mercredi 20 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2303630 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU-6 semaines |
| Avocat requérant | TREBESSES |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête enregistrée le 7 juillet 2023, sous le n° 2303630, M. B F, représenté par Me Trebesses, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de l'enjoindre à procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et de lui délivrer un récépissé portant autorisation de travail dans cette attente ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation régulièrement publiée ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier, sérieux et approfondi de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas en situation irrégulière et bénéficie d'un statut de protection en Grèce ;
- il est illégal en ce qu'il méconnaît son droit à être entendue ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3-1 et 16 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire est entachée d'une erreur d'appréciation sur le principe et la durée dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédent mesure d'éloignement ni ne constitue une menace pour l'ordre public ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
II/ Par une requête enregistrée le 7 juillet 2023, sous le n° 2303639, Mme I G J, représentée par Me Trebesses, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée à défaut de se conformer à cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de l'enjoindre à procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et de lui délivrer un récépissé portant autorisation de travail dans cette attente ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation régulièrement publiée ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier, sérieux et approfondi de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'est pas en situation irrégulière et bénéficie d'un statut de protection en Grèce ;
- il est illégal en ce qu'il méconnaît son droit à être entendue ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3-1 et 16 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire est entachée d'une erreur d'appréciation sur le principe et la durée dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédent mesure d'éloignement ni ne constitue une menace pour l'ordre public ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Philippe Delvolvé pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. H a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B F et Mme I G J, ressortissants congolais nés respectivement le 20 octobre 1988 et le 11 avril 1997, sont entrés en France le 26 juin 2021. Les requérants ont sollicité le bénéfice de l'asile le 8 juillet 2021. Par deux décisions du 11 avril 2022, notifiées le 14 avril 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), statuant en procédure accélérée, a rejeté leurs demandes. Leurs recours contre ces décisions ont été rejetés par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) des 7 décembre 2022 et 2 mai 2023. Par deux arrêtés du 26 juin 2023, dont ils demandent l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de les admettre au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils seront éloignés à défaut de se conformer à cette mesure et les a interdits de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2303630 et n° 2303639, présentées respectivement pour M. B F et Mme I G J, concernent la situation d'un couple et présentent à juger des questions semblables. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que Mme C E, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique à la préfecture de la Gironde, et signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, par arrêté du préfet de la Gironde du 31 mars 2023, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2023-060 de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer " toutes décisions () relevant de l'autorité préfectorale pris[es] en application des livres IV, V, VI et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figurent l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".
5. Les arrêtés attaqués, qui n'avaient pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs aux situations de M. F et Mme G J, mentionne tant les motifs de droit, que les éléments de fait caractérisant leurs conditions de séjour ainsi que leurs situations personnelle et familiale, sur lesquels le préfet de la Gironde s'est fondé. En particulier, il ressort des termes des arrêtés du 26 juin 2023 que ceux-ci vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Ils indiquent que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'OFPRA et la CNDA et qu'ils ne bénéficient plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Ils examinent ensuite les principaux éléments objectifs et concrets caractérisant la vie privée et familiale des intéressés. Pour prononcer une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le préfet de la Gironde a spécifiquement pris en considération les circonstances que les requérants ne se trouvaient dans aucun des cas mentionnés à l'article L. 611-3 du code dans lesquels ils ne pourraient faire l'objet d'une telle mesure et qu'ils n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ressort de l'examen des arrêtés attaqués, que pour interdire à M. F et Mme G J de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet de la Gironde a visé les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est fondé sur les motifs que leur présence en France n'est justifiée que par les délais d'instruction de leurs demandes d'asile et qu'ils ne justifient pas de la nature et de l'ancienneté de leurs liens avec la France. Le préfet de la Gironde pouvait en outre se borner à indiquer, sans faire expressément mention des éléments relatifs aux craintes des requérants d'être exposés à des persécutions en cas de retour en Grèce et en République Démocratique du Congo, que ceux-ci n'établissent pas être exposés à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans le pays dont ils ont la nationalité, pour motiver la décision fixant le pays de destination. Enfin, l'absence de la mention que les requérants bénéficient de la qualité de réfugiés en Grèce est sans incidence sur le sens des décisions prises par le préfet de la Gironde. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent au regard des critères prévus par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont serait entachée l'arrêté contesté ne peut qu'être écarté. Il en est de même du moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier, sérieux et approfondi des situations personnelles des requérants.
6. En troisième lieu, les requérants soutiennent que les attaqués sont entachés d'une erreur de fait dès lors qu'ils ne sont pas en situation irrégulière et bénéficient d'un statut de protection en Grèce. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que s'il n'est pas contesté que M. F et Mme G J ont obtenu la reconnaissance de la qualité de réfugiés par les autorités grecques à partir du 9 mars 2021, cette circonstance est sans incidence sur la légalité des arrêtés attaqués dès lors que celle-ci ne saurait avoir d'influence sur la légalité de leur présence en France, qui n'est justifiée que par les délais d'instruction de leur demandes d'asile. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur fait commise par le préfet de la Gironde ne peut, dès lors, qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes de l'article 51 de cette charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. En conséquence, ils respectent les droits, observent les principes et en promeuvent l'application, conformément à leurs compétences respectives. / () ".
8. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que si les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'adressent pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est ainsi inopérant, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Une atteinte au droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
9. Si les requérants soutiennent que leur droit d'être entendu a été méconnu dès lors qu'ils n'auraient pas été en mesure de présenter leurs observations, en violation des dispositions de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ceux-ci, ne démontrent pas qu'ils disposaient d'informations pertinentes à cet égard qu'ils auraient été empêchés de porter à la connaissance de l'administration et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. En outre, les requérants qui ne font pas l'objet d'une procédure de remise aux autorités grecques ou de transfert vers la Grèce, mais d'une demande d'asile qui a été soumise à une procédure devant l'OFPRA et la CNDA, ne sauraient se prévaloir des dispositions de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes des dispositions l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
11. M. F et Mme G J, dont les demandes d'asile ont été rejetées par l'OFPRA puis par la CNDA, font état de craintes d'être exposés à des persécutions en cas de retour en Grèce et en République Démocratique du Congo. Toutefois, si le caractère ineffectif de la protection dont ils bénéficient en Grèce n'est pas contesté, et qu'il est constant que la région du Kaisï, dont sont originaires les intéressés, est caractérisée par une violence aveugle, l'intensité de celle-ci n'atteint toutefois pas le niveau tel que tout serait exposé, du seul fait de sa présence dans cette province, à une menace grave et individuelle contre sa vie ou sa personne. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que les requérants n'apportent aucun élément nouveau de nature à préciser et conforter leurs déclarations et à établir la réalité et l'actualité des craintes alléguées. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées ne peut, dès lors, qu'être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. F et Mme G J déclarent être entrés sur le territoire français le 26 juin 2021 et n'ont été autorisés à y séjourner que durant l'instruction de leurs demandes d'asile. Les requérants se prévalent de la présence en France de leurs trois enfants mineurs, D A né le 24 juillet 2018 à Istanbul, scolarisé en école maternelle, ainsi que Malik Anré Mapendo et Mael Alexandre Glasberg nés le 13 novembre 2021 à Bordeaux. Toutefois, il est constant que les deux époux font chacun l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 26 juin 2023 et d'une interdiction de retour d'une durée d'un an et qu'ils ne justifient ni qu'ils seraient isolés dans leur pays d'origine, la République Démocratique du Congo, dans lequel les requérants ont vécu jusqu'à l'âge de 33 et 24 ans, ni que la cellule familiale ne puisse y être recomposée ni que la scolarisation de leurs enfants ne puisse y commencer ou être poursuivie. Enfin, les requérants ne démontrent pas une insertion socio-professionnelle particulière dans la société française. Dans ces conditions, l'acte attaqué n'a pas porté au droit de M. F et Mme G J au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces des dossiers que le préfet de la Gironde ait commis une erreur manifeste d'appréciation.
14. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
15. Ainsi qu'il a été exposé, M. F et Mme G J déclarent être entrés sur le territoire français le 26 juin 2021, et n'ont été autorisés à y séjourner que durant l'instruction de leurs demandes d'asile qui ont été définitivement rejetées. Par ailleurs, ils n'établissent pas de liens en France et ne justifient pas d'une insertion particulière sur le territoire français. Par suite, et alors même qu'ils n'ont pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, ni ne constituent une menace à l'ordre public, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant, à leur encontre, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
16. En huitième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Selon l'article 16 de la même convention : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ".
17. L'arrêté attaqué n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer M. F et Mme G J de leurs trois enfants. Il n'existe aucun obstacle, ainsi qu'il a été dit, à ce que les requérants regagnent leur pays d'origine avec leurs enfants, où la cellule familiale pourra se reconstruire. Par ailleurs, rien ne fait obstacle à ce que leurs enfants puissent y commencer ou poursuive leur scolarité. Dès lors, la décision attaquée, qui ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, ne méconnait pas les article 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des arrêtés du 26 juin 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2303630 de M. F et n° 2303639 de Mme G J sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Mme I G J et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
Ph. H
Le greffier,
A. PONTACQ
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Nos 2303630
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026