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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2303427

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303427

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2303427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantCHADOURNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 26 juin 2023, le 27 juin 2023 et le 29 juin 2023, M. A B, représenté par Me Chadourne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2023 par lequel le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre l'effacement du signalement le concernant dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Frézet pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 29 juin 2023 à 14h00 :

- le rapport de M. Frézet, magistrat désigné ;

- les observations de Me Chadourne, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- le préfet de la Gironde n'était ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien, est entré en France en 2022, selon ses déclarations. Par un arrêté du 24 juin 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office de cette mesure, l'a interdit de retour pour une durée d'un an. Par une ordonnance du 28 juin 2023, le juge des libertés et de la détention, près le tribunal judiciaire de Bordeaux, a autorisé la prolongation de la rétention de M. B pour une durée de 48 heures.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ; () ". En vertu de l'article L. 811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil prévoit que : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".

5. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

6. M. B soutient qu'il est né le 12 octobre 2007 à Abobo, en Côte d'Ivoire, et qu'il était donc mineur à la date d'adoption de l'arrêté en litige. Lors de son audition au commissariat de police de Tulles le 24 juin 2023, dans lequel il s'est rendu spontanément, M. B affirme également être né le 12 octobre 2007 et donc être mineur. Il produit un extrait d'acte de naissance, établi le 30 juin 2022 par l'officier d'état-civil de la commune d'Abobo, dont les mentions corroborent ses affirmations. S'il ressort des pièces du dossier que la consultation du système Visabio a révélé que M. B s'est vu délivrer, le 18 avril 2022, un visa de court séjour sur présentation d'un passeport indiquant qu'il serait né le 12 mars 1999, cette circonstance n'est pas, compte tenu de la production de l'extrait d'acte de naissance précité, dont l'authenticité n'est pas remise en cause, de nature à établir la majorité de M. B, qui explique s'être procuré de faux papiers dans le cadre de sa demande de visa. Le requérant est ainsi fondé à soutenir que la mesure d'éloignement en litige méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de la Corrèze du 24 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, les décisions prises le même jour lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et l'interdisant de retour sur le territoire français durant un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

9. Conformément à ces dispositions combinées à celles de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, le jugement implique que le préfet de la Corrèze procède au réexamen de la situation administrative de M. B dans un délai d'un moins à compter de la notification du jugement.

10. Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ". Il résulte de ces dispositions que l'annulation de la décision qui interdit le retour du requérant sur le territoire français pendant un an implique nécessairement l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Corrèze de procéder à cet effacement dans un délai d'un mois.

Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 qu'il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Chadourne, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chadourne de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 24 juin 2023 par lequel le préfet de la Corrèze a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Corrèze de réexaminer la situation de M. B et de supprimer son signalement dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Chadourne, sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Chadourne et au préfet de la Corrèze.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le magistrat désigné,

C. FREZET La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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