose d'une résidence principale, travaille et que son frère réside régulièrement en France ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale pour les mêmes motifs ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- la décision est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée pour lui refuser un délai de départ volontaire ;
- aucun des motifs prévus par l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est visé ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'aucune urgence ne la justifiait.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision n'est pas suffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- sa durée est excessive compte-tenu de ses attaches privées en France et de l'ancienneté de sa présence en France ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
Par des mémoires en défense enregistrés les 26 juin 2023 à 17h et 28 juin à 13h17, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de sécurité intérieure ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bongrain pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 28 juin 2023 qui s'est finalement tenue à 14h25 afin de permettre à Me Jourdain de Muizon de prendre connaissance du mémoire en défense produit par le préfet de Lot-et-Garonne et de présenter d'éventuelles observations :
- le rapport de M. Bongrain, magistrat désigné ;
- les observation de Me Jourdain de Muizon, représentant M. A B qui renonce à sa demande tendant à l'admission, à titre provisoire, de son client au bénéfice de l'aide juridictionnelle dès lors qu'elle est commise d'office, reprend les mêmes moyens, et ajoute que M. A B entretient une relation sentimentale depuis un an avec ressortissante française enceinte depuis un mois ;
- les observations de M. A B, assisté de M. D, interprète en langue arabe ;
- le préfet de Lot-et-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A B, ressortissant algérien né le 28 avril 1992, est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 14 octobre 2019. L'intéressé a déjà fait l'objet de mesures d'éloignement les 14 août 2019 et 18 avril 2021 et a été condamné le 19 avril 2021 pour usage illicite de stupéfiants, refus d'obtempérer, conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance et maintien irrégulier sur le territoire français ainsi que le 18 mai 2022 à trois mois d'emprisonnement pour refus de se soumettre aux modalités de transport ou obligations sanitaires nécessaires à l'exécution d'office d'une mesure d'éloignement. M. A B a été placé en détention à la maison d'arrêt d'Agen le 25 mai 2023 et est libérable le 14 juillet 2023. Par un arrêté du 19 juin 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de Lot-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
3. En l'espèce, l'arrêté en litige, qui vise notamment les dispositions des 1°, 3° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose que M. A B est entré irrégulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu irrégulièrement, ne remplit aucune condition pour y résider et représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. Ce faisant, le préfet de Lot-et-Garonne a suffisamment motivé sa décision. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.
5. Toutefois, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour, implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les mesures envisagées avant qu'elles n'interviennent. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Une atteinte à ce droit garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. M. A B qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement contestée et les décisions subséquentes. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A B a été entendu, au cours de son audition du 24 mai 2023, s'agissant de sa situation administrative, des motifs de son séjour en France et de la perspective de son retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes du V de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure : " Il peut être procédé à des enquêtes administratives dans les conditions prévues au second alinéa du I du présent article pour la délivrance, le renouvellement ou le retrait d'un titre ou d'une autorisation de séjour sur le fondement de l'article L. 234-1, L. 235-1, L. 425-4, L. 425-10, L. 432-1 ou L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou des stipulations équivalentes des conventions internationales ainsi que pour l'application des articles L. 434-6, L. 511-7, L. 512-2 et L. 512-3 du même code ". Aux termes de l'article R. 114-6 de ce même code : " Les personnes qui font l'objet d'une enquête administrative en application de l'article L. 114-1 sont informées de ce que cette enquête donne lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles () à l'exception des fichiers d'identification. / Lorsque l'enquête administrative qui donne lieu à la consultation fait suite à une demande de décision de l'intéressé, celui-ci en est informé dans l'accusé de réception de sa demande prévue aux articles L. 112-3 et L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration () ". Aux termes du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " Dans le cadre des enquêtes prévues () aux articles L. 114-1 () du code de la sécurité intérieure () les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents () ".
8. Si l'arrêté en litige vise la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires, celui-ci ne mentionne aucun signalement à ce titre dans ses motifs. Pour édicter la mesure en litige, sur la base du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Lot-et-Garonne ne s'est donc appuyé que sur les seules les condamnations figurant au bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé, et rappelées au point 1. Dans ces conditions, le vice de procédure allégué, à le supposer avéré, n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision et n'a pas davantage privé l'intéressé d'une garantie. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
10. Pour obliger M. A B à quitter le territoire français, le préfet de Lot-et-Garonne s'est fondé sur les 1°, 3° et 5° des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. Le requérant conteste uniquement les motifs tirés des 3° et 5° de ce même article.
11. S'agissant du comportement de M. A B, il résulte de ce qui a été dit au point n°1 que l'intéressé a été condamné le 19 avril 2021 pour usage illicite de stupéfiants, refus d'obtempérer, conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance et maintien irrégulier sur le territoire français ainsi que le 18 mai 2022 à trois mois d'emprisonnement pour refus de se soumettre aux modalités de transport ou obligations sanitaires nécessaires à l'exécution d'office d'une mesure d'éloignement. En outre, M. A B a été de nouveau interpellé le 21 mai 2023 pour conduite d'un véhicule sans permis, sans assurance et sous l'empire d'un état alcoolique. Au cours de son audition du 24 mai 2023, l'intéressé a reconnu ces faits. Dans ces conditions, en estimant que le comportement du requérant constituait une menace pour l'ordre public, le préfet de Lot-et-Garonne n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
12. S'agissant du motif tiré du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé se serait vu opposé un refus ou un retrait de titre de séjour. Dès lors, le préfet de Lot-et-Garonne ne pouvait se fonder sur ces dispositions pour obliger M. A B à quitter le territoire français. Il résulte toutefois de l'instruction que le préfet de Lot-et-Garonne aurait pris la même décision en se fondant seulement sur les motifs tirés des 1° et 5° de l'article L. 61161 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou même sur l'un seul d'entre eux.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. M. A B déclare pour la première fois au cours de l'audience publique du 28 juin 2023 entretenir une relation depuis un an avec une ressortissante française, qui serait enceinte depuis un mois. L'intéressé n'en a toutefois jamais fait état, y compris au cours de son entretien avec une conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation le 14 juin 2023 au cours duquel il a déclaré être célibataire et sans enfant. En l'absence de tout élément justificatif sur cette relation, compte-tenu de l'existence de précédentes mesures d'éloignement et de condamnations pénales rappelées au point 1, le préfet de Lot-et-Garonne n'a pas porté une atteinte excessive à la vie privée et familiale de l'intéressé en l'obligeant à quitter le territoire français.
15. En sixième lieu, les circonstances que M. A B disposerait d'une résidence principale et travaillerait irrégulièrement sont sans incidence sur la légalité de la décision en litige, dès lors qu'une éventuelle admission exceptionnelle au séjour ne saurait constituer une hypothèse d'attribution de plein droit d'un titre de séjour. Pour les mêmes motifs qu'énoncés au point précédent, le préfet de Lot-et-Garonne n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A B.
16. En dernier lieu, si M. A B soutient que la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celui-ci ne précise en rien quelles sont les " menaces importantes " qui pèseraient sur lui. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 16 que l'obligation de quitter le territoire français dont a fait l'objet M. A B n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire serait dépourvu de base légale en raison de l'illégalité de cette obligation, ne peut qu'être écarté.
18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
19. En l'espèce, l'arrêté en litige, qui vise les dispositions de l'article L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose qu'il existe un risque que M. A B se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Il est notamment précisé que l'intéressé ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Ce faisant, le préfet de Lot-et-Garonne, a suffisamment motivé sa décision.
20. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
21. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public. En outre, l'intéressé a déjà fait l'objet de mesures d'éloignement rappelées au point n°1 et ne conteste pas le motif tiré de ce qu'il ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des termes de la décision que le préfet de Lot-et-Garonne se serait estimé, à tort, en situation de compétence liée. Enfin, la circonstance " qu'aucune urgence ne justifiait cette décision " étant sans incidence sur la légalité, c'est à bon droit que le préfet de Lot-et-Garonne a refusé d'octroyer à M. A B un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
22. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 16 que l'obligation de quitter le territoire français dont a fait l'objet M. A B n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays à destination duquel il pourrait être éloignée en cas d'exécution d'office de la mesure d'obligation de quitter le territoire français prise à son égard serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de cette même obligation, ne peut qu'être écarté.
23. Pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 16, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
24. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 21 que l'obligation de quitter le territoire français dont a fait l'objet M. A B et la décision portant refus de délai de départ volontaire ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de ces décisions, ne peut qu'être écarté.
25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
26. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
27. La décision en litige, qui vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose que l'intéressé a déjà fait l'objet de mesures d'éloignement, a été condamné à deux reprises, est entré en France il y a quatre ans et sept mois et est célibataire et sans enfant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation, tout comme le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant, doivent être écartés.
28. Il résulte de ce qui a été dit aux points 11 et 14, qu'en interdisant M. A B de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, qui n'est pas la durée maximale, le préfet de Lot-et-Garonne n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
29. Pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 14, le préfet de Lot-et-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. A B.
30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 juin 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
31. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
32. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A B demande au titre des dispositions précitées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Jourdain de Muizon et au préfet de Lot-et-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
Le magistrat désigné,
A. BONGRAIN La greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à
tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026