mercredi 14 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2303536 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | JOUTEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Jouteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Gironde a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour au titre du maintien de ses liens personnels et familiaux ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour comportant une autorisation de travail, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée n'est pas motivée en absence de réponse donnée à la demande de communication de ses motifs ;
- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Gironde, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Pinturault a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 13 février 2004, est entrée sur le territoire national le 29 juin 2018, sous couvert d'un visa de court séjour valable pour les Etats " Schengen " du 15 juin 2018 au 15 juillet 2018. En mai 2022, elle a formé une demande de titre de séjour au titre du maintien de ses liens privés et familiaux. En l'absence de réponse de l'administration est née une décision implicite de rejet de cette demande, dont Mme B demande l'annulation.
Sur les conclusions en annulation :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est arrivée en France à l'âge de 14 ans, et qu'elle y a été soignée en rapport avec une lourde affection qui la handicape. Elle a depuis lors été prise en charge par sa grand-mère, à qui l'autorité judiciaire algérienne a attribué, par une ordonnance du 4 septembre 2019, son recueil légal comme enfant mineure, dit " kafala ". Mme B a depuis lors été scolarisée au collège Jacques Ellul puis au lycée Montaigne à Bordeaux, où elle a suivi une scolarité exemplaire, dans laquelle elle s'est distinguée, d'une part, par l'excellence de ses résultats en mathématiques et, d'autre part, par sa capacité à progresser de manière patente dans les disciplines où son niveau était à l'origine plus fragile. Grâce à ses efforts scolaires, elle a obtenu, en juillet 2022, le diplôme du baccalauréat de l'enseignement général, avec mention " assez bien ". Il ressort des diverses attestations produites à la fois par ses professeurs et par des bénévoles qui l'ont suivie dans le cadre d'une activité associative, qu'elle s'est remarquablement investie dans son parcours scolaire et qu'elle a fait preuve d'une pleine aptitude à s'intégrer, ce malgré ses importantes difficultés de santé. Il en ressort aussi que, depuis son arrivée en France, elle a entretenu une relation de nature filiale avec sa grand-mère, âgée, qui l'a prise en charge quand elle était encore adolescente, chez qui elle habite toujours et dont il n'est pas contesté que, comme elle l'expose, elle s'occupe au quotidien. Dans ces conditions, Mme B justifie avoir établi en France, où elle démontre sa capacité à s'intégrer, le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'autorité administrative a porté à la protection due à sa vie privée et familiale, telle qu'instituée par les dispositions du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la décision implicite est réputée avoir été prise. Il suit de là que cette décision doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
4. Compte tenu des motifs qui justifient l'annulation de la décision contestée, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit fait injonction au préfet de la Gironde de délivrer à Mme B un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", sous réserve d'une évolution des circonstances de fait et de droit depuis la décision contestée et susceptible de faire obstacle à la délivrance de ce titre. Un délai d'un mois sera imparti au préfet de la Gironde pour procéder à cette délivrance. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jouteau, avocate de la requérante, d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet de la Gironde a implicitement refusé de livrer un titre de séjour à Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme B un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous réserve qu'aucune évolution des circonstances de fait et de droit n'y fasse obstacle.
Article 3 : L'Etat versera à Me Jouteau une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Gironde et à Me Jouteau.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
M. Frezet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2024.
Le rapporteur,
M. PINTURAULT
La présidente,
C. CABANNELa greffière
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026